Sekai : Chapitre 1 - L'arrivée

Publié le par Jyôka Ryu

Le vent soufflait extrêmement fort en cette nuit noire. Au milieu des lampadaires qui éclairaient les rues de la ville fatiguée, une frêle silhouette se hissait un chemin vers l’un des entrepôts qui se trouvaient au fond d’une rue sombre. L’homme était relativement rapide, et se retrouvait bientôt avec son objectif en vue. Il s’agissait d’un petit bâtiment gris et sale, qui ne se démarquait aucunement des autres édifices alentours. Le jeune homme s’introduisit dans le bâtiment et referma discrètement la lourde porte en fer.

Le bâtiment était constitué d’une seule énorme salle, éclairée par de larges spots de lumière blanche. Le mystérieux individu était entré et s’était approché tellement discrètement du vieil homme présent dans la pièce que ce dernier n’eut aucun moyen de le voir venir. L’ancêtre se tenait au pied du mur du fond d’un blanc immaculé. Quand le jeune ne fut plus qu’à quelques mètres de lui, il commença à entendre le bruit de ses pas. L’intrus avait remarqué qu’il ne pouvait plus passer inaperçu, et se mit donc à lancer calmement la conversation.

- Monsieur Rimo

Rimo fut aussitôt pris d’un léger sursaut. Même s’il avait remarqué la présence de son visiteur. Il venait seulement de le reconnaître, et cette révélation provoqua la terreur en lui. Le vieil homme savait pertinemment la raison de sa présence en ces lieux. Il devait enfin faire face au moment qu’il redoutait depuis un certain temps.

- Il est temps. Il faut me laisser y aller, annonça le jeune homme.

- Je ne peux pas… J’ai fait une erreur… rétorqua Rimo.

- C’est trop tard. Laisse-moi y aller !

- Pas question !

Juste après avoir terminé cette phrase, Rimo sortit un petit poignard de la poche de sa veste blanche et tenta de l’enfoncer dans la poitrine de son assaillant. Celui-ci fit un pas en arrière afin d’éviter l’assaut. Il recula encore de quelques mètres afin de pouvoir dégainer son pistolet. Le vieil homme n’eût juste le temps que de pousser un léger cri avant que la détonation provoquée par l’arme se fit entendre. La balle projetée venait se loger juste en plein cœur, et la victime mourut pratiquement sur le coup. Face à son cadavre, le jeune homme rengainait son arme à feu dans son fourreau personnalisé, tout cela d’un air impassible.

Ensuite, il se dirigea vers la partie gauche de la salle, où se trouvait sur le mur un imposant bouton rouge sur lequel il appuya. Un étrange bruit parcourait l’espace vide pendant quelques secondes avant qu’une étrange lueur bleuâtre ne vienne envahir le centre de la pièce. L’homme ne parut pas étonné par sa présence. D’un seul saut, il se précipita au centre de la lumière et disparut en un éclat.

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Le lendemain matin, le calme était revenu près des énormes entrepôts. Les quelques clochards qui avaient élu domicile à cet endroit n’avait remarqué aucun changement par rapport à la veille. Il faut dire que le jeune homme à la frêle silhouette avait fait preuve d’énormément de discrétion et avait pris soin de ne pas réveiller les quelques personnes qui dormaient dans la rue, afin de ne pas perturber ses plans.

Parmi les « habitants » du coin, on pouvait compter deux orphelins aux cheveux blonds. Âgés de 14 ans, ils répondaient aux noms de Rin et de Len. Ils étaient bien connus de la population, puisque, abandonnés depuis l’âge de trois ans, ils n’avaient jamais réussi à s’extirper de leur condition. Heureusement, les quelques SDF qui vivaient là prenaient soin d’eux, et s’étaient même pris d’affection pour eux. Finalement, ils avaient fini par grandir au sein de la communauté. Les deux enfants avaient même fini par devenir des génies de la débrouille, et, malgré leur pauvreté, ils étaient toujours parvenus à trouver à manger et à survivre dans cet endroit hostile. Cette vie difficile avait créé un étrange lien entre eux. Ils étaient frères et sœurs, et par conséquent, ils étaient naturellement proches, mais il s’agissait d’encore plus que cela. En effet, ils avaient déjà observé tous deux la mort de près et étaient devenus complètement inséparables depuis. En outre, ils forçaient l’admiration de la communauté de sans-abris qui les avaient recueillis. Effectivement, et ce malgré toutes les difficultés auxquelles les deux frères et sœurs avaient dû faire face lors de leur courte vie, aucune personne ne pouvait se vanter de les avoir vus pleurer une seule fois. Les deux jeunes croquaient la vie à pleines dents, et se satisfaisaient de ce qu’ils avaient, même si ce n’était pas grand-chose.

Ce jour-là, comme lors de beaucoup d’autres jours, ils s’étaient mis à traîner autour des énormes entrepôts sales qu’ils connaissaient bien. Les lieux étaient peu fréquentés, ce qui leur permettait de se promener là-bas sans causer trop de problèmes. Rin poursuivait donc Len qui se faufilait entre les différents édifices.

- On fait la course, lança Len à sa sœur.

- Oh, attends, tu ne vas pas commencer, rétorqua Rin.

Len prenait de la vitesse et sa frangine peinait à le suivre. Après quelques minutes, Len décida de corser un peu le jeu et il finit par ouvrir une énorme porte en fer qui menait dans une salle qu’il pensait vide. Il avait pris assez de distance d’avec sa sœur, et tentait alors de se cacher. Rin le suivait quelques mètres derrière et l’aperçut au loin entrer dans l’immeuble gris. Elle marqua une pause et continua sa progression en marchant. Puisque Len était bloqué derrière la porte, plus aucune raison de se presser. Rin s’approchait donc de la porte en fer, et l’ouvrit assez difficilement. En rentrant dans la pièce, la jeune fille n’aperçut pas immédiatement son frère figé devant le mur blanc du fond de la salle.

- Qu’est-ce que tu fais encore. Viens, on sort de là !

Plus elle avançait vers lui, plus elle apercevait son frère prostré, silencieux et immobile dans l’obscurité. Mais elle ne vit pas encore ce qui l’avait mis dans cet état-là. Au fur et à mesure qu’elle s’approchait de Len, son regard se posa sur le cadavre de Rimo, et ses yeux affichèrent une expression de terreur. Rin se mit alors à courir en sens inverse et se redirigea vers la porte. Cependant, Len ne le suivait pas et resta figé devant le corps.

- Viens vite ! s’écria Rin. « Il faut appeler la police ! »

Len tourna sa tête vers sa sœur et se dirigea d’un pas lent vers elle, l’esprit encore troublé par sa récente vision. Sur son chemin, son regard croisa cet énorme bouton rouge situé sur la gauche de la pièce. Le garçon marqua un arrêt et alla analyser cet étrange objet. La pièce était désespérément vide, en dehors de quelques lumières et de ce gros bouton. A quoi cela pouvait-il bien servir ? Len ne put s’empêcher d’essayer d’appuyer dessus, ne fut-ce que pour voir ce qu’il se passait, par pure curiosité. Alors que ses doigts effleuraient à peine l’objet, Rin se mit encore à crier « Arrête et viens ! On n’a pas de temps à perdre ». Rien à faire, la curiosité de son frère fut plus forte et il pressa le bouton.

Soudain, l’énorme reflet de lumière bleuâtre apparut. Rin vit son frère aspiré par cette réminiscence, et disparaître petit à petit… Le regard apeuré de Len fixa la jeune fille une dernière fois avant de partir dans le néant, le tout dans un bruit assourdissant qui avait envahi l’ensemble de la pièce.

L’esprit de Rin fut tout à coup pris de panique. Elle venait de perdre son frère. Le seul être qu’elle n’ait jamais aimé venait de partir, et elle ne savait pas où. Était-il mort ? Ou autre chose ? La lumière bleue était toujours présente, mais commençait peu à peu à faiblir. Rin devait prendre une décision rapidement. Devait-elle suivre son frère dans l’inconnu ? Le bruit sourd se mettait également à faiblir. Néanmoins, Rin ne put se retenir d’éclater et sanglots et de tomber sur le sol, pleurant la perte soudaine de son frère. Et pourtant, il fallait agir. La lumière était toujours là et celle-ci représentait un lourd mystère. Se pourrait-il que Len soit encore présent et vivant quelque part ? Plus de temps pour l’hésitation, Rin décida de se lancer vers la lumière, toujours en pleurs, la réflexion ayant laissé sa place à l’action. Durant les quelques secondes qui suivirent, on pouvait voir l’ombre de l’enfant blonde disparaître du mur immaculé du bâtiment. Quelques dizaines de secondes plus tard, la lumière bleue s’éteignit doucement et l’endroit reprit son calme habituel, comme si rien ne s’était passé.

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Au milieu d’un sentier de sable, deux corps inconscients jonchaient le sol. Le vent faisait se soulever la poussière qui recouvrait doucement leurs enveloppes inanimées. Tout autour se dressait une immense forêt d’arbres verts, le pourtour du sentier étant parsemé de buissons. Le temps était très sec et le soleil brillait, provoquant une chaleur relativement étouffante.

Au loin, on pouvait voir une petite charrette tirée par deux poneys bruns arriver. Aux commandes se trouvait une jeune fille aux cheveux bleu foncé. Elle devait être âgée d’une vingtaine d’années et scrutait l’horizon. Elle vit au loin les deux jeunes gens couchés à terre. Juste avant d’arriver à leur hauteur, elle tira les rennes d’un coup sec afin d’arrêter la progression de son véhicule, et descendit de celui-ci. Elle se mit à examiner les corps inconscients assez prudemment, lorsque la main de l’un des deux êtres se mit à bouger. La fille fut prise d’un sursaut de stupeur avant de se calmer.

La jeune fille blonde qui se trouvait devant elle se leva tout doucement et difficilement, se retint la tête et fit la grimace. La fille aux cheveux bleus continuait à la fixer d’un regard prudent sans prononcer un seul mot. L’inconnue, dont les vêtements étaient parsemés de poussière, continuait à émerger tout doucement. Sa vue était encore trouble, sans doute perturbée par le soleil brillant au zénith. Peu à peu, elle aperçut la jeune femme qui l’observait, et essaya de prononcer quelques paroles :

- Bonjour, lança-t-elle dans un murmure.

- Qui êtes-vous ?, demanda doucement la dame.

- Mon nom est Rin, rétorqua simplement la jeune fille. « Où suis-je ? »

- Sur la route qui mène au village d’Uchi.

Cette dernière révélation eut l’effet d’un électrochoc dans l’esprit de Rin. Uchi, mais où était-elle encore tombée ? Elle n’avait encore jamais entendu parler d’un tel endroit. Elle se retint encore la tête entre ses deux mains, et fit les cent pas autour de son frère Len, encore inconscient. Quelques secondes plus tard, elle finit tout de même par poser la question à la personne qui venait de la sauver.

- Mais, qu’est-ce que c’est, Uchi ?

La jeune fille aux cheveux bleus, dont le chat venait de descendre de l’embarcation aux deux poneys pour venir se réfugier près de ses jambes, répondit simplement :

- C’est mon village. Je m’appelle Alys.

Puis, remarquant la solitude et la détresse dans les yeux de Rin, Alys ne put se résoudre à ne pas proposer son aide.

- Vous avez l’air d’avoir faim. Venez chez moi, je vous préparerai un petit quelque chose. Et puis, vous avez l’air d’avoir besoin de vous reposer. Ramassez votre compagnon, il semble mal au point aussi.

Devant tant de gentillesse, Rin ne put rétorquer qu’un simple « Merci ».

Rin et Alys éprouvèrent quelques difficultés à porter Len pour l’installer à l’arrière de la charrette. Après quelques minutes, les deux filles reprirent leur souffle et se dirigèrent vers le centre du village d’Uchi, situé juste à l’orée de la forêt.

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