Sekai : Chapitre 10 - Révélations

Publié le par Jyôka Ryu

Après une journée bien agitée à Furisato, le retour à la capitale s'était plutôt bien déroulé. Le voyage s'était passé sans encombre, comme l'aller en somme, Miku ayant préféré faire bande à part et s'était lancée à cheval chargée du corps inconscient de Yohio. En effet, cet homme lui avait déjà joué assez de mauvais tours pour qu'elle puisse se permettre de prendre davantage de risques inconsidérés. Le reste du groupe, composé des deux lieutenants, Gumi et Yuma, de leurs deux disciples Rin et Len, mais aussi d'Alys et de la Reine Luka s'étaient serrés dans la diligence. L'ambiance était extrêmement calme, à cause des récents événements. La souveraine s'était juste permise de remercier et de féliciter les jumeaux pour leur mission d'escorte réussie lors de l'attaque des Genshine. Toutefois, aucune allusion au récent interrogatoire de Yohio ne sortit de la bouche d'un des protagonistes.

Rin et Len s'observaient à intervalles réguliers. Ils avaient bien compris que l'allusion du prisonnier lors de son entretien forcé avec la commandante ne resterait pas sans conséquence. Le moment était peut-être venu de révéler la vérité sur leurs origines. Bien sûr, aussi bien le frère que la sœur savaient que ce moment arriverait, et que leurs divers subterfuges ne dureraient pas bien longtemps, mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils doivent tout révéler dans de telles conditions. En outre, ils n'étaient pas certains que Miku allait tout accepter. Cela restait tout de même une histoire de fous. Quoi qu'il en soit, ils ne pouvaient rien faire à cet instant, si ce n'était attendre leur probable futur entretien avec la patronne de la Garde. De son côté, Alys observait l'horizon à travers la fenêtre de la carriole, en silence. Sa situation n'était finalement pas meilleure que celle des Kagamine, puisqu'elle allait aussi devoir s'expliquer sur ses récents exploits. Même si les adeptes du Koryu se faisaient désormais rares, nul doute que Miku s'empresserait de demander l'aide de la jeune femme à la tresse. Elle qui s'était jurée de ne pas tomber dans les mêmes travers que son père autrefois, prenait également le même chemin.

Le convoi pénétra à l'aube dans le quartier noble de la ville de Kyôu. La nuit en diligence avait été difficile, bien que tout le monde put s'assoupir, du fait de la fatigue accumulée. Miku descendit de son cheval, et s'empara de Yohio, qui était éveillé et fortement ligoté. Elle se dirigea ensuite vers la diligence, de laquelle sortirent tous les autres. Par la suite, la commandante donna ses instructions. Gumi et Yuma furent priés de conduire les jumeaux et Alys dans leur chambre, et d'attendre son retour, alors qu'elle irait déposer elle-même Yohio à la prison de Kyôu. La Reine Luka, quant à elle, se dirigea vers sa servante Meiko qui l'attendait à l'entrée du Palais Royal. Directement, elle lui donna un ordre: elle demanda de rapatrier les trois chefs de village restants dans la capitale, d'abord par mesure de sécurité, mais aussi pour une réunion spéciale. La servante retourna donc immédiatement à son bureau pour envoyer des corbeaux aux villages qui n'avaient pas encore été attaqués.

Luka rejoignit ensuite Miku et lui demanda de lui parler quelques instants en privé. La patronne confia donc Yohio quelques instants à Gumi, et les deux femmes s'éclipsèrent.

- Que voulez-vous, ma Reine, demanda poliment Miku.

- L'heure est grave ! Je veux que tu me donnes toutes les informations que tu auras obtenues des jumeaux. Les allusions du prisonnier ont forcément un sens... Mais ne sois pas trop dure avec eux, je ne pense pas qu'ils soient mêlés à tout ça...

- Bien... Je pense que l'heure est venue pour eux de nous dire toute la vérité. Je viendrai vous faire mon rapport quand j'aurai terminé...

- Parfait, finit la souveraine.

Tout le monde s'attela donc à la tâche qui lui était assignée, alors que Miku prit à pied le chemin de la prison, en compagnie de l'homme blond. Celle-ci était située à quelques centaines de mètres de la caserne de la Garde royale, un peu en dehors du quartier noble. Le but était d'allier la proximité des instances judiciaires du pays avec l'établissement, mais de ne pas gêner les habitants. Il s'agissait là de la plus grande prison du Royaume, qui abritait les criminels les plus dangereux. Un bon nombre d'entre eux avaient d'ailleurs été amenés là par Miku, Gumi ou Yuma lors de leurs missions. Cependant, la commandante devait bien avouer que se tenait à ses côtés son prisonnier le plus dangereux, ou tout du moins le plus énigmatique. Les deux personnes arrivèrent à l'entrée. Plusieurs gardes étaient postés le long des énormes murs en briques jaunes qui faisaient tout le tour du bâtiment. L'entrée était marquée par une énorme porte en fer, qui nécessitait plusieurs secondes à ouvrir, vu sa grandeur. Miku n'eût même pas besoin de prononcer un seul mot pour que la porte ne s'ouvre; la totalité des gardes connaissant son visage. Une fois à l'intérieur, elle se dirigea vers le bureau du directeur, Yohio étant toujours attaché et sonné à cause du coup d'Alys, même s’il était désormais éveillé.

- Bonjour Yamato, je t'apporte un nouveau pensionnaire !

Le directeur, Ginsaki Yamato, était un homme d'une cinquantaine d'années, pourvu de cheveux gris et vêtu d'un costume argenté du plus bel effet. Son visage était toutefois marqué par les stigmates d'un passé tourmenté. Il s'était retrouvé en charge de la prison la plus importante de l'île et en était fort honoré. Il s'agissait en effet là d'un poste à responsabilités. Toutefois, il se trouvait loin du front militaire, qu'il avait fréquenté plusieurs décennies auparavant. Ce travail prenait des airs de retraite anticipée pour lui.

- Bonjour Miku, alors, qu'est-ce qu'il nous a fait celui-là ? lui rétorqua-t-il joyeusement.

- Justement, il faut que je t'en parle. Je voudrais que tu l'enfermes dans ta cellule la plus sécurisée. C'est important.

Yamato approuva directement, et exhorta un de ses subalternes de mener Yohio vers le département sécurisé. Les deux haut-fonctionnaires restèrent donc dans le bureau de Ginsaki, et discutèrent quelques instants. La commandante insista sur le caractère extrêmement important de ce prisonnier, non sans lui avoir donné quelques informations sur l'enquête, mais pas plus que le strict nécessaire.

Miku prit donc rapidement congé du directeur pour retrouver à la caserne de la Garde royale d'un pas décidé.

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Rin, Len et Alys avaient été raccompagnés dans leur chambre par les deux maîtres, Gumi et Yuma. L'ambiance était lourde; tous saisissaient parfaitement la gravité de la situation. Par chance, les deux sbires avaient fermé la porte, provoquant de ce fait une certaine intimité. Il était temps de mettre les choses au point. Mais par où commencer ? Rin commença par prendre la parole:

- Avec les insinuations de Yohio, on est bien dans la mouise !

- Ben, le moment que l'on redoutait arrivera plus tôt qu'on ne le pensait visiblement, répondit Len.

- Parce que tu comptais lui dire toute la vérité ? questionna sa sœur.

- Je m'étais fait à l'idée... De toute façon, ce petit jeu ne pouvait pas durer bien longtemps...

- Et qu'est-ce qu'on fait ?

- On lui dit tout, sans exception. C'est encore le meilleur moyen de s'en sortir... On vit une histoire de fous, là...

Alys interrompit la conversation entre les jumeaux:

- Je pense que c'est la meilleure chose à faire en effet... D'un côté, Miku a appris à vous connaître, et vous avez passé quelques temps avec elle. Je pense que, vu ce qu'il s'est passé à Furisato, elle ne peut plus vous suspecter.

Rin pensait que son amie comptait plutôt se rallier de son côté, d'où son expression d'étonnement. Toutefois, elle devait se mettre à l'évidence: leur analyse, à son frère et à elle, était plus que correcte. Leurs révélations pourraient même permettre à l'enquête d'avancer, et soulageraient les jumeaux d'un énorme poids. La décision était prise, et les Kagamine se mirent également d'accord pour annoncer tout cela à Miku ensemble. Il n'était plus question que Len assume tous les risques seul.

Ce premier sujet évacué, il était temps de passer au second problème. Les jumeaux lancèrent donc un regard plein de questionnement vers Alys, en attendant qu'elle explique son exploit durant le combat contre Yohio.

- Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Comment tu fais ça? demanda Rin.

Alys prit un temps de pause, assise sur son lit, et baissa la tête, comme par signe de honte.

- C'est ce qu'on appelle le Koryu. C'est une technique de combat au corps à corps, mêlé d'une sorte de magie. Je l'ai appris de mon père, qui était l'un des plus grands praticiens de cet art.

Rin posa immédiatement sa question:

- Mais pourquoi l'avoir caché ? C'est plutôt une bonne chose !

La jeune fille à la tresse répondit directement:

- Rin, si tout le monde pouvait penser comme toi... Le hic, c'est que toute sorte de magie est particulièrement mal perçue à Sekai depuis la Grande Guerre... Vous en avez déjà entendu parler. De ce fait, tous les magiciens du monde ont été expulsés vers une île, Maho... En ce qui concerne les adeptes du Koryu, il ne s'agit pas de la même magie, mais nous préférons vivre cachés, afin de ne pas nous attirer des problèmes. De plus, mon père est mort durant la Guerre, alors qu'il s'était mis au service de l'armée, je n'ai pas spécialement envie de vivre le même type de tourments que lui....

Les Kagamine restèrent prostrés devant les informations d'Alys. Elle qui semblait pourtant si douce et si gentille, s'avérait être en fait une combattante redoutable. Comme pour rassurer, Len confia à son amie:

- Je pense que dans la situation actuelle, Miku n'en a strictement rien à faire que tu maîtrises le Koryu. Ça tombe, ça l'arrangera même, tu pourras nous aider, et combattre à nos côtés...

- C'est justement ce que j'essayais d'éviter... Les adeptes du Koryu sont mal vus dans l'armée. Je ne suis même pas certaine que Miku veuille de mon aide...

Leur conversation fut brutalement interrompue par l'arrivée de Yuma et Gumi, qui conduisirent les trois amis vers le grand bureau de la commandante, pour leur entretien crucial.

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Alys, Rin et Len entrèrent silencieusement dans la pièce constituant le bureau de Miku. Celui-ci était plutôt bien rangé: il était équipé de plusieurs étagères en bois, sur lesquelles reposaient divers livres militaires, ainsi que les distinctions de la commandante. Son bureau se situait au centre, dans le fond de la pièce. Il était fabriqué en marbre noir, et orné de quelques traces d'or. S'il ne possédait pas le faste de certains objets de la Reine, celui-ci témoignait néanmoins d'un certain luxe. Derrière le bureau se trouvaient, accrochées au mur, deux cartes, l'une représentant tout le monde de Sekai (que Rin et Len tentèrent d'analyser de façon très rapide, essayant de dénicher le plus d'informations possible), l'autre plan décrivant uniquement l'île de Kuni.

Miku restait tranquillement assise sur son siège, derrière son office. Elle demanda calmement aux trois personnes de s'asseoir sur les chaises disposées face à elle, Gumi et Yuma étant restés en-dehors du local. La commandante posa ensuite ses coudes sur son bureau, et dévisagea les jumeaux et Alys pendant quelques secondes. Elle chercha par quoi commencer, quel sujet aborder en premier.

Elle se décida finalement à commencer par Alys. Elle la regarda quelques secondes, en affichant un léger sourire:

- Le Koryu, hein? fit-elle « Pourquoi ne pas m'en avoir informé avant ? »

Alys baissa la tête en signe de dépit. Elle se doutait bien qu'après ses petits exploits, la commandante ne prendrait pas très longtemps à découvrir son secret.

- Vous connaissez le Koryu? demanda Alys.

- Je connais pratiquement toutes les formes de combat, même les plus ésotériques, au moins de nom, rétorqua Miku. « Je ferai un bien piètre commandante de la Garde Royale si ce n'était pas le cas. »

Miku n'effectua aucune autre remarque. Les raisons qui poussaient la jeune femme à la tresse à cacher ses aptitudes étaient évidentes.

Alys s'inquiéta directement:

- Qu'est-ce que vous allez faire de moi maintenant ?

Le visage de Miku s'éclaira soudainement d'une expression radieuse.

- Moi, rien du tout ! Je ne fais pas partie de ces personnes qui cherchent à éliminer tout ce qui concerne la magie par tous les moyens... Et puis, ce ne serait pas juste de ma part de t'arrêter alors que tu viens de nous permettre d'arrêter un témoin crucial dans notre enquête...

Alys poussa un soupir de soulagement.

- Mais, par contre, je vais devoir te demander de rester avec nous, reprit Miku. « Je sais que les pratiquants du Koryu se font assez rares aujourd'hui, et je n'ai pas envie de te laisser filer dans la nature, surtout au vu des circonstances. »

- Est-ce que je dois entrer dans la Garde? demanda Alys.

- Non... Tes capacités au combat ne sont pas adéquates pour entrer dans l'armée. J'aimerais juste que tu restes avec nous pour l'instant. Tu t'es déjà montrée très utile, et je suis certaine qu'il en sera de même dans le futur.

- D'accord... finit la jeune femme timidement.

Puis, d'un coup, comme un éclair, Miku se tourna vers les jumeaux. Elle se doutait que les révélations de Yohio forceraient les Kagamine à parler. La patronne devait cependant trouver les bons mots, afin que cet entretien se déroule sous les meilleurs auspices.

- Bon, comme moi, vous avez entendu ce que le prisonnier a dit à Furisato. J'ai eu beau ruminer ces paroles durant tout le voyage, je ne parviens toujours pas à y voir clair, mais je pense que vous avez quelque chose à me dire, commença-t-elle en regardant les jumeaux d'un visage fermé et inexpressif.

Rin et Len s'observèrent pendant un instant, comme pour déterminer qui allait commencer le discours le plus important depuis qu'ils étaient arrivés à Sekai. Tous les deux avaient bien compris qu'il n'était plus question maintenant de se démener à cacher la vérité, même si celle-ci allait être particulièrement difficile à avaler. Ils se tinrent tous les deux la main pour se donner du courage.

Len débuta:

- Euh, comme Yohio l'a justement dit, nous avons un secret... Le fait est que... Nous ne venons pas d'ici...

Devant la mine interrogative de Miku, Rin s'empressa d'enchaîner:

- Quand on vous dit que nous ne venons pas d'ici, c'est que nous venons d'assez loin, d'un autre monde. Nous avons été téléportés ici par accident, à cause d'une grosse machine qui faisaient des éclairs, et nous essayons de trouver un moyen de rentrer chez nous...

Contre toute attente, la commandante n'exprima aucune émotion, se contentant simplement d'écouter le discours quelque peu décousu des jumeaux. Pour les Kagamine, passés outre l'inquiétude de vider leur sac, chaque mot sonnait comme une libération; ce petit jeu de cache-cache se terminait enfin. De plus, Len commençait à donner des détails sur leur monde qui pouvaient aider Miku dans son enquête. Par exemple, il lui annonça que les armes à feu étaient communes dans leurs univers, et que c'était pour cette raison que les tueurs avaient été aussi efficaces. Rin continuait à observer Len déblatérer son discours, et jeta quelques coups d'œil vers la patronne aux cheveux bleus, afin d'observer cette réaction. Celle-ci ne se mouvait point, toujours accrochée aux explications du frère. Lorsque les jumeaux eurent terminés, Miku se leva tranquillement de sa chaise, et leur annonça qu'elle partait s'entretenir avec la Reine. Bien qu'elle n'eût pas donné de plus amples détails, les trois amis avaient bien deviné qu'elle allait faire son rapport, et que les révélations ne resteraient pas secrètes bien longtemps pour la souveraine. Juste avant que Miku ne puisse ouvrir la porte, Rin lui posa une question qui lui taraudait les lèvres depuis un bon moment:

- Et, vous croyez tout ce que l'on vous dit maintenant, sans émettre de réserves ?

Miku resta silencieuse un moment, puis rétorqua:

- Rin, le monde de Sekai est bien plus mystérieux que tu ne le crois... Et il te réserve encore des surprises. Et donc oui, je crois à votre histoire, puisqu'il m'est déjà arrivé un bon paquet de fois d'observer des événements auxquels je ne comprenais rien dans ce monde...

Après cette phrase énigmatique, elle sortit de la pièce sans prononcer un seul mot, laissant les trois personnes dans l'inconnu.

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Rin, Len et Alys restèrent quelques minutes dans le bureau de Miku, désormais absente, pour digérer ce qu'ils venaient de vivre. Le fait de révéler la vérité avait agi comme un soulagement pour les jumeaux, même si une légère inquiétude subsistait quant à leur avenir. De toute manière, celle-ci ne s'était jamais estompée depuis leur arrivée à Sekai. Le cas d'Alys était un peu plus problématique. La jeune femme restait dans l'expectative, et cela ne lui plaisait pas. Quoi qu'il en soit, la dernière phrase prononcée par la commandante eut l'effet d'un choc chez les trois amis. Le monde de Sekai était jonché de secrets, et leur avenir était toujours aussi incertain.

Les trois personnes se dirigèrent tranquillement vers leur chambre, comme Miku l'avait demandé. Ils traversèrent la cour d'entraînement, toujours aussi sablonneuse, et profitèrent quelques instants de la légère brise qui tournait dans le patio. Puis, ils rejoignirent leurs quartiers. Leur chambre était située troisième porte à gauche en rentrant. Gumi et Yuma logeaient dans les deux premières chambres. La patronne de la Garde avait cru bon de les placer là pour assurer la surveillance des jumeaux suspects. Rin, Len et Alys marchèrent de manière automatique, leurs pensées tournées vers les difficultés qu'ils allaient bientôt affronter. Dans un élan d'inattention, Len ouvrit la deuxième porte à gauche, marquant l'entrée de la chambre de Gumi, et ce qu'il y vit le ramena sur terre.

Sur le lit du fond, deux êtres, un homme et une femme, étaient visiblement en plein ébats. Une longue couverture s'emmêlait autour de leurs corps nus. Len ne pouvait détourner ses yeux de la scène, alors que les deux amoureux continuaient à s'enlacer et s'embrasser langoureusement. Le jeune frère resta immobile, provoquant de ce fait la curiosité de Rin et d'Alys, qui rapidement, se pressèrent devant la porte. En observant la scène, les trois amis purent identifier les cheveux verts caractéristiques de Gumi qui dépassaient de la couverture. Peu après, les cheveux roses de Yuma firent leur apparition. Quelques gémissements et cris caractéristiques s'échappaient du petit lit en bois. Une fois que l'identité des amants leur fut révélée, les disciples furent pris de panique et se réfugièrent directement dans leur chambre. Trop tard, le regard de Gumi était passé par là, et avait identifié les jumeaux Kagamine et la jeune femme à la tresse.

Tous les trois étaient retournés dans leur chambre, ne sachant plus quoi penser, alors que Gumi se rhabilla en vitesse, non sans vociférer quelques critiques envers Yuma, qui se relevait lentement.

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Comme à son habitude, Miku était passée par l'office de Meiko afin de requérir une entrevue avec la Reine Luka, et comme d'habitude, la souveraine avait bouleversé son agenda pour la commandante. En outre, la situation était grave. Cette fois-ci, la Reine aux longs cheveux roses ne s'était pas assise sur son trône, mais attendait Miku assise à une table située dans un coin, qui servait entre autres à recevoir les dignitaires étrangers. La souveraine ne se leva pas, et, alors que la patronne de la Garde lui adressait un salut respectueux, lui demanda de prendre place.

- Alors, qu'as-tu pour moi, Miku ? As-tu appris quelque chose concernant Alys et les Kagamine.

- Par quoi voulez-vous que je commence, ma Reine ? demanda Miku.

- Fais comme tu le souhaites...

La commandante n'avait pas pris le temps d'organiser ses idées. Elle réfléchit quelques instants, puis se décida de commencer par les révélations d'Alys. La Reine pourrait se trouver sous le choc de l'origine des jumeaux blonds, et mieux valait garder cela pour la fin, et avoir le temps d'en discuter. Miku expliqua alors que la jeune femme à la tresse maîtrisait le Koryu. Cela étonna sans plus la Reine. Elle connaissait en effet le père d'Alys, qui avait servi pendant la Grande Guerre Magique, et elle avait connaissance de ses aptitudes au combat. Bien sûr, elle ne se doutait qu'il s'était permis de transmettre ceci à ses enfants, principalement en cette période de troubles, mais il devait avoir ses raisons. La souveraine demanda à Miku ce qu'il allait advenir d'Alys. Heureusement, tombèrent-elles rapidement d'accord sur le fait de la garder près d'eux. Il n'aurait pas été de bon ton de l'expulser et de l'éloigner des Kagamine, surtout après ses exploits lors du combat contre Yohio et les Genshine.

- Et les jumeaux ? Interrogea la souveraine.

- C'est bien plus intéressant... Commença Miku. « Ils affirment venir d'un monde parallèle. »

Le visage de Luka se remplit d'inquiétude à la suite de cette révélation.

- Un autre monde ?! Et qu'en penses-tu ?

- Je ne sais pas vraiment quoi en penser, regretta la commandante. « Et pourtant, je ne vois pas ce qui les pousserait à mentir, et à sortir de telles insanités. Je pense donc que cela doit être vrai. En tout cas, cela expliquerait pas mal de choses, dont les insinuations de Yohio pendant l'interrogatoire, pourquoi Rin et Len ont pu nous aider dans cette enquête pour l'instant, et pourquoi ces suspects si mystérieux parviennent à faire déjouer nos défenses avec des armes inconnues... Si on prend cette hypothèse en compte, tout s'éclaire ! »

Luka se leva de son siège et se mit à faire les cent pas au milieu de la salle du trône. Les pensées se bousculaient dans sa tête, et elle essayait tant bien que mal de recoller les pièces de ce puzzle imaginaire. Une chose lui vint à l'esprit cependant: cette affaire s'avérait bien plus complexe que prévue, et les racines de ce mal pouvait remonter à bien longtemps. Elle tentait d'établir des connexions entre divers éléments.

- S’ils viennent vraiment d'un autre monde... hésita la Reine. « Cela voudrait-il signifier que les Magiciens ont de nouveau réussi à ouvrir un passage, comme autrefois ? »

- Je ne pense pas... D'un côté, les Mages sont bloqués sur l'île Maho grâce au Mur mis en place après la Guerre, et nous n'avons envoyé personne de l'autre côté, ce sont plutôt eux qui viennent à nous...

La Reine pressa le pas, c'était signe de son inquiétude. Elle qui était particulièrement sensible aux agissements de la Guilde des Magiciens. Depuis la fin de la Guerre, les relations entre les Sorciers et le reste du Monde s'étaient réduites à peau de chagrin, la Guilde étant réduite à vivre recluse sur l'île Maho, après que les autres pays se soient unis pour les repousser vers cet endroit et ainsi mettre fin à la guerre, il y a environ une décennie. Pourtant, Luka savait que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment.

- On aurait donc ouvert un passage à partir de l'autre côté, proposa Luka.

- Ça m'en a tout l'air. Si les Magiciens en ont été capables par le passé, qui dit qu'ils ne le peuvent pas de l'autre côté ?

La Reine fit silence, plongée dans ses pensées. Elle remercia Miku pour son aide, et lui demanda de retourner auprès des Kagamine. Ces deux jeunes gens pouvaient rester très utiles à leur cause, et Luka était d'avis, comme Miku, qu'ils ne représentaient pas un danger, mais plutôt une opportunité. La Reine chargea alors la commandante de poursuivre leur formation au combat, et renvoya Miku au Quartier Général de la Garde Royale. La jeune femme aux couettes salua de nouveau la Reine, et prit congé. Elle referma délicatement la lourde porte en bois décoré qui marquait l'entrée de la salle du trône, alors que Luka restait immobile au milieu de la pièce. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues, et elle laissa échapper quelques mots, seule au milieu de cette grande pièce luxueuse:

- J'espère que tu n'es pas mêlé à tout ça...

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Les frères Genshine venaient également de rejoindre la capitale. Après avoir déposé les chevaux qu'ils avaient loués dans le relai prévu à cet effet, à l'entrée de la ville, ils se dirigèrent vers une petite maison du centre-ville, celle-là même par laquelle ils étaient arrivés à Sekai.

- Tu sais déjà comment on va présenter tout ça à Fukase, Kyuu ?

L'aîné répondit du tac-au-tac:

- Il n'y a pas de bonne façon de lui présenter ça ! On a fait ce qu'on a pu, c'est ce gros boulet de Yohio qui s'est fait reprendre. Fukase n'a qu'à s'entourer de personnes compétentes, râla-t-il.

Roku lui conseilla tout de même de mesurer ses propos. Il était en effet quasiment certain que leur patron se mettrait en colère à l'évocation de leur échec, et mieux ne valait pas en rajouter une couche. Kyuu regarda son frère quelques instants. Il savait au fond de lui qu'il avait raison, bien qu'il trouvât celui-ci trop gentil envers leur collègue blond. Yohio avait compliqué la situation par ses agissements, et Kyuu comptait bien en toucher un mot à Fukase.

Ils arrivèrent quelques instants plus tard en vue de la maison. De l'extérieur, personne ne pouvait se douter de ce que les habitants pouvaient y trafiquer. Et c'était bien là le but: cette demeure ressemblait à toute autre habitation du quartier populaire. Pourtant, une fois à l'intérieur, le mobilier y était plutôt de pauvre facture, le strict minimum. La pièce du fond abritait deux appareils différents: une grande arche qui pour l'instant ne fonctionnait pas, ainsi qu'un dispositif composé d'un écran et d'un clavier qui leur permettait de communiquer avec l'autre monde. Kyuu s'assit alors sur le siège situé juste devant, et commença à tapoter sur le clavier, son frère restant à ses côtés. L'écran s'alluma, et laissait apparaitre une couleur bleue pendant quelques secondes, pour laisser ensuite la place à un jeune homme aux cheveux rouges, assis sur un fauteuil luxueux. Fukase jouait sans cesse avec sa canne, mais ne prononçait pas un mot. Kyuu commença donc la conversation:

- Bonjour, Monsieur Fukase, nous venons au rapport.

Le chef s'avança de plusieurs centimètres vers la caméra, laissant apparaître son visage, jusqu'ici dissimulé dans l'ombre.

- Mon cher Kyuu, tu vas bien ? commença-t-il joyeusement. « Alors tu m'apportes de bonnes nouvelles, j'espère ». Puis, Fukase aperçut Roku dans le coin droit de son écran: « Et toi, Roku, comment vas-tu ? Et où est Yohio ? »

Le visage de Kyuu se tordit légèrement à l'évocation du nom de leur congénère.

- Justement, on a un léger problème. Yohio a été arrêté par la Garde Royale...

L'aîné des Genshine patientait tranquillement, guettant la moindre trace pouvant lui donner un indice sur la réaction de son chef. Fukase ne bougeait pas et garda le silence quelques instants. Puis, soudainement, il entra dans une colère noire.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je vous avais pourtant dit de le protéger et de l'aider dans sa tâche, hurla-t-il. « Même à vous, je ne peux pas vous faire confiance, apparemment... Vous faites pourtant partie de vos meilleurs hommes ! Vous me décevez. »

Kyuu grinça des dents, mais ne rétorqua pas pour l'instant. Entre-temps, Roku tentait de justifier les actes des jumeaux, en informant Fukase du comportement de Yohio (en y ajoutant quelques piques au passage, ce qui était étonnant de sa part). Kyuu lui emboîta le pas, en adoptant un discours plus sévère, en qualifiant Yohio de psychopathe (le cadet l'avait sous-entendu, mais n'avait pas employé ce mot). Il confia également à son patron qu'il était difficile de travailler avec lui. Finalement, Fukase reprit peu à peu son calme, gardant toutefois une moue renfrognée sur son visage, témoignant de son exaspération.

- Bon, et en ce qui concerne la première partie du plan, où en sommes-nous ? Demanda-t-il.

- Le quatrième chef est mort, donc ce point de la mission est réussi. Il nous en reste trois...

- Bien, bien...

Kyuu se vit aussi dans l'obligation d'informer Fukase de la tournure des événements:

- Nous avons aussi croisé la Reine, ainsi que tout l'état-major de la Garde Royale. Ça m'étonnerait que la mission reste aussi facile pour les trois chefs restants. Ils vont se mettre à prendre des mesures...

- Vous avez croisé la Reine Luka ? Demanda Fukase. « Quelle surprise ! Elle commence à paniquer », ajouta-t-il en poussant un rire sadique.

- Selon ce que nous savons, ils sont également revenus à Kyôu.

- Très bien...

Fukase patienta un moment devant son écran avant de donner ses instructions. Kyuu et Roku ne bougèrent pas de leur place, observant juste l’homme adopter des poses étranges sur son siège alors qu'il réfléchissait.

- Bon, voilà ce que vous allez faire: je vous charge de vous infiltrer dans le quartier noble de la ville en quête d'informations. Essayez de deviner les agissements de la Reine. Elle a sûrement une idée derrière la tête... Et revenez me faire un rapport dans quelques jours. De mon côté, je m'occupe de préparer la seconde phase de notre plan. On ne change rien à ce qu'on avait prévu... C'est bien compris ?

- Oui, répondirent de concert les jumeaux, ne sachant pas réellement quoi dire d'autre.

- Parfait, je vais vous laisser... A bientôt, mes chéris ! finit Fukase le sourire aux lèvres.

Puis l'écran se coupa. Roku paraissait quelque peu soulagé, alors que Kyuu poussait des soufflements et des gémissements qui marquaient son agacement. Même dans une situation difficile, il ne pouvait s'empêcher de râler. Il ne supportait pas les changements d'humeur de Fukase, et par-dessus tout, les marques d'affection du genre "mes chéris". Le cadet s'y était habitué, puisque les jumeaux connaissaient leur patron depuis leur tendre jeunesse.

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L'écran coupé, Fukase se leva de son fauteuil. Il se trouvait seul dans son immense bureau d'un style moderne, quoique légèrement sombre. Son office était situé au dernier étage d'un immeuble de moyenne taille, situé près du ghetto. Même si le bâtiment ne bénéficiait pas d'un luxe certain, il marquait un contraste avec le reste du quartier très pauvre.

L'homme aux cheveux rouges descendit lentement l'escalier qui menait au rez-de-chaussée, et emprunta la porte de sortie, pour ensuite partir vagabonder au milieu des sans-abris. Une partie de la population s'était réfugiée dans ces quartiers industriels, et habitait dans des logements de fortune au milieu des entrepôts. Rin et Len, par ailleurs, avaient grandi dans un quartier semblable, à quelques kilomètres de là.

Fukase arpentait les allées dessinées par les différents bâtiments austères de la région, et croisait de temps à autres quelques clochards impressionnés par son allure. Il portait un costume blanc et rouge, particulièrement seyant, et qui faisait ressortir la couleur de ses cheveux. Il tenait de sa main droite une canne noire, ornée d'un pommeau en argent représentant un clown. On aurait dit un vrai noble qui s'était perdu au milieu du ghetto. Il était certain de se faire remarquer avec cet accoutrement. Le but était également de faire des émules, et de montrer sa richesse au plus grand nombre. Les autochtones du quartier l'avaient déjà croisé à plusieurs reprises. Au fil de sa marche, il s'arrêta près d'un trio de jeunes hommes, assis à même le sol.

- Salutations, jeunes hommes, lança-t-il à leur attention.

- Salut ! lui rétorquait de concert le groupe.

Le visage de Fukase se para d'un large sourire, avant qu'il ne continue son discours.

- Je vous observe depuis un certain temps, et je pense avoir une bonne proposition pour vous. Cela vous intéresserait-il de sortir de ce bourbier et de venir travailler avec moi ?

Le leader du groupe, un dénommé Kyo, se leva et s'avança vers le riche homme:

- Vous nous proposez un travail comme ça, sans rien connaître de nous ?

- J'ai souvent une bonne première impression, je pense que vous pourriez m'aider..., répondit-il.

- Et, qu'est-ce qu'on pourrait y gagner ?

- Une deuxième chance, et une vie meilleure, rien de moins.

Kyo lança alors un regard rempli de moquerie envers ses deux compères, Yuu et Wil, qui riaient de bon cœur. Ce n'était pas la première fois que l'on venait leur proposer du travail, mais il s'agissait souvent de petits boulots dont la rémunération était bien faible. Le groupe se voyait, la plupart du temps, dans l'obligation de les accepter, ne fut-ce que pour manger. Mais, c'était la première fois qu'une personne s'avançait vers eux pour leur débiter un discours aussi perché.

- Si vous voulez être convaincus, je vous invite à me suivre dans mes locaux, je vous expliquerai tout plus en détail. De toute façon, vous n'avez rien à perdre...

Kyo et son groupe se mirent à l'évidence, Fukase venait de marquer un point. Après avoir discuté quelques minutes, le trio se décida d'accompagner l'homme mystérieux dans son bâtiment. À l'entrée, Fukase exhorta un de ses employés de débarrasser le groupe de leurs guenilles et de donner des vêtements propres aux trois hommes.

- C'est là un premier remerciement pour avoir accepté de me suivre, se justifia le jeune homme au costume blanc. « Vous pouvez patienter quelques instants dans la pièce d'à-côté, j'ai quelques affaires à régler dans mon bureau, et je vous rejoindrai après. »

Alors que les trois hommes furent pris en charge par les employés de Fukase et affichaient chacun un air médusé, étonnés par cet accueil, le jeune homme se retira quelques instants dans son bureau. Il s'affala quelques instants dans son fauteuil et dégusta tranquillement une boisson rafraîchissante. Il observa plusieurs minutes une peinture placée à la droite de son bureau, en affichant un immense sourire. L'œuvre représentait une jolie femme aux cheveux roses, habillée d'une splendide robe. Elle n'était autre que la Reine Luka, la souveraine du pays de Kuni. Fukase poussa alors un léger rire sarcastique.

- Je pense que nous allons bientôt nous revoir, ma belle...

Publié dans Sekai

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