Sekai : Chapitre 8 - Le premier suspect

Publié le par Jyôka Ryu

Le soleil venait de se lever lorsque Miku reçut le message du corbeau venant de Furisato. Elle qui s'était prévue une journée relativement calme se vit dans l'obligation de changer ses plans. L'attaque de la demeure du chef O'Umi annonçait une nouvelle étape dans son enquête. Après avoir prévenu ses deux sbires ainsi que leurs disciples qui s'entraînaient dans la cour sablonneuse du bas, elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient vers le terrain d'entraînement, poussivement suivie par Alys, qui éprouvait du mal à suivre son rythme et son entrain. Dans le patio de la caserne de la Garde royale, Miku retrouvait Gumi, Yuma, Rin et Len.

- Que s'est-il passé ? demanda Yuma.

- Le chef de Furisato vient d'être attaqué ! C'est la première fois que nous recevons un message aussi rapidement. Vous préparez immédiatement vos affaires et on se rejoint dans une petite heure devant l'entrée de la caserne. Rin et Len, vous venez bien sûr avec nous, commanda Miku.

- Oui, chef ! répondirent les jumeaux, qui avaient appris bien rapidement les usages en cours dans l'armée.

Alors que les quatre soldats rejoignaient leurs quartiers, Miku se retourna vers Alys :

- Tu viens aussi avec nous, exigea-t-elle. « J'ai l'impression que tu pourras nous être utile. Et puis, tu auras tout le temps de m'expliquer ce qu'il t'est arrivé hier pendant le voyage ».

Alys ne put refuser les ordres de Miku. Bien qu'elle ne se fût pas engagée dans la garde, et que, par conséquent, elle n'avait aucun compte à lui rendre, sa situation était quelque peu spéciale vis-à-vis des autres. Et puis, Miku pouvait faire preuve d'énormément de persuasion. Par prudence, mieux ne valait pas la contrarier.

- Parfait alors ! Va préparer tes affaires aussi. Pendant ce temps, je vais informer la Reine de notre départ.

Hatsune Miku était une jeune femme prévoyante. Elle gardait toujours dans un coin de son bureau un sac contenant quelques vêtements et des produits de première nécessité, au cas où un voyage d'urgence comme celui-ci s'imposait. Elle était donc déjà prête, et put se diriger directement vers le Palais de Kyôu, afin d'informer la Reine Luka de l'avancée de l'enquête. Elle y entra par l'accès principal, celui-là même qui donnait sur cet immense couloir, où toute la ménagerie du château s'attelait au fonctionnement de la cour. Les serviteurs ne prêtèrent même pas attention à l'arrivée de la patronne de la Garde, même s'il s'agissait d'un personnage important. Miku en avait l'habitude et partit directement à la recherche de Meiko, la première servante, qui à cette heure-ci, devait certainement se trouver dans son bureau.

L'office de Meiko était adjacent à la salle du trône. Cette proximité permettait à la servante de satisfaire immédiatement la moindre demande de la souveraine. Par politesse, Miku frappa à la porte qui était déjà ouverte, alors que Meiko était tranquillement assise sur son siège, le bureau étant rempli de diverses paperasses qu'elle était en train de remplir déjà de bon matin.

- Excuse-moi, Meiko, glissa timidement Miku.

- Oh, commandante, entrez, entrez. La servante paraissait gênée par le désordre.

- Bonjour, dis, je peux voir la Reine quelques instants. Je dois l'informer de mon départ pour le nord de l'île. Une nouvelle attaque a eu lieu.

- Bien sûr ! rétorqua immédiatement Meiko. Puis un rictus serré apparut sur son visage. La multiplicité des attaques commençait à l'inquiéter. « Je vais la chercher de ce pas ! »

Quelques instants plus tard, la patronne de la garde fut invitée à entrer dans la salle du trône. En effet, elle faisait partie des personnes auxquelles la Reine ne refusait aucune entrevue. Mieux encore, Luka était même capable de bouleverser son emploi du temps pour Miku, surtout en cette période de troubles.

- Bonjour Miku, lança la Reine du haut de son trône. Ce matin encore, celle-ci portait une tenue très élégante, comme à son habitude. Cette robe bleu marine ornée de divers bijoux se mariait à la perfection avec ses longs cheveux roses. Cela contrastait avec l'uniforme de Miku, qui, même s'il était relativement seyant dû à son rang, n'en restait pas moins un habit militaire.

- Ma Reine, je viens vous informer que je pars pour le village de Furisato. Le chef O'Umi vient d'être attaqué. J'emmène avec moi Yuma et Gumi, bien sûr, ainsi que les jumeaux et Alys. Ne vous inquiétez pas, je vous ai affrété une garde spéciale pour votre protection en mon absence. Miku voulait avant tout rassurer sa souveraine.

- Ce n'est pas la peine, je pars avec vous ! lâcha Luka comme si de rien était, provoquant une expression de stupeur sur le visage de son interlocutrice. Celle-ci ne manqua pas de répondre soudainement.

- Mais c'est très dangereux ma Reine ! Nous sommes à la poursuite d'un tueur ! Et selon toute vraisemblance, il s'attaque au pouvoir en place, vous êtes certainement une de ses prochaines cibles. Nous ne pouvons pas prendre de tels risques, s'emporta Miku.

- Justement, en cette période difficile, je pense qu'il serait bon que je sorte un peu, histoire de donner un peu de courage à la population. Eux aussi doivent s'inquiéter. Je dois leur montrer que quoi qu'il arrive, la Reine ne tremblera pas. C'est mon devoir.

Miku appréciait la candeur de la Reine Luka. Mais, étant donné le danger, elle tenta par tous les moyens de faire fléchir sa patronne et amie. La commandante de la garde constituait sans aucun doute la seule personne du pays qui pouvait se permettre de se lancer de telle manière dans une discussion animée avec la Reine. C'était le résultat de leurs nombreuses années d'amitié, et de tout ce qu'elles avaient déjà vécu ensemble, et cela bien avant que Luka n'accède au trône.

- Je sais ce que vous pensez, vous ne vous sentez pas encore légitime pour le trône de Kuni, et tout cela est dû à votre secret, lança Miku.

- Chut ! On pourrait t'entendre, rétorqua Luka, paniquée.

La Reine se retira de son trône et descendit lentement les escaliers pour se retrouver à la même hauteur que la jeune femme aux couettes bleues. Son amie venait de taper juste, elle avait deviné ses intentions.

- Tu sais que je dois montrer plus que n'importe qui que je mérite ma place ici...lui avoua la Reine.

- Je ne vois pas pourquoi, vous êtes déjà légitime aux yeux du peuple, vous êtes la fille de l'ancien Roi de Kuni, et seule héritière à votre poste. Tout le reste n'a que peu d'importance.

- Si seulement tout le monde pouvait penser comme toi. Luka fit couler une légère larme, puis reprit son discours. « Je t'en prie. Laisse-moi vous accompagner. En plus, j'aurai la meilleure escorte possible, avec Gumi et Yuma, et leurs deux disciples prometteurs ». La Reine prit doucement la main de Miku, qui la fixa tendrement un moment dans les yeux.

- Bon d'accord ! Mais attention, ce voyage ne sera pas de tout repos, et nous ne pourrons pas emprunter le carrosse royal, afin de conserver notre discrétion, l'informa la commandante.

- Ce n'est pas bien grave ! Je vais demander immédiatement à Meiko de préparer mes affaires pour le voyage, finit la Reine. Puis, elle se dirigea vers l'office de sa servante par une porte située à la droite de la salle, alors que Miku prit congé, non sans exprimer un léger soupir d'agacement à la sortie.

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Pendant ce temps, Gumi et Yuma se tenaient à l'entrée de la chambre de Rin, Len et Alys, alors que les jumeaux s'apprêtaient pour le départ. Tout cela sous les soufflements répétés de la lieutenante aux cheveux verts, qui pestait à l'égard de sa disciple à cause de sa lenteur.

- Allez, grouille-toi ! hurla-t-elle. « Je ne t'ai donc rien appris depuis le temps que tu es ici ».

- En même temps, ils ne sont même pas arrivés depuis une semaine, prétextait Yuma.

- Ce n'est pas une raison ! Comment on peut être si lent ? hurla-t-elle.

Rin et Len accéléraient le moment alors que les cris de leur formatrice s'intensifiaient. Durant leurs quelques jours dans la Garde royale, ils avaient tout de même appris à ne pas la froisser, et avaient même commencé à supporter un peu son sale caractère. Même si elle ne le remarquait pas, il s'agissait pourtant là d'une belle évolution. En effet, beaucoup de soldats bien plus aguerris que les Kagamine n'osaient même pas s'approcher de Gumi. Alys, quant à elle, était déjà prête, et observaient les jumeaux se mouvoir dans tous les sens, un petit sourire en coin.

- Regardez ! Alys n'est même pas une recrue, et elle est déjà prête, elle ! Vous devriez en prendre de la graine, ajouta la guerrière.

La jeune femme à la tresse bleutée ne prononça pas un mot, de crainte d'encore aggraver le cas de ses amis. Elle ne fit qu'accentuer son sourire. Elle devait bien avouer qu'elle trouvait la situation pour le moins cocasse.

Miku entra alors soudainement dans la pièce. Immédiatement, ses deux sbires se mirent au garde-à-vous, et exhortèrent les Kagamine d'en faire de même. Alys se leva respectueusement, davantage par politesse que par us militaire.

- Changement de programme ! commença la patronne. « Nous avons un léger problème. La Reine nous accompagne dans notre voyage ».

Les cinq personnes qui se trouvaient face à elle eurent tous sans exception une expression de stupeur sur leur visage. Si celle des jumeaux et d'Alys n'allaient pas plus loin que le simple étonnement, Gumi et Yuma avaient déjà calculé toutes les conséquences que cette venue provoquait à leur mission, surtout en des temps aussi difficiles.

En colère, Gumi lança : « Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Elle est malade ? C'est bien trop dangereux ! »

- Un peu de respect, tu veux ! Tu parles de la Reine, là, demanda Miku.

- Ça ne change rien ! Si elle nous accompagne, ça complique tout ! Il faut déjà qu'on s'occupe de ces trois-là !

- Vous avez déjà appris pas mal de choses à Rin et à Len. Et puis, je pense qu'Alys pourra se débrouiller toute seule, et qu'elle n'a pas besoin de votre protection.

Miku jeta alors un regard suspect à Alys. Le même matin, la guerrière aux couettes n'était pas parvenue à déceler le secret de la villageoise, qui était revenue légèrement blessée du quartier populaire de la capitale. La commandante savait pertinemment qu’elle lui cachait quelque chose. Miku avait même un don pour ce type de déductions, et voulut lui signifier par ce regard qu'elle comptait bien tout découvrir, comme elle le ferait également pour Rin et Len.

Yuma prit alors la parole. Contre toute attente, il se rangeait plutôt du côté de Gumi, même s'il parvenait à rester posé :

- Je ne voudrais pas paraître négatif, mais il faut bien avouer que Gumi a raison.

- Et ben voilà ! ajouta Gumi joyeusement.

- Vous pensez bien que j'ai tenté de la soudoyer. Je ne suis pas satisfaite plus que vous de la tournure des événements, mais la Reine pense que c'est un bon moyen de rassurer le peuple après tous ces assassinats, et de montrer qu'elle ne ressent aucune peur. Elle était tellement décidée que je n'ai pas pu lui faire entendre raison. Je ne pouvais pas la mettre aux arrêts, quand même ! Et puis, pas de discussion, c'est un ordre !

- D'accord, soupirèrent les deux lieutenants.

Sur ces mots, Miku retourna sur ces pas et donna rendez-vous à ses cinq compagnons une demi-heure plus tard, devant la porte du Palais Royal. Gumi se retourna alors vers les jumeaux, et leur signala :

- Vous avez intérêt à vous tenir à carreaux, parce qu'on aura d'autres choses à faire qu'à jouer les nounous avec vous.

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Quelques dizaines de minutes plus tard, le sextet s'était réuni devant la porte du Palais Royal. Leur diligence, tirée par quatre chevaux bien entraînés, était déjà prête, le cocher aux commandes. De loin, ils virent arriver la Reine accompagnée de Meiko le long du sentier qui menait vers l'entrée du château. Miku s'inquiétait de voir Luka emporter bien trop de bagages pour un voyage aussi inattendu que celui-ci, mais il n'en était rien. Certainement sous les conseils de sa servante, la Reine ne s'était encombré que du strict minimum, et avec même pensé à se changer. Elle portait donc une robe cintrée de couleur sombre, ses cheveux longs et roses étaient relâchés. Son allure contrastait réellement avec tout le faste dont elle faisait preuve par temps normal, en raison de son statut. La commandante de l'armée n'y voyait que des avantages. Cela leur permettrait de ne pas trop attirer l'attention, non seulement pendant le trajet, mais aussi une fois arrivés à Furisato. Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys saluèrent la Reine respectueusement, les trois derniers étant très impressionnés à l'idée de passer plusieurs heures avec elle. Len, particulièrement, paraissait assez stressé à l'idée de devoir suivre le protocole en permanence, lui qui n'avait déjà pas fait forte impression lors de leur première rencontre. Il déglutit plusieurs fois avec difficulté, et dût subir les moqueries (gentillettes) de sa sœur qui avait parfaitement compris son problème.

Finalement, le voyage se déroula sans encombre jusqu'au village. Len n'avait que peu ouvert la bouche, par crainte de mal réagir, se contenant de répondre poliment aux questions de la Reine Luka. Par chance, celle-ci ne se révéla pas trop curieuse sur leurs origines, devinant certainement que les jumeaux n'auraient aucune envie de lui en apprendre davantage.

Dans Furisato, le petit carrosse se gara devant la maison de feu le chef O'Umi. Un groupe formé par plusieurs gardes du village, accompagné par quelques soldats de la Garde royale fournis par Miku les attendaient. A leur tête se trouvait le lieutenant Hiyama Kiyoteru, qui paraissait un peu stressé et sérieux sous ses grosses lunettes. Gumi et Yuma sortirent tout d'abord du convoi, suivi par Rin, Len et Alys qui furent tous salués calmement par le groupe. Suivit Miku, qui put bénéficier d'un splendide garde-à-vous de toute la compagnie. Quelques instants plus tard sortit la Reine Luka. Une expression de stupeur pouvait se lire sur tous les visages des soldats présents, sans exception. Tous rencontraient la Reine pour la première fois. Il était tellement rare que celle-ci ne s'aventure en dehors de son palais. Tous s'agenouillèrent devant elle, avant que la souveraine ne leur demande de se relever d'un simple geste. Ensuite, Hiyama s'avança vers elle :

- Ma Reine, c'est un honneur de vous recevoir ici. Votre visite, quoi qu'impromptue, me remplit de joie, commença-t-il poliment.

- Merci, lieutenant Hiyama. Mais ne perdons pas de temps voulez-vous ? Que s'est-il passé ici ? demanda la Reine.

Entre-temps, Miku s'était avancée afin de se mêler à la conversation, tandis que tous les autres restèrent à l'arrière, tenant de suivre la conversation de loin.

- Le chef O'Umi a été tué, comme vous le savez certainement.

Personne ne marqua d'expression de surprise après cette réplique. Miku ne s'attendait pas vraiment à une bonne nouvelle, et s'était déjà préparée au pire.

- Est-ce que je pourrais voir le corps ? interrogea la commandante.

- Oui, bien sûr. Venez avec moi.

Le groupe suivit et pénétra dans la demeure de l'ancien leader. Luka fut prise d'un léger choc à la vue de tous ces murs tâchés de sang et des corps de soldats décédés au combat qui gisaient sur le sol. Un si triste spectacle n'aurait jamais dû être montré à une Reine. Miku se posa à ces côtés comme pour la rassurer et la soutenir, tandis que la Reine reprit ses esprits et poursuivit son chemin. Pendant ce temps, Hiyama continuait ses explications :

- Comme vous pouvez le constater, la plupart des gardes ont été attaqués. Et pourtant, on ne dénombre que peu de pertes. La grande majorité des soldats présents souffrent de blessures graves mais leurs jours ne sont pas en danger. Dans le style, c'est un véritable travail d'orfèvre! Ils n'ont massacré quasiment que le strict minimum.

Miku interrompit le discours du lieutenant en lui signifiant d'éviter de glorifier le travail des malfrats. Mais, elle dût bien avouer qu'il avait raison en quelque sorte. Et cela l'ennuyait profondément. En effet, cette attaque ne ressemblait à aucune des trois précédentes, qui avaient particulièrement tourné au jeu de massacre ; il ne restait aucun survivant. Ici, elle eût l'impression que le tueur avait changé de mode opératoire, et ceci n'était jamais de bon augure. Elle garda pour l'instant ses réflexions pour elle, alors que le groupe arrivait devant la dépouille de l'ancien chef.

Gumi et Yuma, et même Rin et Len étaient désormais habitués à ce genre de spectacle d'horreur. Les jumeaux maîtrisaient maintenant davantage leurs émotions et réussissaient à cacher leur dégoût. Len parvint même à faire le tour des différentes pièces à la recherche d'éventuels indices. Finalement, c'était la raison pour laquelle il se trouvait là. Il en arriva à la même conclusion que Miku, le ou les tueurs n'avaient pas utilisé d'armes à feu cette fois. Mais pourquoi donc ? se demanda-t-il. Il se dirigea vers sa sœur pour lui demander son avis :

- Tu as remarqué, ils ont tous été tué au sabre. Plus de pistolet. C'est bizarre.

- Peut-être qu'ils n'ont plus de munitions, en conclut judicieusement Rin.

- Tu veux dire qu'ils sont assez stupides pour ne pas prévoir assez de balles pour boucler tous leurs assassinats ?

- Ben oui, c'est évident ! Ils ne sont peut-être pas aussi malins qu'ils en ont l'air. Ils peuvent aussi faire des erreurs.

- Ouais, mais ils ont quand même réussi leur coup. Ça veut dire qu'ils ont dans leurs rangs des personnes qui maîtrisent le combat au sabre. Et plutôt bien, vu ce que l'on voit ici.

Leur conversation fut soudainement interrompue par Miku.

- Vous pouvez vous taire deux minutes ! On se recueille ici !

En effet, les cinq autres membres du groupe s'était dispersés en cercle autour de la dépouille d'O'Umi, et observaient une minute de silence, la Reine Luka versa même quelques larmes, encore sous le choc du décès du chef. Une fois celle-ci terminée (les Kagamine ayant entre-temps rejoint le groupe), Miku s'adressa aux jumeaux :

- On va terminer la visite de la maison, mais après, il faut qu'on parle. C'est compris ?

- Oui, chef, répondirent militairement Rin et Len.

Le petit état-major de la Garde royale fit rapidement le tour de l'habitation, toujours accompagné des explications du lieutenant Hiyama. Au final, il n'y avait qu'à voir diverses traces de sang sur les murs, ainsi que les quelques cadavres de corps mutilés, les nombreux blessés ayant été transportés à l'hôpital. Ils arrivèrent enfin dans la salle principale du chef, à l'endroit même où il fut tué, et refirent rapidement un état des lieux.

- C'est ici que l'on a arrêté le suspect. Il est en ce moment même dans la prison du village, lança Hiyama Kiyoteru.

- Quoi ? fit Miku. « Vous avez un suspect et vous nous le dites que maintenant ? C'est la chose la plus importante ! »

- Mais quel débile ! se contenta de déclarer Gumi.

- Je veux le voir immédiatement, ordonna Miku.

- Bien, rétorqua Hiyama en baissant la tête.

La commandante fit une pause un instant afin de donner ses instructions à son groupe. D'une part, elle demanda à Gumi et Yuma de se rendre à l'hôpital interroger les victimes de la nuit, afin de savoir s'ils n'avaient pas pu apercevoir le visage de leurs assaillants. D'autre part, elle ordonna à Rin, Len et Alys de les accompagner, elle, la Reine et le lieutenant, pour aller interroger le suspect arrêté. Les deux sbires s’exécutèrent et quittèrent la maison immédiatement. La commandante n’appréciait pas spécialement devoir se séparer de ses deux subalternes (puisqu’en outre, il fallait assurer la protection de Luka), mais elle n’avait pas d’autre choix. Elle était certaine que les Kagamine pouvaient s’avérer utiles durant l’interrogatoire. Au final, elle se retrouvait seule pour protéger la Reine, mais ce n’était pas la première fois. Elle demanda cependant à Gumi et Yuma de faire vite, car elle aurait rapidement besoin d’eux. La commandante n’osait pas envoyer qu’un seul homme à l’hôpital, par mesure de sécurité, mais elle ne désirait pas non plus rester seule trop longtemps, afin de pouvoir gérer la protection de la Reine. Miku s'éclipsa un instant avec les jumeaux. Elle avait quelques questions à leur poser. Hiyama fut lui bien embêté de se retrouver seul avec la souveraine et une jeune femme qui lui était complètement inconnue, et ne savait pas vraiment comment réagir.

Miku, Rin et Len se réfugièrent dans le petit cagibi regroupant les corbeaux.

- Bon, il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi le tueur s'est-il mis à supprimer ses victimes au sabre maintenant ? Pourquoi n'a-t-il pas utilisé son ancienne méthode ? Je suis certaine que vous savez pourquoi !

Miku paraissait extrêmement directe. Rin et Len avaient bien une idée de la raison qui avait poussé le meurtrier à changer ses plans, mais comme toujours, les jumeaux tentaient de ne pas trop se dévoiler. Cela commençait à devenir difficile. Déjà dans la tour du village de Kuni, Len s’était attelé à fournir des explications assez sommaires, faisant mine de chercher dans ses souvenirs. Il adopta une fois de plus la même stratégie. Cette fois-ci, il prit comme référence ses anciens discours, et reparla des munitions. Selon son hypothèse, le tueur ne possédait plus de munitions et avait dû se lancer dans un plan B. Miku ne l’interrompit pas. Bien sûr, ce déferlement d'informations le rendait suspicieux, mais ce n'était pas le moment de se lancer dans une séance d’interrogatoire avec les Kagamine. Ils ressortiraient forcément les mêmes excuses qu'auparavant, et elle ne pouvait toujours pas se permettre d'être trop sévère avec eux. Secrètement, elle espérait que la suite de l'enquête les force à dévoiler leurs secrets petit à petit. Miku remercia enfin Len pour ses éclaircissements et tous les trois retournèrent dans la salle adjacente rejoindre la Reine, Hiyama et Alys. La commandante reprit immédiatement la parole, et donna ses ordres d'une façon pour le moins assurée.

- Bon, vous allez m'emmener voir ce suspect, et vous bloquez toutes les issues du village.

- D'accord, fit Hiyama. « Mais pourquoi restreindre l'accès au village ? »

- Je veux que personne ne sorte d'ici avant que j'aie fini d'interroger cet homme. De toute évidence, il avait des complices. Vu le niveau des hommes que j'ai envoyé ici, un seul combattant n'aurait jamais réussi à venir à bout d'eux.

- Oui, je comprends. Mais qu'est-ce qui vous fait penser que ses complices n’aient pas déjà quitté Furisato ? demanda judicieusement le lieutenant.

- Je n'en suis pas certaine, mais je pense qu'ils doivent s'inquiéter de la poursuite de leur plan. Quelque chose me dit qu'ils ne sont pas loin, et qu'ils surveillent les faits et gestes de l'homme qu'on a arrêté, de peur qu’il ne mette leur plan en péril. D'ailleurs, parlez-moi plus du prisonnier…

Alys s'approcha un instant de Rin et de Len, et leur demanda ce que Miku avait bien pu leur demander. Elle se méfiait des desseins de la commandante, surtout en ce qui concernait les jumeaux, qui s'empressèrent de la rassurer :

- Toujours la même chose, elle est persuadée qu'on lui cache des choses, et veut nous demander notre avis sur tout ce qui se passe ici, expliqua Rin. « Mais elle ne se montre pas menaçante, ne t'inquiète pas... ». Len approuva les dires de sa sœur d'un signe de tête, et Alys poussa un soupir de soulagement.

Le groupe quitta la maison et se dirigea à pied vers la prison du village. Ils passèrent devant la carrosse qui les avait amenés ici, lorsque Miku alpaga Rin et Len et leur demanda de la suivre encore quelques instants. Elle pénétra dans la diligence, et leur demanda de patienter. Quelques secondes plus tard, la patronne en ressortit munie de deux sabres officiels de la Garde royale, qu'elle donna aux jumeaux. En outre, elle leur glissa silencieusement :

- Je vous donne ceci en cas d'urgence. Faites attention, il ne s'agit pas ici d'un exercice. Je pensais pouvoir m'occuper seule de la protection de la Reine, mais les complices du tueur pourraient s'avérer plus gênants que prévu. Portez ça à votre ceinture, et restez sur vos gardes…

Les jumeaux avaient imaginé différemment le moment où on allait leur remettre officiellement leur sabre. De plus, ils pensaient que cet instant allait arriver plus tard. Ici, les événements se bousculaient. Ils durent effectuer pas mal d'efforts afin de supporter la pression. Ils jetèrent un regard quelque peu inquiet sur le reste du groupe, et plus particulièrement sur la jeune femme à la tresse bleue, qui les gratifia d'un sourire rassurant qui leur donna du baume au cœur. Ils rejoignirent les trois autres personnes et redoublèrent de concentration. Pendant ce temps, Hiyama retraçait à Miku l'arrestation de leur prisonnier.

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Gumi et Yuma arrivaient enfin à l'entrée de l'hôpital qui regroupait tous les soldats blessés lors de l'assaut de la veille. Les deux lieutenants spéciaux de la Garde s'adressèrent directement à une infirmière qui leur ouvrit la porte de la salle où se trouvaient les gardes blessés, une fois que les deux combattants eurent décliné leur identité. Elle leur expliqua que la plupart des soldats allait pouvoir s'en tirer ; en effet, ce type de blessures était assez courant dans leur corps de métier, et le service médical de Furisato était passé maître dans l'art de soigner les blessures de guerre. Pourtant, l'infirmière ne put s'empêcher de se laisser aller à une petite confession :

- C'est bizarre ! C'est la première fois que je vois ça. D'habitude, le nombre de morts dans les cas comme celui-ci augmente en flèche, même après leur arrivée à l'hôpital. Mais ici, on dirait que leurs ennemis ne voulaient que les mettre hors d'état de nuire, mais sans pour autant les tuer. Depuis hier, nous n'avons compté qu'un seul soldat mort suite à ses blessures, alors qu'on les compte par dizaines d'habitude.

- Merci beaucoup, lui rétorqua poliment Yuma. « Vous pensez qu'on peut se permettre de s'entretenir avec certains d'entre eux ? Notre but est d'obtenir le plus d'informations possible sur leurs assaillants... »

- Bien sûr ! Répondit l'infirmière. « Les soldats en meilleure santé sont ceux qui se trouvent à l'entrée de la pièce. Je pense qu'ils pourront davantage vous aider… », leur conseilla-t-elle. « Excusez-moi, mais je vais devoir vous laisser... »

- D'accord, encore merci ! lança Gumi.

Yuma regarda ensuite son équipière d'un air étonné. « Depuis quand tu es aussi aimable ? » s'interrogea-t-il en souriant.

- Je fais un travail sur moi, rigola-t-elle. « Comme quoi, il n'est jamais trop tard. »

Les deux sbires s'avancèrent ensuite vers le lit d'un soldat. Celui-ci était assis tranquillement et était plongé dans la lecture d'un livre de stratégie militaire, bien connu de Gumi et Yuma. Cet ouvrage faisait en effet partie des indispensables à connaître une fois que l'on voulait monter de niveau dans l'armée.

- Bonjour, fit Yuma. « Très bonne lecture ! Le passage sur les mouvements de cohorte est particulièrement intéressant ! On se présente : je suis Yuma, et voici ma coéquipière Gumi, lieutenants spéciaux de la Garde royale. » Gumi fit un signe de la main pour saluer le garde.

Celui-ci ne put cacher l'étonnement sur son visage. « Vous êtes Gumi et Yuma, les bras droits de la commandante Miku ?! Chargés de la protection de la Reine ! C'est un honneur pour moi de vous rencontrer. » Malgré sa blessure, le soldat afficha un large sourire qui trahit son enthousiasme. Puis demanda quelques instants après : « Mais pourquoi deux personnes aussi importantes que vous désirent me parler ? »

- Justement, nous travaillons à l'enquête sur l'attaque dont vous avez été victime hier. Nous aimerions savoir ce que vous avez vu. Toute information pourra nous être utile, expliqua le lieutenant à la tenue noire.

- Est-ce que vous avez pu voir le visage de vos ennemis ?, interrogea Gumi.

- Non, malheureusement, Madame. Ils avaient pris soin de dissimuler leur visage sous un bout de tissu. Tout s'est passé très vite, ils étaient très habiles, et avaient probablement bien préparé leur coup. Ils ne se sont pas lancés dans leur attaque sans réfléchir, et ont attaqué les pièces une par une, en silence, si bien que nous ne les avions pas entendus… Ils étaient trois : un grand homme longiligne avec les cheveux blonds. De ce que j'ai entendu, celui-ci a été arrêté.

- Oui, justement. La commandante Miku est en train de l'interroger. Qu'en est-il des deux autres ?

- Hatsune Miku est ici ?! s'étonna le garde. « J'aimerai tellement la voir ! », s'enthousiasma-t-il.

- Venez-en au fait ! coupa sèchement Gumi. « On est pressé ! » Visiblement, son élan de bonté n'avait duré que quelques instants, et la combattante aux cheveux verts avait repris ses bonnes vieilles habitudes.

- Oui, Madame. Donc, en plus de l’homme qui a été arrêté, il y avait deux jeunes hommes aux cheveux verts, courts. Ils se ressemblaient, je me demande si ce n’était pas des jumeaux.

- Oh, d’autres suspects ?! hurla Gumi. « Il faut vite prévenir Miku ! Est-ce que vous avez autre chose pour nous ? »

- Non, malheureusement, ajouta l’homme. « Il faut dire que… ».

Il n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que Gumi emprunta le chemin de la sortie. Même s’il était impatient, Yuma prit tout de même le temps de remercier leur témoin pour son aide, de sorte de ne pas passer pour une personne asociale et froide, comme sa collègue. Les deux combattants se dirigèrent ensuite vers la prison de Furisato, où Miku leur avait demandé de la rejoindre. Ils recroisèrent de nouveau l’infirmière qui les avait accueillis à l’entrée, mais Gumi ne fit pas preuve de davantage de familiarités, et gronda Yuma, qui selon elle perdait trop de temps à saluer tout le monde.

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Cachés dans la pénombre provoquée par les arbres, deux jeunes hommes observaient une scène au loin. Ils virent un étrange cortège de personnalités se déplacer vers la prison du village, tous d’un pas décidé. Ils portaient toujours leurs masques de fortune, et seuls leurs cheveux verts trahissaient leur identité.

- Tu es certain qu’ils l’ont enfermé ici, Roku ?

- Oui, c’est la prison. A mon avis, ils veulent l’interroger…

- Mais, attends, la fille aux cheveux roses là-bas, ce ne serait pas la Reine Luka ? s’étonna Kyuu Genshine.

- Cela m’étonnerait, rétorqua son frère. « Ils ne se permettraient pas de transporter une personne si importante sur le lieu d’un crime… »

- Et pourtant, je suis certain d’avoir vu un portrait d’elle chez Fukase. C’est elle ! Pas de doute possible.

- Mais qu’est-ce que ça change, demanda Roku. « Ce n’est pas comme si elle était sans défense, des gardes sont là pour la protéger ! »

- C’est quand même une bonne occasion ! En plus, il nous faut être sûr que Yohio ne lâche rien sur nos plans. Il vaut mieux aller surveiller. On va s’infiltrer en douceur dans la prison. », ordonna l’aîné.

- S’infiltrer dans une prison… Mais tu es un grand malade !

Kyuu n’écouta même pas les remarques de son frère, et se dirigea directement vers l’arrière du bâtiment. Roku n’eut d’autre choix que de le suivre. Peut-être arriverait-il à refroidir ses ardeurs, et à le faire entendre raison…

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