Sekai : Chapitre 9 - The Shawshank Redemption

Publié le par Jyôka Ryu

Hiyama Kiyoteru menait tranquillement le groupe composé de Miku à sa tête, suivie de près par la Reine Luka, alors que Rin, Len et Alys marchaient quelques mètres derrière. Ces trois derniers étaient encore impressionnés par les pensionnaires de l'endroit. Il s'agissait en effet de la première fois qu'ils pénétraient dans une prison. Après avoir traversé le petit hall d'entrée, le lieutenant Hiyama avait ouvert une lourde porte en fer qui menait vers les geôles. La prison de Furisato n'était pas bien grande, tout au plus servait-elle à mettre aux arrêts quelques petits bandits qui erraient dans la région. En grande majorité, les plus grands criminels du pays séjournaient dans la Prison royale, qui se situait un peu à l'écart de la ville de Kyôu. Cette prison était bien connue de la commandante Miku, car, en plus de sa tâche de protectrice attitrée de la souveraine, elle représentait également le bras armé de la justice du pays de Kuni. Et même si elle avait déjà eu à faire à de nombreuses responsabilités, Miku dût bien avouer que c'était la première fois qu'elle se retrouvait confrontée à une affaire aussi mystérieuse et sordide. Elle, d'habitude si assurée, commençait à douter de sa propre capacité à résoudre ces meurtres, et ne parvenait pas à deviner de quoi l'avenir serait fait. Ces moments de doutes ne lui arrivaient pas souvent, et tout au plus, duraient-ils que quelques secondes, mais elle s'efforça tout de même à garder bonne figure, car, cette fois, la Reine, qui avait toute sa confiance, avait décidé de l’accompagner. L'échec n'était pas acceptable.

Le groupe progressait donc à travers un long couloir sombre, à peine éclairé par quelques bougies placées çà et là. Rin, Len et Alys sursautèrent parfois à cause des injonctions des prisonniers, qui s'exclamaient devant la beauté de la jeune femme à la tresse en des termes peu élogieux. Il arrivait même que quelques malfrats eurent des mots tendancieux à l'égard de Rin (souvent ces remarques étaient très gênantes et glauques). Len serra les dents pendant quelques instants pour contenir sa colère. Il ne supportait pas que l'on dise quoi que ce soit sur sa sœur. Bien sûr, Rin était bien loin d'être une fille faible, il en avait conscience, mais c'était plus fort que lui, le lien qui l'unissait à sa jumelle était si fort, qu'il ne supportait aucune remarque envers elle, surtout des mots aussi lubriques. Et, quand il s'agissait de protéger Rin, le jeune garçon était capable de tout.

Heureusement, le sextet ne demeura pas très longtemps dans ce couloir. Le suspect, Yohio, avait en effet été placé à l'écart des autres détenus, sans doute à cause de sa dangerosité, et de son caractère précieux. Il disposait donc d'une cellule spéciale, un peu plus grande que la moyenne, et composée d'un petit lit, d'une table, d'une chaise, et de toilettes installées dans un coin. Lorsque le groupe entra tout à tour dans la pièce de la cellule, Yohio était assis tranquillement sur son siège, ligoté, et observait d'un regard sombre tous les arrivants. A cet instant, Hiyama commença :

- Pour l'instant, il nous a juste dit son nom, Yohio, mais nous n'en savons pas plus. Mes subalternes ont bien essayé de le faire parler, mais sans succès.

- Peut-être n'y êtes-vous pas allé assez fort… suggèra Miku.

- Je ne sais pas… Je pensais faire une tentative par moi-même, plutôt que de laisser cela à mes collègues, si cela ne vous dérange pas.

- Faites donc, confirma Miku. Derrière elle, la Reine approuva d'un signe de tête.

Alors qu’Hiyama pénétra dans la cellule, Miku s'approcha des Kagamine :

- Faites attention, essayez d'observer le prisonnier, et de déceler n'importe quel comportement suspect. Non seulement, cela fait partie de votre formation de la Garde royale, mais j'ai aussi le sentiment que vous pourriez découvrir quelque chose…

La commandante laissa planer le doute dans ses mots, et pourtant elle était assurée de la véracité de son discours. Elle savait précisément que quelque chose liait les jumeaux à Yohio. Elle piétinait d'impatience de recoller les pièces du puzzle. Pour l'instant, l'urgence se situait à cet endroit même, alors que tout le groupe se trouvait devant le suspect principal des meurtres commis dans tout le pays. Pour Miku, le mystère des Kagamine était devenu quelque peu « secondaire », bien que celui-ci ne quittât pas totalement son esprit. Finalement, tout ceci allait bien finir par se décanter tout seul, au fur et à mesure de l'enquête ; elle en était persuadée.

Le lieutenant Hiyama avait pris place sur une chaise en bois, juste en face de Yohio, à l'autre bout de la petite table. Le malfrat ne regardait jamais le policier dans les yeux et garda tête baissée. Kiyoteru avait établi une stratégie : il était contre la torture et pensait qu'elle ne menait à rien, et pensait pouvoir négocier avec Yohio.

- Nous avons quelques propositions à vous faire : vous collaborez avec la police de Furisato, et nous abandonnons les charges contre vous.

Yohio ne répondit pas, garda le silence quelques instants, puis laissa échapper un immense éclat de rire.

- C'est donc là votre idée ? Vous pensez pouvoir me soudoyer en me proposant un tel chantage ? lança-t-il avec un sourire à faire glacer le sang. « Vous pouvez continuer à vous amuser de la sorte, mais je vous le dis tout de suite, cela ne fonctionnera pas. Il n'y a aucun moyen que vous ne me proposez davantage que ce que me donne déjà mon patron ! »

- Donc, vous travaillez quelqu'un, vous n'êtes pas le cerveau du réseau… Merci, ça nous fait déjà une information, ajouta ironiquement le lieutenant.

Hiyama agissait de manière plus fine qu'il n'en avait l'air. En homme intelligent, il avait saisi qu'il ne possédait certainement aucun moyen de faire fléchir son suspect. Toutefois, après l'avoir observé quelques temps, il avait remarqué que celui-ci n'était pas doté d'une grande intelligence, il pouvait donc jouer un peu avec lui.

Le groupe observa tranquillement la scène. Malgré son tour de force de la première question, Hiyama ne parvint plus à faire parler Yohio, qui se méfiait. Miku devenait de plus en plus impatiente. Selon elle, ce n'était pas la bonne méthode. Ce genre d'hommes était irrécupérable, et il n'existait aucun moyen de négocier correctement avec eux. La commandante de la garde n'était pas une adepte de la torture, mais devait parfois se résoudre à l'employer en cas d'extrême nécessité. Cela lui était déjà arrivé (et elle détestait ça), et elle s'était promise à elle-même d'éviter le plus possible ce genre de pratiques, mais la situation était grave. Elle cogna alors sur les barreaux de la cellule à l'aide de son katana, et ordonna au lieutenant de lui laisser la place. Celui-ci s'exécuta, il était bien trop à cheval sur la hiérarchie pour refuser quoi que ce soit à la guerrière aux couettes bleues. Les deux soldats se croisèrent à l'entrée de la cellule, lorsque Miku se retourna :

- Len, tu viens avec moi !

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Les frères Genshine se trouvaient toujours devant la prison. Ils observaient avec attention l'entrée principale de celle-ci, cachés chacun derrière deux gros chênes. La porte était gardée par deux soldats. Roku profita de ce petit moment de calme afin de raisonner son aîné, qui s'était selon lui lancé dans une mission bien trop périlleuse :

- Kyuu, c'est de la folie ! Cet endroit doit être super sécurisé ! En plus, il y a toute l'escorte de la Reine à l'intérieur. On ne pourra pas s'en défaire juste à deux.

- Oui, tu as certainement raison, rétorqua l'aîné. Kyuu pouvait faire preuve d'une grande impulsivité, et il lui arrivait souvent de se lancer sans trop réfléchir. Heureusement, la seule personne qui pouvait le faire changer d'avis était toujours à ses côtés, son jumeau Roku. « N'empêche que je ne suis pas à l'aise avec Yohio là-dedans. Quel imbécile! Je n'ai pas confiance en lui, il pourrait cracher le morceau, et je voudrais m'assurer qu'il ne dise rien ! »

Le cadet devait bien avouer que son frère disait vrai. Lui non plus n'avait pas d'atomes crochus avec l'homme aux cheveux blond platine (c'était peu de le dire), et il ne se réjouissait pas à l'idée de devoir aller le sauver, mais il fallait protéger leur secret. Roku était pourtant légèrement satisfait : son frère semblait avoir renoncé à l'idée de prendre la Reine en otage. Il avait tout de même pris quelques minutes pour revoir son jugement. Il n'empêche que leur petite escapade dans la prison restait potentiellement extrêmement dangereuse. Il fallait donc établir un plan d'action.

- Bon qu'est-ce qu'on fait ? Demanda judicieusement Roku.

- Je ne sais pas… On ne peut pas se lancer comme ça, c'est trop risqué. Il faudrait d'abord savoir où se trouve Yohio, et puis on voit… conclut Kyuu.

Le duo se mit donc à faire le tour du bâtiment, à la recherche d'éventuels indices sur sa disposition. N'importe quoi pouvait leur donner une quelconque information, de la forme des murs à l’emplacement des fenêtres équipées de barreaux. L'aîné des Genshine faisait complètement confiance à son frère sur ce coup-là, Roku ayant déjà prouvé ses capacités d'analyse de nombreuses fois. Ils arrivèrent vers l'arrière de la prison quand ils entendirent une voix familière. C'était Yohio, qui venait de répondre au lieutenant Hiyama et qui refusait son marché. Ceci rassura les Genshine : d'une part, il semblait bien que le guerrier blond ne voulait aucunement collaborer avec l'ennemi, et d'autre part, ils avaient enfin découvert sa geôle. Le seul hic résidait dans le fait que celle-ci se trouvait tout à l'arrière de la prison, et qu'il fallait donc traverser tout le bâtiment sans être repéré, avant d'éventuellement pouvoir le libérer. Leur petite escapade commençait tout doucement à ressembler à une mission-suicide. « Qu'importe ! », lança Kyuu. « Nous n'avons pas vraiment le choix, il faut bien nous résoudre à le libérer, sinon Fukase nous en tiendra rigueur ». Le grand frère marqua un instant de pause « Il commence vraiment à me casser les noix, celui-là ! Qu'est-ce qui a pris Fukase d'engager un débile pareil ? » Roku se contenta de rire discrètement sous sa tunique, mais il devait bien avouer qu'il était assez d'accord avec son jumeau.

Les Genshine finirent donc leur tour de la prison, et commençaient déjà à réfléchir à un plan.

- Notre seul moyen, c'est de faire diversion… On crée la pagaille chez les prisonniers, en espérant que ça dérange leur interrogatoire, et on s'infiltre en douceur, en espérant qu'il n'y ait pas assez de monde vers Yohio pour qu'on puisse le libérer…

L'idée de Kyuu n'était certainement pas la meilleure du monde mais c'était la seule dont ils disposaient. Au grand dam de Roku qui se rendait bien compte de la problématique, mais qui trouvait toujours cette opération bien trop risquée pour le résultat qu'elle pouvait apporter, à savoir libérer une ordure de la pire espèce, qui en plus, pouvait de nouveau les déranger dans le cadre de la suite des opérations. Cependant, Fukase leur avait bien stipulé de collaborer avec lui, et il fallait obéir aux ordres. Ils se rendirent donc vers l'entrée de la prison et firent rapidement perdre connaissance aux deux gardes présents.

- Bon, allons-y !

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Miku entra dans la cellule de Yohio, auréolée d'une prestance sans pareille. Len la suivait plutôt discrètement, se demandant encore en quoi il pourrait l'aider. Il n'avait en effet aucune connaissance de ce type de pratiques, il se retrouvait même pour la première fois face à face avec un criminel. Il ne se sentait pas à l'aise et cela se remarquait sur son visage. Par contre, Miku faisait preuve d'une aisance à toute épreuve : elle s'installa tranquillement sur la chaise située en face de Yohio, et le gratifia d'un sourire ponctué de malice. D'un geste, elle signifia à Len de se placer à sa droite. Puis, elle s'empara d'un petit couteau qui était placé dans un fourreau situé à sa cuisse gauche et commença à jouer avec sur la table, toujours sans adresser un seul mot au suspect, le sourire aux lèvres de façon permanente. Afin d'apporter encore plus de tension, elle commença même à murmurer entre ses lèvres l'air d'une célèbre chanson du pays. Len observait la scène, désemparé, il ne saisissait pas à quoi rimait tout cela. Toutefois, il n'adressa aucune remarque à la commandante, pensant qu'elle avait sans doute une idée derrière la tête, tant elle avait l'air sûre d'elle-même.

Miku continuait tout son petit jeu un petit instant, tandis que Yohio ne bougeait pas d’un poil. Puis, la patronne s’arrêta soudainement, et lui posa sa première question :

- Alors, on sait très bien que c’est toi qui as tué les chefs de village… Tu pourrais nous apprendre plus sur tes objectifs ? demanda-t-elle, en jouant avec son couteau.

- Vous pensez me faire peur ? Vous ne me ferez jamais parler ! hurla le jeune blond, en y ajoutant un rire narquois.

La commandante garda le silence, et se dirigea vers l’arrière de la chaise sur laquelle le prisonnier était assis. Elle sectionna d’un coup les liens qui attachaient ses mains. Yohio fut un peu plus libre de ses mouvements, bien que son tronc soit toujours attaché au siège. Il posa alors calmement ses mains sur la table. Miku reprit sa place, juste à côté de Len qui s’interrogeait toujours sur la stratégie de son chef, mais il ne bronchait pas. Sa sœur et lui avaient tout intérêt à laisser faire Miku. Si Yohio lâchait quelques informations, cela pourrait peut-être leur permettre de trouver un moyen de rentrer chez eux. Cela restait toujours leur objectif, et même si les évènements s’étaient enchaînés rapidement, ils ne l’avaient jamais perdu de vue.

Miku se rassit lentement, et reposa sa question :

- Une nouvelle fois, quel est votre objectif ? La chute de l’Etat ?

Yohio continua à faire la sourde oreille, et pourtant la jeune femme aux cheveux bleus continuait à sourire. Derrière, le groupe composé de Rin, Alys, la Reine Luka et le lieutenant Hiyama observait la scène avec attention.

- Une dernière fois, tu vas répondre à ma question ?

- Pfff… souffla Yohio.

Soudainement, le couteau de Miku vint se planter dans le plat de la main du malfrat, ce qui causa chez lui une douleur lancinante. Il émit quelques gémissements (lui qui était déjà blessé), alors que Miku se mit à pousser un rire sadique.

- Bon, on va passer à l’étape suivante, alors ! Len, j’ai besoin de toi, tu peux le tenir le temps que je continue l’interrogatoire ?

Len s’exécuta. Le dernier mouvement de Miku l’avait surpris, ainsi que toute l’assemblée, et il ne voulait en aucun cas la contrarier. La commandante s’empara alors de la main droite du prisonnier et la posa à plat sur la table en bois.

- Bon, je t’explique… A chaque question sans réponse, c’est une phalange en moins… Fais attention, tu n’en as que vingt-huit ! Alors, je commence, que cherchez-vous à faire ?

Yohio continuait à hurler et gesticuler, pendant que Len luttait pour le tenir tranquille et pour éloigner sa vue de cette scène, de la même façon que Rin et Alys, qui ne tenaient pas spécialement à assister à pareille torture. Luka et Hiyama restaient, quant à eux, concentrés. Le prisonnier ne répondait toujours pas à la question, alors Miku enchaîna :

- Tu préfères quel doigt en premier ? L’index ? Le majeur ?

- Vous êtes complètement folle, rétorqua Yohio.

- Mauvaise réponse !

Et Miku lui sectionna la première phalange de l’index. Le sang coulait abondement sur la table en bois et tâchait quelque peu les vêtements et le visage de la jeune femme. Mais elle n’en eût cure et continua ;

- Plus que vingt-sept chances ! Qu’est-ce que vous cherchez ?

De l’autre côté des barreaux de la prison, Rin et Alys exhortaient Miku d’arrêter ce massacre. La femme à la tresse bleutée supplia même poliment la Reine pour arrêter ce massacre. Celle-ci l’ignora simplement, puis, quelques instants plus tard, ajouta pour se justifier :

- Cela ne me plaît pas plus qu’à vous, vous savez, mais nous n’avons pas d’autre choix, malheureusement. L’expression de son visage montrait qu’elle était sincère. « Je veux protéger mon pays, et, croyez-moi, je ne suis pas fière de ce que nous sommes en train de faire là ! J’éprouve énormément de difficultés à rester impassible devant une telle scène mais il le faut… ». Puis, la souveraine crût bon d’ajouter : « Pour Miku non plus, ce n’est pas facile… Elle joue la comédie pour cacher son dégoût de ce genre de pratiques, vous savez… »

Alys tint son silence, subjuguée par la réponse de la Reine. Ces personnes avaient dû déjà voir pas mal d’horreurs pour réagir de la sorte. Les histoires que l’on racontait un peu partout au sujet de leur rôle dans le Grande Guerre Magique, alors qu’elles n’étaient que des enfants, seraient donc vraies ? La villageoise d’Uchi rejoint ensuite Rin dans un coin. La fille blonde ne pouvait pourtant défaire son regard de son frère, qui lui devait supporter tout cela aux premières loges.

Miku coupa ensuite la première phalange du majeur de Yohio, puisqu’il n’avait de nouveau pas daigné répondre.

- Qui vous commande ? Quel est son but ?

Au milieu des cris de douleurs, Yohio finit par lâcher « Fukase, son nom est Fukase ! »

- Ah, ben voilà, on avance ! lança Miku avant de se rasseoir calmement. Elle rappela ensuite Len à ses côtés. Le jumeau était particulièrement satisfait de ce moment de calme. Il avait tenté de garder son calme et de faire bonne figure devant tout le monde, mais ceci ne s’avérait pas évident. Quoi qu’il en soit, Miku continua ses interrogations, plutôt satisfaite du déroulé de l’entretien.

- Qui est ce Fukase ? Où peut-on le trouver ?

- Ah, il se trouve bien loin ! Il est hors de votre portée… Vous devriez demander aux deux blonds là, je pense qu’ils pourront vous dévoiler pas mal de choses, ajouta-t-il en fixant Len puis Rin dans le blanc des yeux. « Vous savez de quoi je parle ! Je me demande bien comment vous êtes arrivés jusqu’ici, vous deux… »

Miku se retourna alors rapidement vers les jumeaux, alors que soudainement, des cris horribles et forts se firent entendre de la prison, mettant un terme à l’interrogatoire.

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Les frères Genshine venaient de blesser chacun à leur tour les deux premiers prisonniers qui se tenaient près de l’entrée. D’un seul coup, Kyuu transperça la cuisse gauche de l’homme plutôt bien bâti qui était situé à sa gauche. Roku, quant à lui, s’était occupé du criminel de droite en lui entaillant l’épaule. Leur plan avait fonctionné, le but étant de créer la pagaille chez les prisonniers afin de faire diversion, et de forcer le groupe qui était en train d’interroger leur collègue, à sortir.

Les jumeaux s’étaient dissimulés dans un coin sombre, bien aidés par la lumière tamisée qui régnait dans l’endroit et ils attendaient patiemment. Ils virent ensuite la poignée de la porte bouger, puis Hiyama Kiyoteru sortir, suivi de près par Hatsune Miku, la Reine Luka, Rin, Len et Alys, dans cet ordre. Le lieutenant se rendit immédiatement près des deux premières cellules et remarqua les prisonniers blessés. Miku s’écria ensuite :

- Rin, Len, protégez la Reine à tout prix, on a un problème !

Dans l’ombre, Roku se faufila discrètement dans la pièce où se trouvait Yohio, à l’abri des regards, tandis que Kyuu s’engagea dans un combat avec la commandante de la Garde royale. Selon le comportement des autres personnes présentes, il avait remarqué qu’elle était celle qui présentait le plus de danger, les Kagamine se contentant de se tenir près de la Reine Luka.

Il tenta une manœuvre par derrière, qui ne trompa aucunement Miku, qui dégaina son sabre à une vitesse vertigineuse pour parer le coup de l’aîné aux cheveux verts.

- Vous êtes donc le complice de ce Yohio… Enchantée ! Par contre, ce n’est pas très noble de votre part de venir m’attaquer dans le dos.

- Au diable la noblesse ! Seul le résultat compte ! lança Kyuu.

- Alors, venez ! défia la guerrière aux couettes.

Kyuu se lança alors vers la commandante, tandis que les cris des prisonniers continuaient de retentir dans tout l’endroit. Contrairement aux autres ennemis qu’elle avait déjà eu à affronter, celui-ci s’avança plutôt prudemment. Il était rapide, certes, mais il ne se précipitait pas pour autant. C’était signe d’une très belle habilité au combat. De plus, ce garçon était plutôt agile et parvenait à esquiver les coups de Miku sans utiliser son sabre, ce qui lui donna alors l’occasion de contre-attaquer immédiatement. Le combat dura plusieurs minutes, au milieu des bruits de fracassements des lames entre elles, et des kïais poussés par les combattants. Plus le combat avançait, plus Miku se montrait dubitative par rapport au style de combat de Kyuu. On aurait dit que son but n’était que de gagner du temps, rien de plus. En effet, aucune attaque de sa part n’était accompagnée de suffisamment d’implication pour blesser son adversaire. L’aîné avait tout calculé : il savait pertinemment qu’il n’avait pas le niveau pour se mesurer à la patronne de la Garde royale, bras droit personnel de la Reine Luka, et avait donc axé son combat dans un sens précis. Il s’agissait pour lui de sa seule façon de s’en sortir. Il n’avait qu’à espérer que son cadet ne traîne pas trop à libérer Yohio, puisque toutes les autres personnes potentiellement gênantes étaient occupées.

De son côté, Roku avait réussi à pénétrer dans la cellule de Yohio sans être vu. Bien sûr, le lieutenant Hiyama avait pris soin de refermer la porte à barreaux qui retenait le garçon blond en cage.

- Ah, vous voilà, comment vous allez-faire pour me sortir de là, maintenant ? Fallait réfléchir avant ! pesta Yohio méchamment, et ce, malgré ses blessures.

- Taisez-vous ! s’écria Roku. « Et laissez-moi faire »

Roku sortit alors de sa poche un revolver six coups qu’il avait pris le soin de charger auparavant.

- Ça vous étonne, n’est-ce pas ? Fukase nous a procuré la dernière arme pour l’instant en sa possession. Mais comme on ne dispose de quelques balles, il vaut mieux l’utiliser avec parcimonie. C’est pour cette raison qu’on ne vous en a pas parlé, à vous, l’espèce de psychopathe.

Yohio ne protesta pas, assez satisfait de voir là une issue à son calvaire. Roku tira ensuite trois fois dans la serrure (vidant de ce fait le chargeur), détruisit celle-ci et fit sortir son collègue de sa prison. Le cadet eût juste le temps d’envelopper la main de son collègue (avec deux phalanges coupées) dans un petit linge avant de filer. La détonation avait eu pour effet de prévenir Miku, Rin, Len, Alys, Luka et Hiyama du pot-aux-roses.

- Qu’est-ce que c’est encore que cela ? Ah, zut, il y en avait un autre ! s’écria la patronne. Puis, elle se retourna vers Kyuu : « C’était juste une diversion, ton petit cinéma ? »

Kyuu ne lui répondit que par un large sourire. Toutefois, il devait garder sa concentration puisque Miku ne baissait en aucun cas sa garde. L’aîné se contentait juste de lui bloquer le chemin pour que Roku et Yohio puissent s’enfuir tranquillement. De son côté, Miku poussa plusieurs fois quelques cris de colère, étant donné l’évolution de la situation. Son principal suspect était en train de s’enfuir, mais elle ne pouvait pas abandonner son poste. Elle devait continuer à protéger la Reine, car Kyuu n’allait pas manquer l’occasion de s’emparer d’elle si la commandante baissait sa garde. Il en était de même pour les Kagamine, qui accomplissaient plutôt bien leur mission pour l’instant, mais ne pouvaient pas bouger non plus.

Alys se tenait alors dans un coin. Elle pouvait agir, mais cela signifiait également trahir son secret. Elle hésitait… Sa famille, et surtout son père, avaient déjà tellement souffert. La jeune femme à la tresse craignait de subir le même sort. Pendant ce temps, Roku laissa Yohio près de la sortie, et retourna près du groupe de combattants pour s’occuper du duo de jumeaux blonds qui protégeaient la Reine avec le lieutenant Hiyama. La situation devenait critique : tous étaient en train de lutter, alors que Yohio se dirigeait tranquillement vers la sortie. C’est alors qu’Alys fit un bond majestueux dont elle avait le secret pour s’élever au-dessus des combats en cours et se lancer à la poursuite du jeune blond. Elle le rattrapa finalement très vite, et lui asséna un coup de pied retourné en pleine tête qui le mit hors d’état de nuire. En une seule série de mouvements, la jeune femme avait réussi à retourner la situation en leur faveur. Les Genshine avaient échoué dans leur mission, puisqu’il leur était impossible de traîner un corps inconscient dans cette situation.

En outre, deux autres guerriers attendus depuis longtemps firent leur apparition sur le pas de la porte de la prison. Gumi et Yuma revenaient de leur tour à l’hôpital, et se retrouvèrent directement nez-à-nez avec un petit champ de bataille en puissance. Ils identifièrent les jumeaux gêneurs et dégainèrent leurs sabres respectifs simultanément, puis se dirigèrent vers les combattants aux cheveux verts, afin de prêter main forte à Miku.

- Ca sent mauvais ! lança Roku à son frère. « Je crois que nous devrions battre en retraite ! Tant pis pour Yohio ! »

­- Je suis d’accord, répondit l’aîné. « On file ! »

Les jumeaux arrêtèrent immédiatement le combat, et profitèrent de leur excellente pointe de vitesse pour s’extirper de la prison. Gumi, Miku et Yuma s’attelaient bien sûr à tenter de les suivre, mais les trois combattants durent se mettre à l’évidence : ils n’étaient pas aussi rapide qu’eux.

Quelques minutes plus tard, le calme était revenu. Tout le groupe était encerclé autour du corps inconscient de Yohio, et reprenait son souffle.

- Bon, on a un suspect, ce n’est pas si négatif ! dit Gumi.

- Oui, mais je ne suis pas rassurée avec ces jumeaux dans la nature, ajouta Miku. « Yuma, une fois à la capitale, tu lanceras un avis de recherche dans tout le pays pour ces deux frères aux cheveux verts. »

- D’accord, répondit-il simplement.

- Quand à celui-ci, il vient avec nous à Kyôu, finit la commandante en pointant du doigt leur prisonnier allongé sur le sol.

Miku se retourna ensuite vers le trio formé par Rin, Len et Alys. Son expression de visage reflétait bien son état d’humeur, si bien qu’aucun des trois n’osa prononcer un seul mot.

- Vous trois, on aura des choses à se dire une fois rentrés à la capitale.

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Les frères Genshine venaient de quitter le village, et s’étaient réfugiés dans la forêt. La nuit commençait à tomber et Roku venait de remplir leurs gourdes d’eau dans la rivière située tout près d’eux.

- Ca va Kyuu ? Tu n’es pas blessé ?

- Non et toi ? demanda le frère.

- Je n’ai rien.

Kyuu souffla plusieurs fois, et pesta sur son échec. Bien sûr, son plan était risqué mais les jumeaux était passés tellement près de l’exploit que la chute n’en était que plus dure. De plus, les deux frères allaient devoir en informer Fukase, leur chef, et ils savaient à quel point celui-ci pouvait se montrer de forte méchante humeur dans des cas comme celui-là.

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A Kyôu, la capitale, la nuit tombait également. Le quartier populaire de la ville avait retrouvé son calme après l’agitation habituelle de la journée. Dans le centre se trouvait une maison assez imposante, près de laquelle peu de personnes osaient s’aventurer. Pourtant, une jeune femme aux cheveux rouges se dirigeait avec fermeté vers la porte de cette maison et y entra sans même frapper. A l’intérieur, elle fit face à un bureau en désordre derrière lequel se trouvait une autre jeune femme au milieu de sa paperasse.

- Bonsoir Yukari ! Il paraît que Kaito m’a demandée ?

Yuzuki Yukari se releva et afficha un large sourire à sa visiteuse.

- Bonsoir Leora ! Oui, le boss t’a demandée. Il dit avoir une mission spéciale pour toi.

- Qu’est-ce qu’il me veut encore celui-là. J’espère qu’il me paiera bien cette fois !

- Il te l’expliquera bien mieux que moi, s’excusa Yukari. « Il est dans la pièce d’à-côté. Ta présence va le réjouir. Il n’a pas le moral au beau fixe pour l’instant. »

Leora poussa la porte qui menait vers le bureau de Kaito, et s’écria directement :

- Salut Kaito ! Qu’est-ce que tu me veux cette fois-ci ?

Elle s’arrêta immédiatement lorsqu’elle vit l’état dans lequel se trouvait la pièce. Tables cassées, murs tâchés de sang, tel était le spectacle qui s’offrait à elle.

- Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? demanda Leora.

- Une bourde de notre cher ami Namine ici présent, rétorqua le mafieux en désignant son petit associé. « Il pensait nous apporter une proie facile, et cette fille a mis tout mon repère dans cet état. »

Leora laissa Kaito continuer son discours.

- C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait appel à toi. D’après ce que cette fille nous a révélé, elle venait de la Garde royale, dans le quartier noble. Je veux que tu la retrouves et que tu la ramènes. Je veux lui apprendre les bonnes manières. Elle finira par me respecter.

La femme aux cheveux rouges marqua son étonnement :

- Mais, tu as toute une équipe à ton service. Pourquoi tu voudrais me payer juste pour chasser une seule femme ? Tu connais pourtant mes tarifs.

- Il y a une chose que je ne t’ai pas dite. Cette fille maîtrise le Koryu.

Leora s’asseya sur le siège disposé juste en face du bureau de Kaito, un large sourire aux lèvres.

- Ça devient intéressant tout ça ! Je serai ravie de t’aider dans ce cas. Cela m’intrigue, nous sommes plus beaucoup à pratiquer le Koryu ces temps-ci…

- Si tu me la ramènes, je te paierai deux fois plus que d’habitude. Marché conclu ?

- Bien sûr, avec plaisir ! rétorqua Leora, avant de pousser un rire sadique.

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