Sekai : Chapitre 13 - Owari

Publié le par Jyôka Ryu

Leora et les frères Genshine ruisselaient à travers les petites ruelles qui menaient au quartier populaire de la capitale. La Reine Luka était posée sur les épaules de Kyuu, qui, même avec ce poids supplémentaire ne ralentissait pas. Malgré son apparence frêle et mince, l'aîné disposait d'une force redoutable. Cela avait déjà surpris de nombreux adversaires; le dernier, Len, fut étonné par la violence du coup porté par son adversaire quelques dizaines de minutes avant, le laissant knock-out sur le coup.  

Le crépuscule était tombé, et il commençait à être ardu de s'orienter dans la ville. Heureusement, les trois associés connaissaient la route par cœur, et purent se rendre rapidement à leur refuge. Ils se tinrent alors devant la maison, le sentiment du devoir accompli. Luka, toujours ligotée, était pourtant parvenue à défaire l’un de ses bras et se tenait aux côtés de Kyuu et Roku. Leora fit immédiatement la remarque à l’aîné qui lui répondit, gêné : « On était pressé ! Et puis, elle n’a pas pu faire grand-chose… » Puis il gratifia la mercenaire de sa grimace traditionnelle, qui traduisait tout le bien qu’il pensait d’elle.

- On a réussi Kyuu, lança le cadet. « Fukase sera fier de nous cette fois ».

- Mouais, rétorqua le grand frère sans plus d'assurance. Puis, il se tourna vers Leora. « On s'était pourtant mis d'accord: nous ne voulions pas utiliser les explosifs ! On ne peut décidément pas vous faire confiance. Qui sait, la prochaine fois, vous nous préparerez peut-être un nouveau coup fourré ! »

La guerrière aux cheveux rouges le ravisa d'un air dédaigneux.

- C'est le résultat qui compte ! se justifia-t-elle. « Et sur ce point, nous sommes allés au-delà des espérances. Et ce n'est pas grâce à toi, mon petit Kyuu... » défia-t-elle.

- Comment ça ? s'énerva l'aîné.

- Vous êtes trop justes, ton frère et toi, vous voulez toujours agir dans les règles. Ce n'est pas comme cela que vous arriverez à vos fins... En attendant, l'objectif est atteint, il vaut mieux s'en réjouir.

Kyuu ne pipa mot. Il était vrai que le plan de sa collègue avait fonctionné, bien qu'il eût du mal à l'admettre. Roku se rapprocha de son frère et le tint par les côtes, lui chuchotant de ne pas emmener la discussion plus loin. Il était temps de montrer leur trophée de chasse à leur patron. Pour une fois, Fukase allait certainement se révéler de très charmante humeur.

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Au Palais Royal, les chefs de village accompagnés de leurs gardes restèrent immobiles devant la grande étendue sombre du quartier noble. Ils n'avaient rien pu faire et s'étaient contentés de laisser la Reine partir. La souveraine avait préféré se sacrifier plutôt que de risquer la vie de ses collaborateurs, et tous se sentaient coupables de cette situation. S'ils avaient pu prévoir une telle attaque, les choses n'auraient pas aussi mal tourné. Miku, surtout, restait sous le choc. Elle-même avait orchestré toutes les manœuvres de garde et de sécurité pour ce conseil, qui s'était soldé par un échec cuisant.

- Tout le monde, veuillez m'accompagner dans la salle du trône... Nous avons du pain sur la planche.

Il fallait réagir au plus vite, et adopter une stratégie de contre-attaque. L'expertise des trois membres du Conseil des Sages ne serait pas de trop. Miku comptait sur la coopération de tous. Le pays vivait sa crise la plus grave depuis quinze ans, et aucun leader n'était là pour contrôler les troupes. Naturellement, la femme aux couettes endossa son rôle, ne fut-ce que par respect pour sa souveraine et amie. Elle se devait de la retrouver. Les derniers mots prononcés par Luka au moment de son départ résonnaient encore dans l'esprit de Miku, et lui donnèrent une force insoupçonnée et une motivation sans pareille.

Au milieu du couloir menant vers la grande salle, on pouvait observer Len reprendre ses esprits, tandis que Rin était toujours couchée au sol, la jambe meurtrie. Le garçon prit quelques secondes pour se relever, puis aperçut sa sœur blessée, et fut soudainement pris d'un élan de panique.

- Rin ! Que t'est-il arrivé ? hurla-t-il.

La jeune fille lui rendit un sourire. Elle ne put toutefois pas cacher la douleur lancinante qui lui traversait tout le bas du corps. Gumi demanda donc rapidement à un garde situé à l'extérieur du château d'appeler les secours au plus vite, et se rendit auprès de sa disciple.

- Désolée, maître... Je n'ai pas été assez forte, s'excusa Rin.

Contre toute attente, Gumi se mit à enlacer la jeune fille. La blondinette s'attendait pourtant à recevoir une remontrance de la part de sa formatrice, c'est ce à quoi elle était habituée. Gumi se contenta de lui répondre:

- Tu as fait tout ce que tu as pu. L'adversaire était trop fort pour toi... Le fait que vous ayez pu tenir aussi longtemps face à eux relève de l'exploit. Vous avez bien progressé tous les deux. Maintenant, pense à te soigner et reviens-nous plus forte encore. Nous aurons besoin de toi, finit-elle alors que Rin fut placée sur un brancard qui la mènerait vers l'hôpital militaire, situé à quelques dizaines de mètres de la caserne.

Peu après, les trois chefs de village restants retournèrent dans la salle du trône. Miku resta cependant encore quelques instants dans le corridor, et remarqua Alys, qui restait immobile devant la porte d'entrée du palais.

- Tu te doutes de ce que je vais te demander, Alys, commença Miku en se dirigeant vers la villageoise.

- Vous avez entendu ce que cette jeune femme a dit... Elle connaît mon secret... Cela voudrait dire que...

- Est-ce que tu sais combien il reste de pratiquants du Koryu en vie ? interrompit Miku.

- Plus énormément, c'est un art qui se perd... Dans mon village, nous étions la dernière famille à le connaître, elle doit donc venir d'ailleurs... expliqua Alys.

- Quoi qu'il en soit, nous aurons besoin de toi. S'il est vrai que notre ennemie pratique aussi ce type d'art martial, tu es la seule capable de nous aider...

- Justement, j'hésite...commença la fille à la tresse. « Je n'ai jamais combattu un autre pratiquant du Koryu, mis à part mon père, quand il m'entraînait... »

Miku comprenait les inquiétudes d'Alys. Cette jeune fille n'avait pas été élevée en tant que soldat, et elle ne parvenait pas à faire fi de ses doutes. La commandante devait trouver les mots justes pour lui faire reprendre confiance.

- Tu sais, la réputation de ton père n'est plus à faire. Je pense que, de toute manière, il t’a bien formée. Ton niveau doit être plus élevé que celui de cette guerrière. Et puis, tu nous as déjà fait démonstration de tes talents, et tout le monde a été impressionné, même moi. Et je peux te dire que ce n'est pas facile, ajouta Miku sur un ton léger. C'était peut-être le meilleur point de vue à adopter.

- Merci, commandante. Je me préparerai à ce combat, physiquement et mentalement, conclut Alys.

- Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à venir me voir... proposa Miku avant d'accompagner la villageoise dans la salle du trône.

Elles passèrent ainsi devant Yuma et Len, qui s'étaient assis près du mur gauche longeant le couloir. Le jeune garçon blond s'était déjà posé là depuis quelques minutes, la mine renfrognée. Yuma l'avait observé, et s'était rapproché de lui petit à petit.

- Qu'y a-t-il, Len ?

- Vous pensez que je suis assez fort, maître ? interrogea le jumeau.

- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

- J'ai été incapable de la protéger... Mon adversaire m'a mis hors combat en moins de deux minutes, et l'autre en a profité pour blesser ma sœur... Je n'ai rien pu faire... Je suis son frère, j'aurai dû me concentrer à la protéger, mais je n'en ai pas été capable.

Yuma prit quelques instants pour formuler sa réponse.

- Ta formation n'est pas encore terminée. En fait, je pense que vous n'étiez pas encore prêts pour une mission aussi difficile.

Len regardait son formateur d'un œil étonné.

- Vous voyez, vous dites aussi que je suis faible.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit le guerrier aux habits noirs. « Ta sœur et toi avez accepté cette mission sans rechigner, bien que vous n'étiez pas prêts. Ce courage est à mettre à votre crédit. Je ne connais pas beaucoup de soldats qui auraient agi comme vous. »

- N'empêche que je n'ai rien pu faire pour Rin. Elle devrait m'en vouloir ! s'apitoya Len.

- Je ne pense pas, commença Yuma.

- Qu'est-ce que vous en savez? hurla le jeune homme.

- Le premier à avoir proposé d'entrer dans l'armée pour la protéger, c'est toi, Len. Tu accomplis parfaitement ton devoir de frère. Et puis, Rin est une jeune femme forte. Elle n'a pas besoin de toi sans arrêt pour la protéger. Va la voir à l'hôpital, et reste avec elle. C'est là-bas qu'est ta place pour l'instant.

Et pour l'opération ? Je pourrais y participer ? Je dois me rattraper...

Yuma sourit, charmé par l'abnégation de son disciple.

- Bien sûr, chaque aide est la bienvenue. Je viendrai te chercher à l'hôpital quand tout sera prêt. Maintenant, va voir Rin, elle a besoin de toi...

Le maître de sabre prit finalement congé, et rejoignit tous les autres dans la salle du trône, alors que Len quitta le Palais Royal. Les paroles de Yuma lui avaient fait du bien. Le lieutenant était parvenu à lui remonter le moral, et à lui donner une certaine motivation. Le jeune Kagamine avait désormais un objectif, celui de se venger des frères Genshine, qui avaient osé blesser sa sœur.

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Dans la salle du trône, Miku prit place à l'extrémité de la table de réunion. Le temps était compté, il fallait retrouver la souveraine au plus vite. Les motivations réelles de l'ennemi étaient toujours inconnues, mais, en concertation avec les autres participants, la commandante s'accorda à conclure que les opposants n'en voulaient pas à la vie de la Reine. En effet, Leora avait eu l'occasion d'en finir, mais avait préféré prendre Luka en otage et fuir. Ce qui laissait un mince espoir. Quelques minutes plus tôt, la patronne de la Garde avait pris contact avec le chef de l'escouade de surveillance afin de quadriller le périmètre dans toute la ville. Les jumeaux et la praticienne du Koryu ne pouvaient en aucun cas quitter la capitale. Finalement, la superficie de recherche était déjà réduite, mais Miku préféra encore discuter stratégie avec le Conseil, dans le but de maximiser l'efficacité:

- Donc, nous pouvons en conclure que l'ennemi n'a pas quitté Kyôu, commença-t-elle.

- Mais où pouvons-nous le chercher ? interrompit Kinzaki Koharu. « Si vous me le permettez, j'ai une petite théorie... »

Kinzaki était la plus ancienne membre du Conseil, et son avis se révélait souvent très intéressant. Tous les participants autour de la table la regardèrent alors patiemment.

- Je pense que nous pouvons limiter les recherches au quartier populaire. Selon moi, leur cachette ne se trouve pas dans le quartier noble, mais dans l'une des nombreuses petites ruelles mal famées de l'autre partie de la ville. 

On devrait alors lancer toutes les troupes vers le quartier populaire ? demanda Yuma.

Miku répondit tout de suite à sa question: 

Non, il ne faut surtout pas provoquer de mouvement de panique justement. Nous devons quadriller la zone par petits groupes, de sorte de ne pas inquiéter la population et surtout de ne pas se faire repérer...

Tous s'accordèrent sur la stratégie. A l'aide d'une carte de cette partie de la capitale, ils divisèrent la zone en sept parties. La recherche dans chaque section était placée sous l'autorité d'un des chefs de village ou de l'un de ses gardes. Chacun disposait également d'un petit groupe de soldats chargés de patrouiller en ville pour retrouver la Reine. Finalement, même en cette période de crise, le gouvernement du pays de Kuni restait solidaire.

L'organisation s’effectua assez rapidement et, dans l'heure, tous les groupes se retrouvèrent devant la Palais Royal prêts à accomplir leur mission.

Miku se tenait devant tout le monde, près du portique qui marquait l'entrée du château. Sa prestance naturelle faisait que, même les chefs de village, qui étaient pourtant d'un rang social supérieur à elle, se courbaient légèrement devant la commandante et attendaient ses ordres.

- On se retrouve ici toutes les deux heures. Je veux un rapport sur tous les éventuels indices que vous auriez trouvés. Toutefois, ne prenez pas de décisions hâtives, et n'entreprenez rien seul. Sur ce, je vous souhaite bon courage et bonne chance !

Alys, Gumi et Yuma, ainsi que Lily, Takahashi et Koharu approuvèrent d'une signe de tête et se saluèrent tous avant de prendre la route.

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Len venait d'arriver à l'hôpital de Kyôu. Sa mine était défaite, mais les derniers mots de Yuma résonnaient encore dans son esprit. Il serra les dents, encore sous l'effet de l'énervement. Son attitude démontrait également une forme de motivation. Il allait se donner encore plus à l'entraînement. Le but maintenant était de progresser assez vite pour pouvoir rivaliser avec les jumeaux aux cheveux verts. D'autant plus qu'il demeurait seul désormais, Rin étant certainement hors-jeu pour un certain temps.

Au comptoir de l'accueil, le jeune garçon demanda poliment de le conduire au chevet de sa sœur. Il déclina son identité, puis l'infirmière le mena dans la grande pièce qui regroupait tous les blessés. Celle-ci était plus étendue que la salle de soins de l'hôpital du village d'Uchi, que Gumi et Yuma avaient visité après l'attaque de la tour, mais elle était bien moins remplie. Rin se trouvait dans l'un des lits du fond, et était en train de se faire soigner par une jeune soigneuse.

La jeune fille ne remarqua pas immédiatement la présence de son frère, encore sous l'effet de la douleur tenaillante qui lui parcourait la jambe. Elle l'aperçut alors qu'il ne lui restait que quelques mètres à parcourir, et son visage s'illumina, comme si elle avait oublié la douleur. Len était également extrêmement ému, et ne trouvait pas ses mots. Qu'importe, sa sœur se mit à parler en premier.

- Alors, on s'évanouit en un seul coup? lui lança-t-elle, en référence à leur dernier combat. Rin pensait que l'humour ou la taquinerie représentaient le meilleur moyen de faire évacuer la pression. Elle avait en effet remarqué l’état de Len uniquement en observant les expressions de son visage quelques secondes.

- Oui... murmura-t-il, en simulant un faux rire.

- Ne reste pas là, assieds-toi près de moi, voyons...

Le frère s'empara alors d'une petite chaise qui se trouvait sur le côté du lit, et s'installa doucement. Il prit ensuite délicatement la main de Rin, comme pour l'accompagner dans cette épreuve difficile.

- Il paraît que j'ai une fracture. J'en ai au moins pour un mois de soins. C'est dommage, je ne pourrais plus m'entraîner.

Malgré la mauvaise nouvelle, le ton de Rin restait globalement positif. On sentait dans sa voix qu'elle ne désirait qu'une chose: guérir rapidement et se rendre de nouveau utile. Finalement, elle ressentait la même chose que Len, une dose de culpabilité en moins.

- Je m'entraînerai moi, confia Len. « Et je ne ferai qu'une bouchée de ces jumeaux... Je ne peux plus les voir... Comment peut-on être aussi cruel ? »

La jeune Kagamine analysa son frère quelques instants.

- Justement, je ne pense pas qu'ils soient si cruels que ça...

- Comment ça ? s'énerva Len. « Tu as vu ce qu'ils t'ont fait ? Et tu veux encore faire preuve de pitié ? »

- Et s'ils étaient obligés de nous attaquer. Je ne pense pas qu'ils fassent cela de gaieté de cœur.  

Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

Rin dévoila alors son argumentation:

- Souviens-toi. A Furisato, tout le monde était étonné... Même si la maison du chef avait été attaquée, on ne dénombrait pas beaucoup de morts. Je pense qu'ils ne tuent que quand ils sont obligés. Tout ça me fait penser que quelqu'un d'autre tire les ficelles en cachette. Clairement, ce ne sont pas eux les cerveaux. Et je pense qu'ils doivent souffrir de leur situation, vu comment ils agissent.

- Je ne vois pas vraiment où tu veux en venir... lui fit remarquer Len.

- Ils ne sont peut-être pas si différents de nous finalement...

Son frère sursauta quand il entendit cette remarque, il n'avait pas encore fait de croix sur ce que ses ennemis avaient fait à sa sœur.

- Tu veux dire qu'on ne devrait pas se venger, et les laisser faire ?

- Non, rétorqua immédiatement Rin. « Mais on peut sûrement essayer de comprendre pourquoi ils font tout cela. Il suffit de réfléchir... »

- C'est tout réfléchi... murmura le garçon dans ses dents.

Len marqua ensuite une pause et fixa un point lointain dans la pièce. Il laissa passer quelques secondes sans prononcer un seul mot.

- Qu'est-ce qui se passe ? Je vois que ça ne va pas, interrompit Rin.

- Rien, ça va...

- Je te connais trop, Len. Quand tu fais cette tête, tu caches quelque chose. Qu'est-ce qu'il y a ?

- C'est que... commença le jumeau. « C'est moi qui t'ai embarqué dans toute cette histoire... Je suis en partie responsable de ce qui t'es arrivé... Sans compter que je n'ai pas pu te protéger... »

- Comment ça ? Depuis quand j'ai besoin de toi pour me protéger, rigola Rin. Puis, elle reprit son sérieux. « Et puis, c'est moi qui ai voulu te suivre, pas l'inverse... Tu n'as pas à te sentir coupable... »

- Il n'empêche: on a quand même bien raté la mission...

- Alors, on doit encore s'entraîner ! conclut la jeune sœur. « Ce n'est pas en remuant le passé qu'on va s'améliorer ! Bouge-toi et rends-toi utile pour l'instant. Je vous rejoindrai quand je serai prête. »

- Justement, Yuma m'a demandé de continuer à participer aux opérations pour retrouver les jumeaux...

- Tu vois ? Il te fait encore confiance... Montre lui ce que tu vaux.

Len sourit. Yuma avait raison: la seule personne qui pouvait le remettre d'aplomb après son échec était sa sœur. Le lieutenant avait remarqué le lien qui les unissait et avait conscience qu'il pouvait les faire bénéficier d'une certaine force mentale. Quoi qu'il arrive, ils ne se retrouveraient jamais seuls.

- D'accord ! Mais ne traîne pas, sinon tu ne pourras pas rattraper mon niveau ! finit Len sous forme de boutade.

- Cause toujours ! répondit-elle. « Essaie déjà te t'appliquer... Et bon courage ».

- Merci Rin, répondit le jeune en se levant de son siège. « Merci pour tout... »

La jeune blonde était toujours couchée sur le lit, mais son visage se para d'un sourire radieux, cette conversation s’avérait très fructueuse. Len retourna sur ses pas quand il sentit une résistance dans le bas de sa veste.

- Fais attention... Et prends soin de toi, Len, lui chuchota Rin avant de le lâcher.

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Le temps s'écoulait très rapidement. C'était déjà la fin de l'après-midi dans le quartier populaire de Kyôu. Les recherches pour retrouver la Reine avaient déjà débuté depuis plusieurs heures, chaque équipe étant partie de son côté. Les différents soldats et leurs chefs avaient déjà dû rendre trois rapports, comme prévu, mais ceux-ci n'avaient fourni aucun résultat valable. Une certaine inquiétude commençait à se faire sentir dans le chef de Miku. Elle ne s'était jamais retrouvée dans pareille situation. Jusqu'à présent, elle était présente à chaque fois que la Reine s'était retrouvée menacée. Mais ici, elle devait faire face à son incompétence non seulement à la défendre contre Leora, mais aussi à tenir la promesse qu'elle avait faite à Luka avant de partir. « Tu me sauveras, j'ai confiance en toi », ces mots repassèrent sans cesse dans la tête de la célèbre guerrière aux couettes. Cette crise était sans aucun doute la plus dure qu'elle n'eût jamais traversée depuis son arrivée à son poste. C'était également la première fois qu'elle doutait de ses capacités. Heureusement, l'aînée Kinzaki Koharu était parvenue à s'entretenir en privé quelques secondes avec la commandante lors du dernier rapport. Selon la Sage, Miku représentait le dernier symbole de pouvoir du pays de Kuni en l'absence de la Reine. Elle ne pouvait pas faiblir. Et puis, son passé parlait pour elle. Miku n'avait pas subi toutes ces difficultés pour craquer dans les moments difficiles. Elle était donc repartie en chasse dans le quartier populaire, plus motivée que jamais.

De l'autre côté de la ville, Lily parcourait à une vitesse vertigineuse les allées qui se trouvaient près de l'une des places du quartier. Sa silhouette fine lui donnait une certaine rapidité, si bien que certains soldats dont elle était responsable éprouvèrent des difficultés à la suivre. Pourtant, elle ne relâchait pas son attention, se concentrant sur chaque centimètre de terre dans l'espoir de trouver un indice. Au loin, elle finit par apercevoir un objet brillant. Elle stoppa net et ramassa cet artefact. Il s'agissait d'une boucle d'oreille en or sertie d'émeraude. Lily reconnaissait ce bijou : il appartenait à la Reine Luka. La cheffe de village aurait bien sauté de joie si elle le pouvait. Après toutes ces heures de recherche, et alors que l'espoir commençait à s'amenuiser, le premier indice était là !

- Elle nous a peut-être laissé une piste. Elle doit être parvenue à défaire ses liens ! se dit-elle. Puis, Lily appela tous les gardes à sa disposition à la rejoindre à l'entrée de la rue.

Elle désigna le plus jeune pour se rendre près du Palais Royal lors du prochain rapport. La blonde ne pouvait pas quitter sa position et devait continuer à prospecter à cet endroit. Cependant, elle finirait sans aucun doute par avoir besoin de renfort.

- Les autres, vous inspectez le reste des environs. A la moindre chose suspecte, vous me prévenez. Lily disposait déjà de l'aura d'un grand chef, malgré son jeune âge.

A la hâte, elle inspecta les moindres recoins des environs. Au bout d'une rue, elle aperçut un bout d'étoffe de la même couleur noire que celle de la robe que Luka portait juste avant son enlèvement. Le jeu du chat et de la souris commençait. Lily se mit également à réfléchir. Elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait rien faire seule: les ennemis étaient au moins trois, voire plus, puisqu'elle ne savait pas si ceux-ci avait noué d'autres alliances. Elle se trouvait dans l'obligation d'attendre les renforts. Pour l'instant, la jeune Sage au sceptre continuait son chemin, entourée par trois gardes. Dans l'une des rues adjacentes, elle repéra la deuxième boucle d'oreille de Luka. Celle-ci était placée juste devant la porte d'une maison modeste. De taille relativement petite, cette habitation ne disposait que d'une seule fenêtre au rez-de-chaussée, ainsi que d’une autre à l’étage, et revêtit une façade de couleur pâle. Lily se glissa doucement sous la fenêtre et tenta d'observer l'intérieur. Le carreau était très sale, de sorte qu'il était difficile d'y voir quoi que ce soit. La jeune blonde put tout de même y apercevoir quelques têtes. L'une d'entre elles avaient les cheveux rouges, tandis que les deux autres étaient d'un vert brillant. Elle reconnut directement le signalement des ennemis. Immédiatement, Lily fit quelques pas en arrière pour se dissimuler près de l'entrée de la rue, à l'abri avec les soldats qui l'accompagnaient. Puis, elle demanda à l'un d'entre eux de guider tous les renforts jusqu'à l'endroit désigné. Lily attendait, et plus les minutes passaient, plus la pression se fit ressentir. Pour elle, il s'agissait de la première véritable mission dangereuse, mais également de sa première véritable bataille, de son premier combat réel. Bien qu'elle dût faire face à de fortes responsabilités malgré son jeune âge, à cause de son poste, elle était loin de disposer d'autant d'expérience et de sang-froid que la patronne de la Garde royale, par exemple. Lily souffla alors plusieurs fois, et fermait les yeux, afin d'évacuer toutes ces pensées néfastes et négatives.

Au final, Hatsune Miku saurait quoi faire, et avait certainement déjà établi un plan, se dit-elle. Cependant, elle ne put s'empêcher de penser à la Reine Luka. Qu'était-il advenu d'elle ? Était-elle réellement en danger ?

Lily joignit les mains, et pria pour que le reste des soldats arrivât rapidement.

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A l'intérieur de la maison faisant office de repère, Kyuu Genshine tenait toujours fermement la reine Luka dans le dos. De son côté, Leora faisait preuve d'une décontraction impressionnante: bien qu'elle eût mené sa mission à bien, tout était loin d'être terminé, mais elle pensait déjà à négocier une petite augmentation de salaire. Finalement, elle avait accompli bien plus que l'objectif fixé, cela valait bien une petite récompense. Alors que les jumeaux se chargeaient de ligoter la souveraine du pays sur une petite chaise en bois (ils ne possédaient pas de meubles de meilleure qualité), la mercenaire écrivit déjà mentalement son argumentaire.

En voyant Leora faire les cent pas, Kyuu l'interrompait dans sa réflexion:

- Hé, je vous préviens ! Je vous interdis de vous tailler tout le mérite de la réussite de la mission. Nous aussi, on a travaillé ! Et puis, nous étions les seuls à avoir combattu.

- Mon petit Kyuu, quand vas-tu décider de me faire confiance ? Ce n'était pas du tout mon attention, rétorqua Leora en bombant le torse.

Roku écoutait la conversation un peu en arrière, et se joignit ensuite au groupe.

- Je suis d'accord avec mon frère, dit-il, tandis que la jeune dame lui lança une expression feignant l'étonnement. « Vous nous avez roulé ! On avait bien dit "pas d'explosifs" ! »

- Ça a marché, c'est ce qui compte !

Kyuu reprit ensuite:

- Ça n'a rien à voir, nous sommes responsables de cette mission. Vous n'êtes là que pour nous aider, vociféra l'aîné, qui faisait preuve d'une certaine assurance pour une fois, la jeune guerrière avait bien dû l'énerver. « D'ailleurs, nous parlerons à Fukase, et nous lui présenterons nous-même toute la situation. »

Ceci ne réjouissait pas Leora pour le moins du monde. Les jumeaux voulaient la priver de son heure de gloire, et de l'argent supplémentaire qu'elle voulait négocier, en prime. Elle était bien disposée à se défendre et à utiliser la force. Cette idée parcourut son esprit un quart de seconde. Puis, elle se ravisa. Les Genshine avait pu faire preuve de leur force et de leur talent certain au combat pendant les luttes au Palais, si bien qu'elle n'était pas certaine d'être de taille contre les deux sabreurs aux cheveux verts. Ils avaient beau se révéler particulièrement naïfs, il ne fallait pas les sous-estimer. D'autant plus qu'elle était en infériorité numérique. La mercenaire déclara donc forfait, et accepta la proposition de Kyuu, sans abandonner pour autant l'idée de discuter avec Fukase plus tard ; elle finirait bien par l'obtenir, son augmentation !

Kyuu et Roku se regardèrent mutuellement quelques secondes, l’air satisfait. Puis, ils emmenèrent la souveraine du pays dans la pièce du fond. Elle était toujours ligotée sur sa chaise, les trois ennemis désirant ne pas prendre de risques. Les jumeaux l’installèrent donc devant l’écran, puis Kyuu tapota sur le clavier en face de lui pour appeler Fukase. Pendant un instant, il émit de petits rires de satisfaction, il allait pouvoir étonner son patron. Il imaginait déjà son expression quand celui-ci apercevrait directement Luka au travers de son écran. Roku se tenait de l’autre côté de la Reine, tandis que Leora demeurait plus en arrière, et observait la scène calmement.

L’écran fixé devant eux fut éclairé de différentes couleurs, jusqu’à laisser apparaître le visage sadique de l’homme aux cheveux rouges. Il était paré d’un large sourire. Fukase n’avait même pas encore pris la peine d’analyser ce qui passait devant lui qu’il s’écria :

- Coucou, Kyuu. J’espère que tu m’apportes d’excellentes nouvelles !

Puis, il remarqua la présence de cette magnifique femme aux yeux azur, et à l’air mystérieux. Son expression changea soudainement : Fukase éprouva une foule de sentiments : tout d’abord de l’étonnement, puis de la joie, en passant par un léger moment de doute. Pendant un instant, il n’en croyait pas ses yeux. Ses sbires avaient donc réussi à aller plus loin que leur objectif, et lui avait même permis d’effectuer un énorme pas dans l’élaboration de son plan.

- Luka, c’est bien toi ? lança-t-il d’abord en direction de la jeune femme. Puis, il se retourna vers Kyuu. « Mon cher, vous venez de capturer la Reine, félicitations. Cela me remplit de bonheur. Je ne trouve même pas les mots pour vous dire ce que je ressens. »

Kyuu et Roku bombaient le torse et se tenaient bien droits, particulièrement fiers. Derrière Leora restait silencieuse et attendait de voir comment les frères allaient présenter la situation à Fukase.

- Oui patron, rétorqua simplement Kyuu. « Ce n’était pas facile, nous avons dû batailler dur, mon frère et moi… »

Dans le fond, la mercenaire se crispa. Ils n’allaient tout de même pas l’oublier !

- Et puis, Leora nous a bien aidés, ajoutait Roku. « Nous n’étions pas d’accord avec ces méthodes, mais nous devons avouer qu’elle nous a sorti d’un sacré pétrin ! ».

Leora fut rassurée. Ils n’étaient finalement pas si mauvais que cela, ces jeunes jumeaux, se dit-elle.

- Bien, bravo à tous les trois, donc. Je n’oublierai jamais cela, vous pouvez en être sûrs ». Les trois personnes exécutèrent donc un petit geste de victoire, chacun de leur côté. « Vous pouvez approcher la Reine un peu plus près de moi, s’il vous plaît. J’ai à lui parler. »

Luka restait silencieuse et n’avait pas prononcé un seul mot depuis le début de l’appel. La jeune femme semblait plongée dans ses pensées. Néanmoins, une tension certaine commençait à se faire sentir dans la petite pièce. Ce face à face pouvait s’avérer électrique.

La Reine était débraillée et encore sous le choc de son kidnapping. Ainsi, elle prit quelques secondes pour observer de près l’homme de l’autre côté de l’écran. Puis, on pouvait observer une légère larme couler le long de son œil droit, comme si elle ne voulait pas accepter cette personne devant ses yeux. Elle s’exprima ensuite d’une voix légère et hésitante :

- C’est toi… ? Owari … ?

Fukase ne prononça pas une seule phrase. De leur côté, Kyuu, Roku et Leora ne comprenaient pas grand-chose à ce qu’il se passait, mais ils sentaient, dans le comportement des deux personnes en face d’eux, que leur histoire était bien plus complexe qu’ils ne s’en doutaient.

L’homme aux cheveux rouges sourit lentement, tranquillement assis sur son fauteuil luxueux. Il voulait savourer ce moment qu’il attendait depuis des années.

- Oui, c’est bien moi… Cela fait longtemps, ma chère sœur. Comment te portes-tu ? Je ne t’ai pas trop manqué, j’espère ?

A la suite de cette révélation, Kyuu exulta et les interrompit : « Attendez, vous êtes frères et sœurs ? »

Luka le coupa rapidement : « Je suis sa demi-sœur… ». Elle insista particulièrement sur le « demi ».

- Oh ! ajouta Fukase. « Maman ne serait pas heureuse que tu le prennes comme ça… »

- Ne parles pas de Maman de cette manière. Pas après ce que tu as fait…

- Je n’avais pas d’autre choix, tu sais…

La somptueuse Reine de Kuni éclata en sanglots, alors que Fukase restait impassible. « Pourquoi fais-tu tout cela ? » hurla-t-elle.

- J’ai mes raisons… répondit-il sporadiquement.

La discussion fut ensuite interrompue par le bruit sourd d’un claquement sur la porte en bois à l’entrée de la maison. Puis, la voix familière de la commandante de la Garde Hatsune Miku s’écria.

- Nous savons que vous vous cachez ici. Veuillez sortir en vitesse, sinon nous emploierons la manière forte !

- Et zut, s’écria Kyuu.  « Comment ont-ils fait pour nous retrouver ? »

Roku s’éclipsa rapidement à l’étage de la demeure, et observa à travers une minuscule fenêtre la formation qui s’était établie tout au travers de la rue. De nombreux soldats étaient réunis en rang, avec à leur tête, en ligne, les trois chefs de village, Miku, Gumi, Yuma et Alys, ainsi que Len qui les avait rejoints entretemps.

- On est mal, informa Roku en descendant quatre à quatre les escaliers.

Leora tentait de garder son calme et prit la conduite des opérations.

- Pour l’instant, nous ne bougeons pas d’ici. Laissez-moi le temps de réfléchir à un plan…

De son côté, la Reine Luka reprenait espoir, tandis que Fukase hurlait de colère à travers son immense bureau ; la souveraine pouvait le voir de temps en temps passer devant la caméra.

- Gardez courage, ma Reine, lança Miku. « Nous allons vous sortir de là ! »

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Hakuro-Kaoru 08/01/2017 19:37

Beaucoup de discussions au début, c'est normal vu le chapitre précédent. J'aime bien comment Miku prend les choses en main. Elle y tient à sa reine ;)
La visite de Len au chevet de Rin est trop mignonne, on comprend bien les sentiments de Len. Ca me fait bizarre de me dire que Rin va rester immobilisée si longtemps, elle va rater plein de choses x)
J'aime toujours Leora qui pense à ses augmentations XD
J'aime beaucoup la révélation de la fin, quand on apprend que Luka est sa demi-soeur. On ne s'y attend tellement pas. Je pensais à un ancien couple ou un truc comme ça :p
Par contre c'est tellement dommage de réussir à capturer une reine et de se faire retrouver aussi facilement. Luka qui joue au petit poucet XD