Sekai : Chapitre 16 - Fade To Black

Publié le par Jyôka Ryu

Le patron aux cheveux rouges et à la canne se tenait sur la colline, assis sur son cheval, faisant preuve d’une fierté exacerbée. Il s'imaginait déjà en chef de guerre, tel Jules César, Hannibal le Carthaginois ou encore Gengis Khan. Bien sûr, il savait que son armée n'était pas aussi puissante que celles précédemment citées, mais il disposait d'une arme secrète, et de ce fait la victoire lui était quasiment acquise. Au loin, il observait déjà la panique dans les mouvements des gardes présents sur les remparts du village, qui s'attroupaient en quelques endroits. Ils avaient l'air désorganisés, ne s'attendant pas à une attaque aussi immédiate. Fukase ne pouvait pas perdre de temps, il apprécia encore quelques secondes sa toute-puissance du haut du promontoire qui surplombait le hameau d'Uchi, puis se décida à lancer le premier assaut.

La première équipe, celle dirigée par Kyo et armée de fusils d'assaut, se dirigea en courant vers la porte d'entrée du village. La deuxième compagnie, menée par Yuu, profitait de ses snipers pour liquider les quelques archers disposés sur le rempart. Ils représentaient le plus grand danger pour l'instant. Wil et ses soldats étaient davantage spécialisés dans les missions d'infiltration, de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas se montrer très utiles lors d'une manœuvre comme celle-ci. Cela n'avait que peu d'importance pour le moment, ils se contentaient de rester en embuscade derrière Fukase, qui appréciait la scène d'un sourire sadique. Le chef était accompagné par Leora, qui eût à peu de choses près la même expression faciale, ainsi que Kyuu et Roku, qui restèrent silencieux. Les jumeaux éprouvaient déjà un mauvais pressentiment quant à la poursuite de cette opération. Ils se contentèrent pour le moment de rester inactifs, et de jouer leur rôle de gardes personnels de Fukase. De toute façon, les sabreurs étaient assez superflus lors d'une telle opération.

Soudain, quelques soldats menés par Kyo parvinrent à créer une brèche dans la porte d'entrée au village, et pénétrèrent dans les premières rues. Des coups de feu éclatèrent de toutes parts, dans un vacarme assourdissant, mêlés de cris et de pleurs. De leur point d'observation, Fukase, Leora et les jumeaux pouvaient remarquer quelques civils qui avaient flairé le danger et tentaient d’échapper à la tuerie. Ils furent cependant rapidement rattrapés par les soldats ennemis qui les exécutèrent de sang-froid. A ce moment, Roku déglutit. Une sensation étrange lui avait envahi la bouche, et il fut pris de nausées.

- Ça va, Roku ? demanda son aîné, paniqué.

Le cadet ne répondit pas, et baissa la tête, afin de cacher cette vue atroce. De leur côté, Fukase et Leora souriaient toujours et se décidèrent à rejoindre le champ de bataille à l'intérieur d'Uchi. La première équipe avait déjà dû bien avancer. Kyuu rapprocha son cheval de celui de son frère, et lui tapota le dos.

- Viens, nous devons y aller...

- Oui... murmura Roku « Je vous suis... »

Ainsi, ils descendirent la colline quatre-à-quatre, et arrivèrent devant la porte une poignée de secondes plus tard. Le spectacle qui s'offrit alors à leurs yeux fut pour le moins terrifiant: hommes, femmes et enfants gisaient sur le sol, inertes, plongés dans d'énormes mares de sang. La couleur écarlate avait remplacé la jolie teinture jaune de la terre argileuse. Plus loin, on pouvait encore entendre les cris des villageois paniqués. Le groupe progressa doucement dans les rues. Kyuu et Roku pouvaient alors observer la barbarie avec laquelle l'assaut avait été donné. De nombreux innocents avaient perdu la vie, simplement abattus parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, à en juger par les cadavres adossés simplement sur les pas des portes des maisons.

Fukase et son groupe se dirigèrent alors vers le centre du village, où se trouvait l'ancienne demeure du chef Oji. Ses soldats étaient toujours occupés à se battre contre les quelques gardes restants, qui se voyaient bien démunis face à une telle puissance de feu. Quelques minutes plus tard, les quelques soldats du pays de Kuni n'eurent d'autre choix que de déposer les armes devant Kyo, puis Fukase, qui arborait un rictus malicieux du haut de son cheval blanc.

Celui qui apparaissait comme le plus gradé des gardes se posta devant l'homme aux cheveux rouges, et se courba devant lui:

- Nous nous rendons, pouvez-vous s'il vous plait épargner nos vies ? Nous vous servirons s'il le faut.

Fukase restait silencieux, mais effaça le sourire de son visage. Il observa de haut le pauvre soldat qui transpirait abondamment et dont les jambes tremblaient à un rythme irrégulier.

Puis il éclata de rire: « Ha ha ha, vous lâchez votre mission aussi rapidement que cela. L'armée de Kuni n'est plus ce qu'elle était ! Mais j'entends bien votre requête... »

Le soldat semblait soulagé pendant un petit instant. Fukase se tourna alors vers Wil, qui était armé de son petit pistolet, et lui fit un signe de la main. Suivant ses instructions, Wil abattit directement le chef ainsi que ses subalternes.

L'homme à la canne de clown admira ensuite l'imposante tour d’Uchi.

- Voilà une base qui a de l'allure.

Sa première bataille s'était soldée par une immense victoire. Le calme revint peu à peu dans les rues. Une atmosphère lourde pesait. Les habitants s'étaient réfugiés et enfermés dans leurs maisons respectives, se demandant ce qu'il allait advenir d'eux. Peu importait à Fukase toutefois, qui se contenta de rejoindre le plus haut étage de la tour, accompagné par Leora, Kyuu et Roku. Il remarqua directement le petit trône destiné au Sage du village et s'installa directement dessus. Sa mine était particulièrement fière. Leora exprima également sa joie à son nouveau chef, tandis que les jumeaux Genshine se tenaient à l'écart, au fond de la pièce, l'esprit troublé.

***

Au Palais Royal, les préparatifs avaient été très brefs. Six personnes se tenaient dans le couloir, prêtes à partir au village d'Uchi comme prévu. Alys se réjouissait même à l'idée de revoir son frère Syla et sa mère Lysa. Elle ne pensait pas revenir dans sa maison natale aussi vite. Plus sérieux, Miku, Gumi et Yuma étaient déjà occupés à organiser le trajet. La guerrière aux cheveux verts pestait toutefois:

- Et voilà, on est repartis pour la tournée des villages paumés !

- Tu peux te calmer, Gumi, s'il te plaît. Ça ne sera pas long, nous devons juste chercher une personne.

- Pourquoi on doit se pointer ensemble alors ? Alys et vous, c'était bien suffisant, non ?

- Tu sais que j'aime bien vous avoir à mes côtés quand je pars.

Soudain, un garde se précipita vers Miku, l'air inquiet, un petit parchemin à la main. Il ne prononça pas un seul mot et se contenta de lui donner le message. Le visage de la commandante se para alors d'un seul coup d'une expression mêlée d'inquiétude et de surprise. Les autres personnes présentes furent pendues à ses lèvres, attendant de savoir de quoi il retournait.

- Le village d'Uchi a été attaqué. Apparemment, les assaillants possédaient des armes d'un genre nouveau.

Tous sursautèrent. Miku, de son côté, jugea bon d'en informer la Reine rapidement, puis de modifier l'établissement de son plan. Cette attaque avait changé la donne. Alys, quant à elle, se mit directement à genoux, et laissa couler quelques larmes. Sa famille était là-bas, prise sous le joug de cet ennemi inconnu. Rin et Len s'approchèrent d'elle pour la réconforter du mieux possible, alors que Gumi et Yuma avaient accompagné la patronne vers la salle du trône.

Luka était installée sur son trône. Elle avait le teint pâle et l'expression de son visage était vide. Plongée dans la lecture d'un livre, la souveraine fut surprise par l'arrivée inopinée de Miku.

- Ma Reine, j'ai le regret de vous annoncer que le village d'Uchi a été attaqué.

Luka marqua une pause, le temps d'endurer la nouvelle. Elle descendit ensuite de son trône posé sur une petite estrade, et vint se placer juste en face de son amie aux couettes, la mine baissée.

- C'est Owari, c'est ça ?

- C'est bien possible. Les gardes nous informent qu'ils ont été surpris par des armes inconnues...

- Alors, il met bien son plan à exécution... maugréa-t-elle en retournant sur ses pas.

- Je vais former un bataillon, afin d'aller analyser ce qu'il se passe là-bas. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

Puis Miku se tourna vers Gumi et Yuma.

- Vous deux, vous restez ici et vous veillez sur la Reine. En raison de la relation entre elle et notre ennemi, je préfère ne pas la laisser seule. J'emmène Alys, Rin et Len avec moi.

- Rin aussi ? interrogea Gumi. « Mais elle est blessée ! »

- Oui, mais elle peut nous informer sur les mouvements et la stratégie de notre ennemi. Je me chargerai personnellement de la protection des jumeaux.

- D'accord, acceptèrent les deux lieutenants.

Les préparatifs avaient déjà bien débuté, mais Miku prit le soin d’également mettre en place tout un bataillon. Jusqu’à présent, il s’agissait de terrorisme, mais désormais, leur ennemi avait lancé une guerre.  La diligence de Miku, accompagnée par les Kagamine et Alys, fit alors route rapidement vers le village attaqué, suivis par des hordes de soldats, tous installés sur des charrettes tirées par des chevaux, et prêts à l’assaut, malgré une légère appréhension. En effet, la dernière guerre qu’avait connu le pays remontait à plus d’une décennie, et nombreux étaient les combattants qui n’avaient jamais dû sortir leur arme en situation réelle. La commandante aussi s’inquiétait, même si elle restait forte devant les troupes. Il s’agissait également de son premier grand conflit. Et bien qu’elle eût déjà enduré quelques crises et résolu un bon nombre de mystères, la nature inconnue de l’armée de Fukase la perturbait, et elle comptait bien sur Rin et Len pour l’extirper de ses doutes. 

- Rin, Len, si vous avez la moindre idée d’une stratégie à adopter pour contrer ces armes, c’est le moment, lança directement Miku, des trémolos dans la voix.

Les jumeaux s’observèrent. Même s’ils connaissaient les forces de l’ennemi, ils ignoraient pratiquement tout de la pratique militaire. Le fait même que Miku leur demande un conseil traduisait son inquiétude. La patronne était complètement perdue. Néanmoins, Rin, la jambe posée sur  la banquette située en face d'elle, juste à côté d'Alys, tenta de rassurer sa commandante:

- Nous avons certainement l'avantage du nombre. Cela m'étonnerait que l'ennemi ait pu parvenir jusqu'ici avec un grand nombre de combattants. Nous pouvons aussi bénéficier de l'effet de surprise, puisque je pense que vous connaissez bien le terrain. L'inconnu reste leurs armes, je ne sais vraiment pas ce qu'ils ont pu apporter.

Rin fut rejointe dans son analyse par Len, qui acquiesça. Miku écoutait attentivement, et tentait de mettre au point une stratégie.

-  D'accord, je vais y réfléchir, conclut la dame aux couettes en déballant une carte de taille imposante représentant la région.

Le voyage continuait tranquillement, alors que Miku tentait d’élaborer son plan d'attaque. Alys, de son côté, se préoccupait toujours du sort de sa famille. Syla et sa mère étaient certainement reclus dans leur maison, à l'abri. Mais qu'arriverait-t-il si l'ennemi venait à découvrir leur secret ? Rin gratifia la fille à la tresse d'un sourire rassurant, essayant de lui redonner de l'espoir. Pour le moment, c'était tout ce qu'elle pouvait faire.

Le convoi de combattants arriva en vue d'Uchi à la tombée de la nuit. Miku ordonna alors de ne pas s'approcher trop près du village, et de monter un bivouac dans la forêt avoisinante, histoire de ne pas se faire repérer.

La nuit tombée, la pleine lune brillait dans le ciel. L'astre reluisait sur les remparts en bois du village. On ne pouvait entendre que le souffle du vent. La plaine voisine du village se revêtît d'un calme reposant. Miku se tenait debout derrière un arbre situé sur la colline qui surplombait Uchi. Plongée dans ses pensées, elle s'imaginait déjà la bataille du lendemain. L'heure était venue. La guerre était déclarée pour de bon.

***

Du haut de sa tour, Fukase contemplait son œuvre. Ses soldats s’étaient dispersés dans toutes les rues du village et patrouillaient. Le chef n’éprouvait aucun regret concernant le massacre de la veille, et souriait naïvement, alors qu’il rejoignait le trône appartenant au chef du village. Kyuu et Roku se tenaient à ses côtés, et se lancèrent des regards à intervalles réguliers. Leora se trouvait de l’autre côté de la pièce, et s’approcha doucement du patron à la tenue blanche. Elle avait visiblement quelque chose à lui demander. Les Genshine, et particulièrement Kyuu, l’observaient avec méfiance et attention.

- Chef, j’ai une requête à vous demander, commença-t-elle directement.

Fukase fut à la fois curieux et surpris :

- Parle ! Que veux-tu Leora ? demanda-t-il d’un air supérieur.

- Je sais qu’il y a des pratiquants du Koryu ici. Je voudrais essayer de les retrouver.

Le chef prit un instant pour formuler sa réponse :

- Si tu veux, cela m’importe peu. Mais reviens vite ici, je finirais par avoir besoin de toi.

- Je peux emprunter quelques soldats avec moi ?

L’expression de Kyuu, qui se tenait debout à la gauche de Fukase, se para d’un air interrogateur. Il n’allait tout de même pas accepter tous ses caprices ?

-  Accordé ! lança le chef. « Je te donne trois soldats du groupe de Wil. Ils n’ont pas encore travaillé beaucoup. Cela leur dégourdira les jambes… »

-  Merci, chef ! Leora quitta la salle du trône improvisée le sourire aux lèvres. Son plan s’était déroulé pour l’instant comme elle l’avait prévu.

Les jumeaux aux cheveux verts s’échangèrent de nouveau quelques regards significatifs. Il était grand temps qu’ils aient une discussion.

-  Pouvez-vous nous excuser quelques minutes ? demanda Roku. « Mon frère et moi avons faim. Nous aimerions bien faire un tour aux cuisines… Nous serons de retour dans quelques minutes. »

Kyuu sourit furtivement. Son cadet était passé maître dans l’art de trouver des alibis.

- Faites donc, mes chéris. Mais faites vite, je me languis de votre présence, leur rétorqua le trentenaire.

Les Genshine s’éclipsèrent donc rapidement. Ils descendirent quelques étages et tentèrent de trouver une salle vide, à l’abri des regards. La tour étant assez imposante, ils découvrirent une ancienne chambre deux étages plus bas. Celle-ci disposait d’une petite table et de deux chaises. Roku se pressa de s’installer sur l’une d’entre elles et se mit soudainement à éclater en sanglots. Le cadet avait en effet retenu toutes ses larmes et sa pression pendant tout ce temps, mais il n’avait pas supporté le massacre auquel il avait assisté. Kyuu était plus impassible, mais n’en pensait pas moins. Tout cela avait assez duré.

-  Roku, calme-toi. Il est encore temps d’agir ! commença-t-il, en espérant apporter du baume au cœur à  son frère.

- Qu’est-ce qu’on peut faire, Kyuu ? On ne demandait pas ça !

- Tu sais qu’on ne peut pas se permettre de laisser tomber Fukase. Il est la seule personne à nous avoir fait confiance, à ne pas nous traiter comme des parias.

- Oui, mais est-ce que ça justifie tout ce massacre ?

- …

Kyuu se trouvait dans une impasse. Roku avait parfaitement raison. Il le savait. Mais il ne pouvait pas se réduire à abandonner son chef. Qu’allaient-ils devenir son frère et lui, seuls dans un monde qu’ils ne connaissent pas ?

- J’irai parler à Fukase ! se décida Kyuu. « Il est temps »

- Tu es certain ?

- Oui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te protéger, Roku, et pour que tu n’aies pas à subir ces horreurs.

Le plus jeune des frères sécha ses larmes, se releva et posa délicatement sa main droite sur l’épaule de son aîné.

 - Si c’est comme ça, j’irai avec toi. On doit se serrer les coudes, comme toujours. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

- Oui…

Les jumeaux restèrent ensuite plusieurs minutes dans la chambre sombre, pourtant dotée d’une tranquillité revigorante et inspirante, à ressasser certains souvenirs.

***

Leora arpentait les nombreuses allées argileuses du village d'Uchi. Son visage affichait une expression sadique mêlée de concentration. Telle une chasseuse, elle ne lâcherait jamais sa proie. La mercenaire était parfaitement au courant que des pratiquants du Koryu se cachaient dans ce village, Alys en étant originaire, et elle comptait bien mettre la main dessus. Les nombreuses rues du hameau, autrefois très animées, remplies de marchands et de passants, se révélaient désormais d'une quiétude presque inquiétante. Tous les habitants s'étaient recroquevillés dans leurs maisons, impuissants face à une telle force. Leora, accompagné de son groupe de trois soldats, se décida donc de piocher au hasard dans les maisons, afin de trouver ce qu'elle cherchait.

Pour chaque habitation, le processus était semblable. La guerrière aux cheveux rouges y pénétrait la première, suivie de près par ses trois sous-fifres, et inspectait la maison, avec une attention toute particulière sur les traits physiques des habitants qui pouvaient les rapprocher de près ou de loin à son ennemie jurée. L'inspection du village dura ainsi plusieurs heures, mais la détermination de Leora ne faiblissait pas. Les Koryuistes étaient dangereux, et il était de son devoir de s'en emparer. De temps en temps, des cris de peur s'échappaient de la demeure que le petit groupe était en train d'inspecter. De cette manière, le climat de terreur qui s'était déjà emparé de la bourgade tranquille du sud de l'île s'était encore intensifié. L'armée de Fukase avait définitivement pris le pouvoir.

Le crépuscule tombait quand Leora s'approcha d'une maison située en bout de rue. Celle-ci était fabriquée en bois de bonne qualité et était décorée de bien belle manière. La mercenaire demanda ensuite à l'un des soldats d'enfoncer la porte et entra par la force. Elle accéda d’abord dans un petit couloir. La maison paraissait désespérément vide. Leora avança ensuite vers le salon, et se retrouva face à face avec un jeune homme aux cheveux bleu marine en train de siroter un bon thé noir de sa préparation. L'homme, à genoux devant sa table, ne bougeait pas d'un pouce et termina tranquillement sa tasse. Alors qu'il la but jusqu'à la lie, une dame plus âgée sortit subitement de la cuisine et resta immobile devant le groupe de soldats:

- Qu'est-ce qui vous prend d'entrer chez les gens comme ça ? hurla la vieille dame.

- Du calme, maman, je m'en occupe, lui rétorqua le jeune homme en se relevant doucement.

Il se plaça juste en face du visage de Leora:

- Je pense savoir pourquoi vous êtes ici. Je m'étonnais même de ne pas vous avoir encore vu. Je me nomme Syla, et je suis le fils de Monsieur Vo.

La mercenaire à la tenue blanche afficha alors un large sourire:

- Monsieur Syla, je vous mets en état d'arrestation ! Vous, ainsi que votre mère.

La tension montait d'un cran. Syla parcourut tranquillement la pièce:

- Ha, sérieusement, vous pensiez que ça allait être aussi simple ?

Dès lors, deux énormes halos mauves s'échappèrent des mains de Syla qui se lança directement vers Leora. Celle-ci esquiva plutôt facilement l'attaque, tandis que les trois soldats s'emparèrent de Lysa, la mère. Soudainement, Leora se mit en position de combat et dévoila également ses atouts. Des reflets blancs s'échappèrent également de ses membres supérieurs. Syla en fut surpris.

- Si je m'attendais à ça... Une autre pratiquante !

-  Rendez-vous ! exhorta Leora.

Syla se mit rapidement en garde et tenta une nouvelle salve d'attaques. Malheureusement, le niveau des deux guerriers s'avérait être assez déséquilibré, de telle manière que Leora mit rapidement fin au combat, après un enchaînement de son invention qui avait fait perdre l'équilibre à son ennemi. Elle n'avait plus qu'à le tenir en joug et à le mettre aux arrêts. De son côté, le jeune homme regretta son manque d'entraînement.

- Qu'allez-vous faire de nous ? interrogea Lysa, la mère.

- Vous emmener à la tour, pour commencer. Pour la suite, nous verrons bien...

Leora sortit ensuite de la maison, particulièrement fière, tenant derrière elle ses deux prisonniers. Le bruit provoqué par le court combat avait fait sortir les voisins de leurs habitations. La mine fermée, ils observèrent l'un des derniers espoirs de lutte du village d'Uchi se diriger lentement vers l'ancienne tour du chef.

***

Le soleil venait de se lever sur la plaine verte et le bois situés aux alentours d’Uchi. Tôt le matin, Miku avait convié tous les soldats à une assemblée générale, au milieu de la forêt, dans un endroit relativement discret. L’assaut ne pouvait plus tarder. La commandante avait passé la nuit à essayer de trouver une stratégie d’attaque, mais se heurtait sans arrêt à une donnée inconnue. Elle ne connaissait pratiquement rien de l’armement de l’ennemi. Les Kagamine avaient bien tenté de lui donner des conseils, mais ceux-ci s’avéraient bien légers, en raison du jeune âge des jumeaux et de leur inexpérience. Finalement, la patronne de la Garde était contrainte d’envoyer ses troupes au casse-pipe. Toutefois, il s’agissait là de la seule carte qu’elle avait à jouer. Elle ne pouvait pas laisser Fukase agir indéfiniment.

Sa stratégie d’attaque se basait sur deux points : d’une part, l’objectif était de mettre la main sur Syla, le frère d’Alys, afin qu’il puisse rejoindre la Garde, et assister sa sœur dans sa mission. D’autre part, Miku désirait tout de même reprendre le contrôle du village. C’était là une question d’honneur, elle se devait de libérer la population. Elle scinda donc son bataillon en deux groupes. Le premier était dirigé par Alys, qui serait chargée de mener le plus vite possible le groupe de soldats vers sa maison, et d’escorter son frère et sa mère en dehors des remparts. Ceux-ci iraient par la suite rejoindre Rin, restée bien sagement au campement à cause de sa blessure. Le deuxième groupe serait mené par Miku elle-même, qui garderait également Len sous son aile, et se chargerait de reprendre le contrôle de la tour d’Uchi.

La guerrière aux cheveux turquoises avaient également analysé la géographie du hameau. La porte d’entrée principale se situait au nord du village. Mais, il existait également d’autres accès à l’est et à l’ouest, plus discrets. Alys avait informé sa supérieure que sa maison se situait du côté occidental du village, c’est donc tout naturellement que son groupe prendrait cette direction, tandis que Miku attaquerait par l’est. La commandante espérait ainsi provoquer une désorganisation des forces de l’ennemi, et bénéficier d’un effet de surprise.

Il n’y avait plus de temps à perdre. Il ne fallut qu’une petite dizaine de minutes pour que les troupes se mettent en place, de part et d’autre de la forêt et lancèrent un assaut simultané. Ainsi, les gardes de Fukase qui étaient principalement postés sur la face nord des remparts ne s’aperçurent pas de l’attaque. L’astuce de Miku semblait fonctionner. Ses soldats se pressèrent devant les entrées ouest et est, pratiquement pas gardés, et parvinrent à pénétrer dans l’enceinte d’Uchi.

Malheureusement, l’espoir ne fut que de courte durée. Les forces militaires ennemies ne prirent pas longtemps pour se réorganiser, et firent rapidement face aux troupes de Miku sur le forum du village, juste à côté de la tour. Tout en haut, Fukase, qui avait fulminé dans un premier temps, s’était calmé et observait la scène. En première ligne se trouvaient ses fantassins armés de fusils d’assaut, suivis par la compagnie de Wil, et leurs pistolets.

Len observa les armes ennemies, et fut soudainement pris de panique. Fukase possédait donc des armes de ce calibre-là ? Le jeune garçon s’approcha rapidement de Miku, et lui lança :

- Vite, nous devons fuir ! Nous ne pouvons rien faire contre eux !

La commandante se retourna vers le blondinet, et afficha une mine paniquée. Elle suivit le conseil de son subalterne et ordonna directement la retraite. Cependant, les hommes de Fukase se mirent à faire feu. Le vacarme était assourdissant. Les balles fusaient de toutes parts, les soldats tombaient les uns après leurs autres. Toute la compagnie de la Garde royale rebroussait chemin en zigzaguant, dans le but d’éviter les impacts des projectiles. Miku et Len parvinrent à sortir d’Uchi sains et saufs, et à se réfugier à leur point de départ dans la forêt, par miracle. Néanmoins, la commandante dût déplorer la perte de plus de la moitié de ses troupes, tombées au combat.

A l’entrée ouest, Alys et sa troupe durent faire face au même problème  que Miku. Si son groupe avait pu parcourir quelques dizaines de mètres à l’intérieur du village, ils se retrouvèrent rapidement nez-à-nez avec des soldats armés, qui ouvrirent directement le feu. La jeune fille à la tresse ne traîna pas à ordonner la retraite, et à sortir d’Uchi. Alors qu’elle et sa troupe se dirigeait vers la forêt, Alys fut interrompue par une interjection provenant du sommet d’un des remparts.

- Hé Alys ! J’ai une surprise pour toi !

La jeune femme leva les yeux, et observa Leora, entourée de snipers. A ses pieds se tenaient deux personnes à genoux, la tête enveloppée dans un linge sombre, les mains et les jambes ligotées. La mercenaire retira ensuite rapidement le sac recouvrant la tête de ses prisonniers et laissa apparaître le visage de Syla et Lysa. Alys fut désemparée : la situation dans laquelle elle se trouvait était inextricable. Elle ne pouvait absolument rien faire pour les protéger, et se retrouvait face à sa propre impuissance.

- Leora, relâche-les ! Ils sont innocents, et ils n’ont rien à voir avec toute cette histoire !

La guerrière aux cheveux rouges prenait un air supérieur, et rétorqua en direction d’Alys :

-  Si je me souviens bien, ton frère aussi est un pratiquant du Koryu. Ce qui fait de lui une menace…

- Leora, s’il te plaît… cria Alys en pleurs.

A cet instant, une lueur blanche en forme de sabre s’échappa de la main droite de Leora. N’ayant cure des lamentations de la fille à la tresse, elle approcha le halo de la carotide de Syla, puis d’un coup sec décapita le jeune homme.

Alys s’écroula à genoux, et se mit à hurler.

- Et ce n’est pas tout ! continua Leora.

La fille à la tresse releva difficilement la tête, et observa le regard perdu de sa mère. Toutes les deux se regardaient droits dans les yeux, désarmées, alors que Leora ôta la vie de Lysa d’un coup net, insensible, comme elle l’avait fait pour Syla. Ensuite,  elle ramassa les têtes de ses deux victimes et les exhiba fièrement devant elle.

Alys resta au sol et sanglotait. Un soldat de sa compagnie s’approcha d’elle, et lui rappela de prendre la fuite. Celui-ci la prit sous son épaule et l’aida à se relever.

- Elle me paiera ça… ruminait la Koryuiste, plongée dans ses larmes.

Le bataillon de la Garde fuit directement. Leora avait de son côté ordonné un cessez-le-feu.

L’armée de Kuni venait d’accuser une cuisante défaite, et c’est en silence que les troupes de la Reine Luka partirent se réfugier à l’abri dans la forêt, avant de repartir vers la capitale.

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Hakuro-Kaoru 05/02/2017 17:04

Ce chapitre est génial !
Beaucoup d'action, on est totalement pris dans l'histoire.
Au début je croyais que la "scène violente" serait juste l'attaque sur Uchi. Effectivement c'était violent comme on pouvait s'en douter vu la différence de puissance. Pauvres civils qui n'ont rien demandé... Je comprends le dégoût de Roku qui est bien décrit. D'ailleurs la remise en question de Kyuu et Roku sur ce qu'ils faisaient était progressive dans les derniers chapitres, et ce chapitre en est une étape importante, tu as bien mené tout ça on comprend bien par quoi ils passent entre leur attachement pour Fukase et ce qu'ils doivent faire à cause de lui. Je suis triste que Roku en ait pleuré, je veux lui faire un câlin T-T Mais je ne suis pas sûre que la discussion avec Fukase va bien se passer, il a l'air à fond dans son rôle de chef d'armée ^^' Et il a l'air d'avoir un vrai faible pour Leora, elle va devenir sa chouchou XD
Le plus choquant pour moi, c'est la fin... Je me doutais un peu que Leora tuerait la mère d'Alys. Et un peu Syla aussi, d'où mon "peut-être" dans le commentaire du chapitre précédent, mais je continuais à espérer que lui s'en sortirait, je l'aime bien moi Syla T_T Aaah, je suis dégoûtée, en plus décapité quoi, et la façon dont Leora exhibe les têtes... Je m'en remets pas XD
Je sais que je le dis à chaque fois mais c'est vrai : j'ai hâte de lire la suite ! ^^