Sekai Chronicles #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ème partie)

Publié le par Jyôka Ryu

9 ans plus tard. 2 ans avant le chapitre 1

Les jumeaux sortaient calmement de leur salle d’entraînement. Depuis que Fukase les avait recueillis, Kyuu et Roku avaient pris de l’âge, et ressemblaient maintenant à de biens beaux jeunes hommes. Malgré leur apparence frêle, ils se révélaient d’une sensible force physique et surtout, d’une rapidité à toute épreuve. A quatorze ans, ils avaient également acquis une bonne expérience dans le domaine de combat au sabre. Pendant neuf années, leur père de substitution les avait entraînés. Cela avait commencé par de petites séances de kendo, puis le niveau augmenta petit à petit, si bien que les garçons parvinrent dès leur adolescence à manier de véritables armes létales. C’est leur maître, ce mystérieux homme aux cheveux rouges qui leur avait demandé de s’entraîner avec une telle artillerie. Depuis leurs cinq ans, leur tuteur les avait encouragés à subir ces séances d’entraînement quotidiennes, et les Genshine n’en voyaient pas réellement le but. Au début, il s’agissait d’un bon moyen de les occuper, ils pratiquaient cette activité comme un sport, comme n’importe qui pratiquerait un art martial. Mais l’objectif de l’insistance de Fukase demeurait flou. De précieux sabres leur avaient même été forgés par un artisan de renom. De ce point de vue, Fukase les chouchoutait. Les jumeaux n’avaient d’ailleurs jamais eu à se plaindre. Il les avait extraits de leur sinistre condition, et leur avait redonné espoir.

Il arrivait à Kyuu de douter toutefois : il ne savait pas s’il pouvait complètement faire confiance à cet homme. Le jeune garçon s’était en effet déjà senti trahi par son père, et éprouvait des difficultés  à accorder sa  confiance aux autres facilement, d’autant plus si ces personnes se trouvaient être du sexe masculin. Or, là, il n’avait pas hésité longtemps lorsque Fukase apparut devant son frère et lui. Les jumeaux avaient accueilli cette aide à bras ouverts, sans trop réfléchir. Ils ne disposaient pas d’autre choix.  Mais, le jeune homme aux cheveux rouges avait dû user de beaucoup de temps pour s’accorder la confiance des jumeaux, ceux-ci restant pendant un long moment relativement craintifs. Il avait donc passé énormément de temps avec eux, que ce soit durant les entraînements ou en dehors, et de ce fait, une certaine affection s’était créée entre lui et les Genshine.

En effet, si Fukase était d’une grande aide, il s’avérait être une oreille attentive pour Kyuu et Roku. Les jumeaux le voyaient désormais comme la seule personne qui ne les laisserait pas tomber dans ce monde, et comme leur seul identifiant du monde extérieur. Au final, ces neuf ans passés en sa compagnie étaient certainement la meilleure chose qui pouvait leur arriver. L’adulte s’était affairé à leurs soins, leur donnait l’affection dont ils manquaient et leur avait également proposé un objectif, Kyuu et Roku se sentant doués à quelque chose lors de leurs entraînements au combat au sabre.  

Ce jour-là, l’entraînement s’était déroulé comme d’habitude, si ce n’est cet étrange sourire mêlé de concentration qui n’avait pas quitté le visage de Fukase de toute la séance. Une fois sortis, l’homme aux cheveux rouges demanda aux jumeaux de passer le voir un peu plus tard dans son bureau. Il restait énigmatique, leur communiquant toutefois avoir une bonne nouvelle à leur annoncer. Il s'éclipsa alors, laissant les deux jeunes en tête à tête.

- Qu'est-ce qu'il nous veut ? C'est quoi cette bonne nouvelle ? Qu'est-ce que tu en penses, Roku ?

- Je ne sais pas Kyuu... C'est peut-être un cadeau ? On ne sait jamais...

- Tu rêves un peu... rigola Kyuu. « Pourquoi il nous offrirait un cadeau ? »

- Peut-être parce qu'on a bien travaillé à l'entraînement !

- On travaille toujours très bien, et on n'a jamais eu de cadeau, remarqua judicieusement l'aîné.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, sourit Roku. « Allons-y ! Nous verrons bien. »

Les jumeaux se dirigèrent donc d'un pas hésitant vers le bureau de leur maître. A trente ans, celui-ci avait déjà amassé une belle petite fortune via l'entreprise qu'il avait créée dans le secteur bancaire. Fukase s'était donc hissé parmi les personnes les plus riches du pays. Le luxe de sa maison et de bureau surtout en était la parfaite illustration. Les Genshine ne se plaignirent pas: c'était également pour eux l'occasion de renouer avec leur niveau de vie d'antan. Ils craignaient plus que tout devoir revivre l'enfer de leur enfance, lorsque leur monde s'était écroulé, et qu'ils s'étaient retrouvés dans ce modeste orphelinat, puis dans le ghetto, ayant perdus tous leurs repères. Fukase avait agi comme un sauveur pour eux, et les jumeaux lui devaient en être redevables. C'est dans cet état d'esprit qu'ils entrèrent dans son bureau.

La teinte de l'office était assez sombre. Les murs et la plupart du mobilier étaient de couleur noire, même si quelques teintes d'or parsemées çà et là apportaient un peu de lumière à l'ensemble. Fukase les accueillit derrière son bureau taillé dans l'ébène, et les invita à s'asseoir sur les deux fauteuils en cuir situés face à lui.

- Kyuu, Roku... J'ai une faveur à vous demander, et j'espère que vous répondrez par l'affirmative...

Les jumeaux restèrent prostrés devant la formulation de leur tuteur. Comme si ils étaient en état de lui refuser quelque chose.

- Monsieur, vous savez que vous pouvez nous demander ce que vous voulez... Après tout ce que vous avez fait pour nous, annonça Kyuu.

- Et pourtant, ce n'est pas si simple, mon petit... (Kyuu serra les dents. Malgré toute la gratitude qu'il éprouvait envers cet homme, il n'acceptait pas qu'il l'affuble de tels sobriquets). « Vous savez que l'entreprise se porte particulièrement bien ? »

Les deux garçons acquiescèrent, ne sachant pas vraiment où Fukase voulait en venir.

- Nous avons cependant un concurrent gênant. Nous cherchons à reprendre une banque, et celui-ci fait tout pour nous la ravir.

Kyuu et Roku suivirent l'exposé attentivement. Cependant, le cadet se mit tout de même à interrompre son tuteur.

- Mais, en quoi ça nous concerne ? Et que pouvons-nous faire ?

- Justement, commença Fukase. « Vos entraînements au combat pourraient enfin s'avérer utiles. Je vais être direct. Je vous demande d'aller lui faire un peu peur, et de le convaincre d'abandonner la course. »

- Vous nous demandez de lui faire du chantage ? interrogea Kyuu.

- En gros, oui. Ne vous inquiétez pas ! Je suis certain que le fait de voir vos deux sabres le fera subitement changer d'avis.

- N'est-ce pas un peu déloyal, Monsieur ? La conscience du cadet reprit le dessus.

- Roku... Tu es l'être le plus pur que je connaisse, mais, sauf ton respect, ce n'est pas en étant loyal que je suis parvenu à ma position... Alors, vous acceptez, oui ou non ?

Les jumeaux furent surpris par l'ultimatum subitement lancé par Fukase. Ils s'échangèrent un regard un instant, mais ne formulèrent pas de réponse.

- N'oubliez pas que je vous ai sortis de votre misère. C'est un moyen de payer votre dette. Leur maître appuyait sur la corde sensible, les Genshine se retrouvaient en mauvaise posture.

- C'est d'accord, lancèrent les deux garçons de concert. « On veut bien essayer ». Ils baissèrent cependant la tête, ayant le sentiment d'être pris au piège.

- Magnifique, ponctua Fukase.

Il leur donna ensuite les instructions quant à l'emplacement de cet individu. Les jumeaux sortirent alors du bureau de leur maître dans le calme, et patientèrent quelques instants dans le long couloir.

- Ça ne me plait pas tout ça, Kyuu.

- Moi non plus, Roku. Mais est-ce qu'on a le choix ? Il l'a dit lui-même. Nous lui sommes redevables. Après tout ce qu'il a fait pour nous, on ne peut plus rien lui refuser.

- J'espère que ça ne tournera pas trop mal, et que ce Monsieur prendra vite peur.

- C'est tout ce qu'on peut espérer...

Dans le bureau, Fukase dégustait un petit verre de whisky, bien assis dans son fauteuil de style Louis XV, et observant la ville du haut de son building. Un proche collaborateur s'approcha ensuite de lui. Il portait les cheveux blonds, et était affublé d'un air particulièrement menaçant.

- Vous pensez qu'ils se montreront à la hauteur, Monsieur ?

- Ne t'inquiète pas, Yohio. Je ne leur ai pas tout dit. J'ai d'autres atouts dans ma manche... Quelque chose me dit que ces deux-là vont dépasser toutes mes espérances...

***

Kyuu et Roku se trouvaient dans leur chambre. Le nez dans leur dressing, ils se préparaient pour leur mission. Leurs regards respectifs manifestaient toujours une certaine détresse. Par conséquent, ils se mirent à se rassurer mutuellement.

- Il ne s'agit que de faire un peu peur à cet homme. Ce n'est pas si grave... commença Kyuu.

- Oui, c'est vrai. Quoi que je n'approuve pas trop cette manière de faire, renchérit le cadet.

- De toute façon, on n'a pas vraiment le choix. C'est ça ou on retourne à la rue...

Roku baissa les yeux à l'énonciation de cette phrase. Fukase avait, au fil du temps, tissé un lien très fort sur eux, dont ils peineraient à décrocher. A chaque fois, leur tuteur n'aurait qu'à leur rappeler tout ce qu'il avait fait pour eux. Pourtant, les jumeaux commençaient à penser que tout cela était quelque peu prémédité. L'homme à la canne ne leur avait certainement pas fait prendre des cours de combat au sabre pour le plaisir. Celui-ci avait certainement une idée derrière la tête. Et il s'apprêtait à la mettre à exécution.

Alors que les garçons descendirent l'escalier menant vers le grand hall où se trouvait la sortie, ils continuaient à murmurer que cela ne pouvait pas mal tourner. En tout cas, c'est ce qu'ils espéraient.

Fukase les attendait sur le pas de la porte, prêt à leur donner ses dernières informations et instructions.

- Comment allez-vous ? Vous en faites une tête !

- Ça va, Monsieur... assurèrent les jumeaux.

- Bon, tant mieux... Alors, d'après mes informations, votre cible se trouve dans un hôtel du quartier des affaires (Fukase déballa alors une carte de la ville pour leur désigner l'endroit exact). Il se trouve exactement dans la chambre numéro 42. Le but est que vous  pénétriez à l'intérieur de la chambre, et que vous lui fassiez un peu peur. Je veux qu'il retire son offre sur la reprise de la banque. Cachez vos armes sous vos vêtements amples.

- D'accord, Monsieur, maugréèrent Kyuu et Roku.

- Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance.

Les Genshine saluèrent donc respectueusement Fukase, avant de prendre la route. Le doute était toujours présent dans leur esprit. Au final, il s'agissait de leur première mission.

***

Kyuu et Roku avaient atteint cet hôtel du centre de la ville. Il s'agissait d'un énorme bâtiment en béton, d'un luxe certain. Les jumeaux étaient vêtus, contrairement à leur habitude, de vêtements sombres et amples. Cela leur permettait de passer relativement inaperçus, le crépuscule ayant déjà pointé le bout de son nez. De plus, ils pouvaient également se permettre de cacher leur katana sous leur large manteau. Kyuu se trouvait par ailleurs assez élégant. S'il n'était pas paralysé par la gravité de sa mission, il aurait pu se mettre à parader et à se prendre pour le héros d'un de ses films préférés. Roku, lui, était plus mesuré par rapport à sa tenue. Il portait le plus souvent des vêtements clairs, et la couleur de ceux-ci le dérangeait. Les garçons s'avancèrent alors vers le hall de l'hôtel.

Celui-ci était très faste. Ils venaient à coup sûr de pénétrer dans un établissement de luxe. Le hall était assez bondé, de nouveaux touristes venaient d'arriver et faisaient la queue devant la réception. Les employés s'attelaient à s'occuper de leurs demandes, et Roku put même remarquer quelques serveurs qui se mettaient à servir des verres d'alcool aux clients fortunés qui attendaient qu'on leur attribue une chambre. Cette animation était bienvenue pour eux. Ils n'eurent donc aucun mal à raser les murs, et à se rendre au quatrième étage du bâtiment. Ils passèrent par les escaliers (selon Roku, c'était plus prudent, quoi que plus physique), et arrivèrent rapidement devant la chambre que Fukase leur avait désignée.

La porte en bois était peinte d'une couleur rouge écarlate, et le numéro de la chambre inscrit en dorures. 42, c'était le numéro que leur avait indiqué leur mentor. Celui de la chambre dans laquelle se trouvait leur cible. Kyuu et Roku s'échangèrent encore un regard:

- Ça va bien se passer..., murmura Roku.

- Oui, confirma son frère comme pour se convaincre lui-même. L'atmosphère qui régnait dans ce couloir assez sombre se révélait assez tendue. « J'espère juste que ça ne tournera pas mal, et qu'il capitulera vite ».

Fukase nous a dit qu'on pouvait le blesser, s'il ne coopérait pas...

- J'espère ne pas en arriver à une telle extrémité...

Naïvement, Kyuu frappa à la porte. Il n'avait pas réfléchi à comment entrer dans cette chambre, et son naturel revint au galop.

- Qu'est-ce que tu fais, Kyuu ?

- Ben, tu as une autre idée, toi ?

Soudain, une voix masculine se fit entendre. L'homme avait l'air assez essoufflé et agacé.

- Qu'est-ce que c'est, beugla-t-il du fond de la pièce.

Les jumeaux se regardèrent une fois de plus. Leur respiration se fit plus forte, puis Kyuu démontra ses talents d'improvisation.

- Euh... Room-service, cria-t-il. « Vous avez besoin de quelque chose ? »

Roku leva son pouce en l'air. Il appréciait la manière avec laquelle son aîné avait géré la situation. Pourtant, l'homme répondit, toujours embêté:

- Je n'ai besoin de rien... Allez-vous-en !

Les jumeaux baissèrent la tête. Comment avaient-ils pu croire que cela allait être aussi simple ?

-  Qu'est-ce qu'on fait Kyuu ?

- Attends... Je vais employer la manière forte !

Ne réfléchissant pas plus loin, l'aîné se décida à enfoncer la porte. Le cadet fut surpris. Ils pénétrèrent tous deux dans la chambre, mais la vue qui s'offrait à eux les laissèrent prostrés et immobiles.

Ils se retrouvèrent face à face avec cet homme d'une cinquantaine d'années, placé sur son lit. Une jeune fille qui devait avoir à peu près le même âge qu’eux lui tenait compagnie, et était en train de pleurer. L'homme se trouvait à cheval sur cette adolescente, qui, elle était à plat ventre. Kyuu et Roku hésitèrent un instant, outrés par ce qu'ils venaient de voir. Ce couple était en plein acte, en pleins ébats... Et cette fille ne semblait pas subir cela de son plein gré. Ses yeux bleus fixèrent les jumeaux d'un air triste et empli de détresse, et elle murmura.

- Aidez-moi, s'il vous plaît.

Si Roku, de son côté, restait paralysé et ne parvenait plus à bouger, soudainement, Kyuu entra dans une rage folle. La vue de cette fille dans le besoin provoqua chez lui une foultitude de sentiments. Il ressentait plus que tout l’horreur de cet acte. Pour lui, il ne fallait plus faire confiance à personne. Cette scène en était encore la preuve. Il observa pendant un léger instant l’expression sadique de l’homme se trouvant en face de lui, et son visage se parut d’une expression de dégoût. Pendant un instant aussi, il s’était mis à repenser à son père. Lui aussi était un sale type, même s’il ne s’était pas montré coupable d’un acte aussi odieux. Une pléthore d’images apparaissait alors dans l’esprit de Kyuu, montrant toutes les injustices auxquelles il avait dû faire face durant sa vie. La mort de sa mère, la trahison de son père, l’incendie de l’orphelinat, la rue… L’aîné pensa à la fille installée sur le lit. Elle avait certainement dû traverser des épreuves semblables à celles les jumeaux. D’un côté, il sentait proche de cette personne. L’esprit troublé, il voulait agir.

En outre, toute la colère qu’il avait retenue durant toutes ces années ne demandait qu’à s’échapper. L’aîné se lança donc vers l’homme nu, et dégaina son katana avec une rapidité ahurissante. Roku ne put rien faire d’autre que d’assister impuissant à la scène. Cependant, il hurla :

- Kyuu ! Non ! Arrête !

Rien n’y fait. Son frère  n’entendait plus rien, il n’avait plus aucune conscience du monde autour de lui. Pendant ce court instant, il ne subsistait que cet homme et lui-même. Tout le reste était entouré d’un lourd voile noir.  Puis, il ressentit la chair de cet homme blessé par sa lame, qui le transperça de part en part. Le vieux observa Kyuu ; son regard était teinté de surprise, de cruauté et de terreur. La tension retombait subitement. Pendant ce temps, la jeune fille était partie, apeurée, se réfugier dans un coin de la pièce, et se dissimula le visage derrière le rideau de couleur bleue. Roku s’approcha ensuite de son frère, et lui posa délicatement la main sur l’épaule droite. Puis, il le regarda d’un air empli de compassion.

- Qu’est-ce que j’ai fait, Roku ?

Le cadet n’était pas d’humeur à gronder son frère, ni à lui faire la morale. Plus que tout, il désirait le comprendre. S’il avait émis l’idée que Kyuu lui avait caché quelque chose sur leur passé, il n’était jamais parvenu à mettre la main dessus. Il ne s’était même jamais  douté que cela puisse être aussi grave, ni que cet événement avait pesé à ce point sur l’état psychologique de Kyuu.

- Viens, je crois qu’on a des choses à se dire… lui murmura doucement le cadet à l’oreille.

Ils furent toutefois interrompus par l’arrivée impromptue d’un nouveau protagoniste. Les jumeaux ne prirent pas longtemps pour le reconnaître. La lueur de ses cheveux rouges reluisait grâce aux lumières des rues de la ville environnante.

- Monsieur Fukase ? Vous ici ? lança Roku.

Kyuu était toujours à genoux, à même le sol, et séchait ses larmes grâce à sa longue tenue noire. Fukase s’approcha doucement de lui.

- Monsieur… Désolé… Je n’ai pas pu… hésita l’aîné.

- Ne t’en fais pas, je vais arranger ça… Retournez au manoir, et prenez une bonne douche. Je reviendrai vers vous plus tard.

Ensuite, les jumeaux s’avancèrent vers la porte de la chambre et prirent congé. Dans le couloir, ils croisèrent un mystérieux homme aux cheveux blonds, qui se dirigeait vers le même endroit. Roku, qui soutenait l’épaule de son aîné, toujours pétrifié par son récent acte, marqua une pause. L’homme entra dans la chambre, et les jumeaux purent entendre un bout de leur conversation.

- Ah, Yohio, bienvenue, je pense que tu connais ton travail. Je ne veux plus aucune trace d’effraction ni d’un quelconque crime dans cette chambre.

Les jumeaux s’éloignèrent lentement et quittèrent l’hôtel en prenant bien soin de ne pas se faire repérer.

Dans la chambre, les deux hommes restants firent face à la jeune fille. Fukase s’avança vers elle :

- Dis, je te propose un marché… Tu ne dévoiles rien de ce qui s’est passé ici, et je ferai en sorte que tu sortes de cette vie misérable.

Yohio l’interrompit : « Ca ne serait pas plus facile si je… »

- Pauvre sot, rétorqua Fukase. « Elle pourrait encore nous être utile. J’aime garder des atouts dans ma manche… »

- Et concernant les jumeaux, l’interrogea son homme de main.

- Ils se sont bien débrouillés, non ? Quelque chose me disait qu’ils avaient ça au fond d’eux…

- Vous êtes machiavélique, patron… Vous aviez donc tout prévu ? continua Yohio.

- Machiavélique, quel vilain mot ! Je dirai plutôt malin. J’ai appris à voir la véritable nature des gens. C’est plus joli, dit comme ça…

Kyuu et Roku étaient entretemps rentrés au manoir. Cette fois-ci, les  garçons étaient entrés ensemble dans la salle de bain, Roku ne désirant pas laisser son frère seul dans un tel état mental. Après deux bonnes douches, les frères rejoignirent leur chambre, et s’installèrent chacun sur leur lit, face à face.

- Je pense que tu as des choses à me dire, Kyuu…

Ainsi, l’aîné lui dévoila toute l’histoire. Les trahisons répétées de leur père. Et son ressentiment à son égard. Roku baissa à plusieurs moments la tête, comme si la vérité sur les événements qui avaient bouleversés sa vie s’éclaircissait enfin.

Kyuu était toujours troublé par son acte récent. Il ne savait pas comment Fukase allait réagir. Il ne leur avait pas demandé de tuer cet homme. Mais l’aîné des Genshine ne possédait plus le contrôle de lui-même à ce moment-là. Il s’était laissé envahir par ses sentiments confus.

Roku prit donc la parole, comme pour rassurer son frère.

- C’était quand même un sale type… Peut-être même que Monsieur Fukase nous a envoyés là-bas dans cet objectif. Il voulait que cet homme soit puni.

- Tu penses ? interrogea Kyuu,

- C’est possible… On pourra lui en parler de toute façon...

Malgré les tentatives de Roku pour le réconforter, Kyuu ressentait toujours une gêne au fond de lui. Et celle-ci ne disparaîtrait pas facilement. Il était trop tard. Il devait maintenant assumer les conséquences de ses actes.

Voyant son frère baissant la tête, le regard perdu, le cadet s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

En tout cas, je ne t’abandonnerai jamais Kyuu…

***

Ainsi, à la suite de cette mission, les jumeaux avaient acquis une place toute particulière dans l’entourage de Fukase. Il n’était pas rare de le voir accompagné de ces garçons aux cheveux verts. Conscient de leur force, le patron les avaient nommés gardes personnels. Ils  restèrent cependant relativement discrets, se contentant le plus souvent d’agir dans l’ombre. Ils continuèrent également à s’entraîner au maniement du sabre, et étaient toujours aussi bien traités par leur tuteur. Toutefois, il ne se passa pas un seul jour de leur existence sans que Kyuu et Roku ne se souviennent du jour de leur première mission.

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