Sekai : Chapitre 18 - Si vis pacem, para bellum

Publié le par Jyôka Ryu

Fukase se tenait près de la fenêtre située tout en haut de la tour d'Uchi. La hauteur de cet édifice lui permettait de disposer d'une splendide vue sur les alentours du village. Il se voyait comme un grand leader. L'homme aux cheveux rouges appréciait particulièrement le bâtiment. Comme ses bureaux dans l'autre monde, ce donjon avait une certaine prestance, et permettait, selon Fukase, de faire une démonstration de son pouvoir.

Mais le patron n'avait pas encore atteint son principal objectif. Il avait réussi la première phase de son plan avec brio, et devait maintenant assurer sa marche puissante vers la capitale du pays de Kuni. Il avait donc convié son état-major au sein même de la salle du trône afin de préparer plus précisément la suite des opérations. Leora occupait désormais une place prépondérante, juste à la droite du trentenaire. À leurs côtés se tenaient les trois généraux des compagnies : Kyo, Yuu et Wil. Les jumeaux Genshine avaient également été invités à la réunion mais s'étaient retrouvés un peu plus à l'arrière. Bien que le patron n'ait pas apprécié leurs dernières distensions, il pouvait encore avoir besoin d'eux. En effet, ils constituaient encore sa garde personnelle. De plus, outre Leora, ils étaient ceux qui avaient passé le plus de temps à Sekai, et pouvaient se montrer décisifs en stratégie, particulièrement Roku. Cependant, Fukase démontrait désormais une certaine méfiance envers eux, analysant de près tous leurs dires et leurs avis.

Kyo avait déballé une large carte du monde de Sekai sur la grande table disposée au centre de la pièce. Yuu avait, quant à lui, fabriqué plusieurs dizaines de pions destinées à représenter les troupes, afin de faciliter l'établissement d'une stratégie. Fukase prononça un petit discours, de sorte de lancer le début de la réunion.

- Bonjour à tous. Je vous félicite encore une fois pour cette brillante victoire et notre prise du village d'Uchi. Maintenant, nous devons déterminer la suite des opérations.

Tous saluèrent l'homme à la canne blanche très respectueusement, même si Kyuu et Roku s'abaissaient moins que les autres. C'était là pour eux l'occasion de marquer quelque peu leur désaccord avec les récents événements.

- Conformément à ce que l'on avait déjà discuté, le but serait de disposer d'un autre point de chute, lança Wil.

- Exactement, compléta Fukase. « C'est d'ailleurs la raison première de la mission de Yohio. On aurait bien sûr eu plus de facilité si tous les chefs de village avaient été assassinés. Mais, ce n'est pas le cas... » Il lança alors un regard noir vers les jumeaux.

- Comme options, il ne nous reste alors que les villages d'Hayashi, d'Aza et de Furisato, analysa Kyo.

- Aza est trop loin et n'offre que peu d'intérêt, ajouta Yuu. « La meilleure option serait Hayashi. Caché dans la forêt, il est assez difficile d'accès et permettrait de disposer d'une arrière-garde non loin de la capitale. De plus, leurs défenses doivent être déforcées. »

Fukase acquiesça, puis se tourna vers Kyuu et Roku.

- Qu'en pensez-vous, les petits ?

L'aîné serra les dents. Il détestait ouvertement ces sobriquets. Mais celui-ci revêtit une pique supplémentaire. D'habitude, Fukase les appelait "mes chéris", ou un dérivé, mais il s'agissait souvent d'un surnom affectueux, même si cela l'énervait. Ici, ces mots les remettaient à une position inférieure aux autres membres du groupe. Les jeunes jumeaux se contentèrent donc de secouer la tête en guise d'accord. Ils n'avaient de toute façon rien de bien important à ajouter.

Leora interrompit la conversation: « Pourquoi n'attaquons-nous pas immédiatement Kyôu ? »

Fukase éclata de rire. « Je reconnais bien là ta fougue, ma chère ! »

Puis, il se calma. « Je préfère prendre mon temps. Je veux profiter de ma supériorité, et plus que tout, je veux que Luka s'en rende compte... » Le patron laissait planer une aura de mystère dans son discours, mais la mercenaire préféra ne rien relever.

L’armée de Fukase se sépara, afin qu'une partie restât stationnée à Uchi (l’objectif étant tout de même de garder ce village en leur possession), tandis que l'autre se dirigeait vers le village d'Hayashi. Quelques heures plus tard, un cortège d'assez grande taille sortit des remparts en direction du nord-est.

Pendant tout le trajet, l'armée ne dépensait aucun effort à se déplacer de manière furtive. Les commandants étaient assurés de leur supériorité technologique et militaire, si bien qu'ils pouvaient faire face à n'importe quel imprévu.

À mi-chemin, l'avant-garde du convoi observa des mouvements suspects venant de quelques buissons situés à l'entrée de la forêt. Quatre hommes se lancèrent donc à pleine vitesse vers l'endroit incriminé et y délogèrent un soldat habillé de vêtements sombres. Ils ramenèrent le pauvre homme vers leur patron.

- Chef, je pense que nous avons capturé un espion, lança un des soldats.

- Un espion ? Chouette ! Cela signifie que la Reine se fait du souci ! Les autres membres de l'état-major se montrèrent étonnés par la réaction de leur chef.

- Je ne parlerai pas, lança le soldat noir.

Fukase ricana.

- Je n'ai pas besoin que tu parles. Tu ne m'es d'aucune utilité, mon pauvre. Le visage du soldat se para d'une expression de forte peur.

Le trentenaire dégaina son sabre, et le dirigea vers la carotide de l'espion. Celui-ci se tenait toujours debout, alors que Fukase était encore bien assis sur son étalon. Le soldat vit sa fin arriver au fur et à mesure que la lame se rapprocha doucement de son cou, mais le patron stoppa son mouvement à quelques millimètres du but.

- Pars. Enfuis-toi, dit-il

L'espion transpira et lâcha un énorme soupir.

- Je te laisse partir, renchérit Fukase. « Par contre, je te demande une seule chose... Préviens ta Reine. Dis-lui que je prévois d'attaquer le village d'Hayashi. »

L'homme au costume blanc retira son katana, et signifia à l'espion de s'enfuir d'un signe de la main. Celui-ci s'exécuta et partit en courant dans la direction opposée.

Le bataillon reprit alors sa marche en avant.

 

***

 

A Kyôu, Rin, Len et Alys avait quitté la bibliothèque, forts des informations qu’ils avaient glanées. Len et Alys retenait la jeune blonde, qui avait toujours la jambe dans le plâtre, et éprouvait encore des difficultés à se déplacer. Cependant, la douleur se faisait de moins en moins ressentir, et la combattante novice avait de bons espoirs en ce qui concernait son retour. La jumelle se rendait chez le médecin attitré de la Garde royale chaque jour, et celui-ci fut même étonné par ses progrès. Elle guérissait plus rapidement que prévu. Tant mieux, se disait-elle alors qu’elle commençait à s’agacer d’être mise sur le côté. Depuis que son frère et elle étaient arrivés à Sekai, les évènements s’étaient déroulés à une vitesse folle. Eux qui désiraient uniquement rentrer chez eux s’étaient retrouvés au beau milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à une véritable guerre. Toutefois, il n’était pas dans le caractère de la blondinette d’abandonner. Ainsi, elle rongeait son frein, attendant patiemment de pouvoir se montrer de nouveau utile.

Quelques dizaines de minutes plus tard, les trois amis arrivèrent devant la façade du Palais Royal. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de la servante Meiko. Ils quémandèrent urgemment un entretien avec la Reine, arguant disposer d’informations importantes pour l’avenir du pays. La jeune brune se sentait accablée par l’entrain des personnes en face d’elle. Alys, Rin et Len hurlaient. Un vacarme assourdissant s’échappait vers le couloir central du château. Au bout de quelques minutes, Luka sortit de la salle du trône et vint directement à eux.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle calmement, dans le but d’apaiser l’atmosphère.

- Ma Reine, nous devons absolument vous parler. Nous avons des informations cruciales pour vous… lança Alys, pleine d’entrain.

- Entrez, entrez…

La souveraine les fit donc pénétrer au sein de la salle du trône. Dehors, le ciel était gris et orageux, si bien que les ténèbres prenaient peu à peu place dans la pièce. Quelques bougies disposées çà et là donnaient quelques touches jaunâtres à la salle.

Luka, contrairement à son habitude, restait debout, face aux jumeaux et Alys.

- Donc, dites-moi… Qu’avez-vous trouvé ?

Alys fixa la Reine. Elle devait forcément savoir que la barrière créée par Monsieur Vo n’était pas éternelle. Et pourtant, elle avait gardé le silence. L’objectif de la fille à la tresse était de connaître les véritables desseins de la souveraine.

- Que savez-vous, ma Reine ? J’ai l’impression que vous nous cachez quelque chose. Il était difficile pour Alys de rester relativement respectueuse, et, en même temps, de mettre suffisamment de pression.

- Que voulez-vous dire ? Le jeu de dupes avait bien débuté.

- Nous avons retrouvé les notes de mon père… Et selon lui, la barrière magique de l’île Maho n’est pas éternelle. Je suis convaincue que vous le saviez… Ce que je me demande, c’est pourquoi n’avez-vous rien dit ?

Luka s’effondra sur son trône. Quelques légères larmes commençaient à coucher le long de ses joues rougeâtres.

- Oui… Je le savais… balbutia la Reine.

Alys et les Kagamine furent légèrement touchés par la réaction de leur interlocutrice. De cette façon, ils ne désiraient pas enfoncer le clou, mais se devaient d’obtenir des réponses à leurs questions.

- Je le savais, répéta-t-elle. « Je comptais agir petit à petit. Faire de mon possible pour trouver la meilleure solution possible, mais le peuple n’est pas prêt. Le ressentiment anti-mages est encore trop présent… C’est de ma faute, j’ai failli à ma mission, celle que m’avait confiée mon père et Monsieur Vo. »

Luka se montrait complètement perdue et déboussolée. Elle ne cessait de répéter des excuses devant les trois soldats. Alys, Rin et Len peinaient à trouver la réaction la plus appropriée.

- Mais pourquoi, ma Reine ? Vous craigniez pour votre place ? interrogea Rin. Mine de rien, la belle image dont jouissait la souveraine dans l'esprit des Kagamine venait peu à peu de s'étioler.

- Non... Ce n'est pas ça... Après cette réponse énigmatique et lacunaire, Luka se ravisa pendant un dixième de seconde, juste avant d'être interrompue par des tambourinements incessants provenant de la porte de la salle du trône.

Elle invita les visiteurs à entrer rapidement. Le pas de la porte laissait ensuite apparaître Miku, suivie de près par Gumi et Yuma. Juste derrière se tenait un messager en sueur, épuisé, qui après quelques secondes s'écroula violemment sur le sol.

- Ma Reine, l'heure est grave, lança Miku. « L'ennemi projette d'attaquer un autre village. Il est d'ailleurs déjà en route... »

Le visage de la Reine fut soudainement marqué par une expression de panique. Pendant un instant, elle crût s'évanouir, sous le choc des dernières révélations. Elle reprit cependant rapidement ses esprits. Ce n'était, en effet, pas le moment de flancher. Tel un roc, elle se devait de rester calme et lucide afin de prendre les meilleures décisions.

- De quel village s'agit-il, cette fois ?

- Hayashi... rétorqua doucement MIku.

Les jumeaux restèrent immobiles devant leurs maîtres de sabre, se sentant dépourvus. Alys, quant à elle, vit ressurgir soudainement dans son esprit les images de la bataille d'Uchi et refusait catégoriquement que cela se reproduise.

Luka eut alors un regard pour chaque visiteur de la pièce. Elle invita ensuite Gumi à fermer la porte de la salle du trône, et les autres à s'asseoir avec elle à la grande table de réunion.

 

***

 

Ce que l'on pouvait dès lors appeler l'état-major de l'armée du pays de Kuni était alors réuni autour d’une immense tablée. La situation avait encore empiré. Fukase avait très bien fait étalage sa toute-puissance lors de la première bataille, et comptait conforter ses ambitions néfastes et meurtrières. Surtout, il semblait vouloir faire durer son plaisir. En effet, au vu de sa puissance actuelle, il aurait très bien pu s'attaquer à la capitale immédiatement, remarqua Gumi.

 

- Peut-être prend-il des précautions, pensa Miku. « Il n'est peut-être pas certain de remporter la victoire... »

Rin s'exprima timidement: « Désolée, mais je ne pense pas. Il a clairement le dessus. Vu comme il est parti, il ne lui faudrait certainement pas plus de quelques heures pour prendre la capitale... » La jeune fille tentait de mettre les formes à son discours. Elle venait tout de même de contredire la commandante de la Garde royale ! Gumi et Yuma se montrèrent étonnés par l'audace de Rin. Il était excessivement rare qu'une jeune recrue ne mette en doute la parole de la commandante. Pourtant, il s'agissait bien ici de mettre toutes les idées en commun, et donc de révéler ses pensées. Rin l'avait compris. De son côté, Miku n'y vit aucun inconvénient, et accompagna même la remarque de Rin d'un léger sourire.

- Tu as raison, ma chère, lui lança-t-elle. « D'ailleurs, tu ferais certainement une très bonne stratège, mais on en reparlera... »

Le plus important à ce moment était de décider de la stratégie à adopter. Concrètement, l'armée disposait de deux choix: tenter d'envoyer les soldats à Hayashi pour défaire la guérilla d'Owari, ou rester à la capitale et préparer la défense. Hayashi étant le dernier bastion avant la capitale, il ne faisait quasiment aucun doute que Fukase préparait sa prochaine offensive vers Kyôu.

Yuma, contrairement à son habitude, désirait intervenir : « Peut-être, devrons-nous mettre toute notre énergie dans l’évacuation des citoyens du village ? »

Miku fut interloquée. Cette décision allait à l’encontre de ses idéaux ; elle détestait en effet fuir ses responsabilités. Son armée était complètement dépassée, et la seule issue qui lui restait – et elle ne supportait pas ce mot – était la fuite. Toutefois, elle devait se rendre à l’évidence, son subordonné avait totalement raison. Plus que tout, la commandante ne voulait pas risquer les vies de ses soldats une nouvelle fois, qui plus est avec la grande bataille qui se préparait. La patronne se rangea donc du côté de Yuma, rapidement rejointe par Gumi et Luka, qui avaient déjà adhéré à l’analyse de l’homme vêtu de noir.

La femme aux couettes turquoise eut cependant une objection :

- Ce qui me gêne… C’est que cette stratégie ne donne pas une bonne image de l’armée. Le peuple pourrait penser que nous sommes acculés, lança-t-elle devant la petite assemblée.

- Ce qui n’est pas totalement faux, analysa Len très justement, le ton empli d’ironie.

- Oui, mais nous ne devons pas le laisser paraître ! Miku regarda Luka : « Ma Reine, je pense que le moment est venu de vous adresser à la population. Vous devez faire un discours ! Leur dire que, peu importe ce qui arrive, nous garantissons leur sécurité. »

Les joues de la souveraine se parèrent immédiatement de couleur écarlate.

- Est-ce que je pourrais ? hésita-t-elle. « En suis-je capable ? »

- Le moment est venu de faire face à vos responsabilités de Reine. Mais vous n’êtes pas seule. Nous resterons là.

- D’accord…

Luka n’avait que très rarement discouru devant une foule immense. Elle avait toujours préféré agir dans l’ombre, en gérant son royaume tranquillement. A cet instant, il devenait important qu’elle apparaisse au grand jour. Kuni avait désormais besoin d’un grand leader.

Miku, de son côté, peaufinait sa stratégie. Elle demanda à Yuma de se rendre immédiatement vers le village d’Hayashi afin de superviser l’évacuation des habitants (de  plus, elle envoya directement un corbeau pour que les préparatifs commencent avant l’arrivée du lieutenant), tandis que Gumi, Rin, Len et Alys furent sommés de rester à la capitale et de continuer leur entraînement. Alys écopa d’une responsabilité encore plus forte que les autres, puisqu’elle devait maîtriser une nouvelle technique du Koryu qui permettrait à améliorer la défense de l’armée contre l’offensive de Fukase.

La réunion se terminait dans le plus grand calme, chacun étant conscient de sa mission. Les lieutenants quittèrent ensemble la salle du trône pour rejoindre le long couloir d’entrée. Yuma partit immédiatement vers Hayashi, non sans une discrète marque de tendresse envers Gumi. Alys tenait déjà en main le livre de son père.

- Len, je t’entraînerai durant l’absence de Yuma. Il ne faudrait pas que tu perdes le rythme, déclara Gumi. « Rin, quant à toi, je t’ai prévu autre chose… Même blessée, tu pourrais nous être utile ».

Tous quittèrent dès lors le Palais Royal, laissant seules Miku et Luka dans la salle du trône. Les deux femmes planchaient déjà sur la déclaration royale au peuple de Kuni.

 

***

 

Il ne fallut que quelques heures à Yuma pour atteindre les environs du village d’Hayashi. Le jeune guerrier approcha prudemment du petit hameau situé au milieu de la forêt. Celui-ci était en effet fourré au fond d’un bois dense. Yuma avait laissé son cheval à l’entrée de celui-ci et continuait à pied, en progressant doucement entre les fougères. L’objectif était de ne pas se faire remarquer par les éventuelles troupes de Fukase qui se rendaient au même endroit.

Alors que le lieutenant observa attentivement l’entrée du village, il fut interrompu par une main se posant subrepticement sur son épaule. Il se retourna de suite et dégaina son katana d’un seul geste. Il vit alors un soldat habillé de l’uniforme standard de la Garde royale, et remballa immédiatement son arme. Le militaire était accompagné par une petite vingtaine de personnes qui se tenaient un peu plus loin, à l’abri derrière plusieurs dizaines d’arbres.

- Que faites-vous là ? demanda Yuma.

Le soldat était plutôt de petite taille, et suintait de sueur. Il tenta de parler, sa voix étant légèrement étouffée :

- Je suis désolé… Je n’ai pu que sauver ces personnes… Ils sont arrivés très vite, nous n’avons rien pu faire.

- Fukase a déjà pris le village ?

- Oui, nous avions reçu le message de la commandante quelques dizaines de minutes avant qu’ils n’arrivent. Nous avons suivi les ordres et tenté d’évacuer le plus d’habitants possibles, mais c’était trop tard.

Yuma voyagea entre les villageois encore sous le choc.

- Et les autres soldats ? Où sont-ils ?

- Morts… Ou prisonniers…

- Je vois…

Malgré la gravité de la situation, Yuma gardait son calme, et réfléchit. Il avait été envoyé là pour superviser les évacuations, mais ne s’attendait certainement pas à ce que l’armée de l’ennemi soit si rapide. Pourtant, il ne voulait pas rester sans rien faire. Sa présence ici pourrait être utile. Il patienta, toujours entre les rangs d’habitants qui l’observaient le regard perdu et triste. La plupart avait perdu des membres de leur famille, qui avaient dû rester là-bas, et ne savaient pas si ce qu’il allait advenir d’eux.

- Vous connaissez la route de Kyôu ? interrogea soudainement Yuma.

- Oui, bien sûr, répondit tranquillement le soldat.

- Magnifique. Venez ici mon cher !

Yuma s’éclipsa avec le soldat quelques mètres plus loin.

- Voilà ce que vous allez faire, débuta Yuma. « Vous allez raccompagner ces habitants vers Kyôu. Une fois là-bas, rendez-vous à la caserne de la Garde et prévenez la commandante Miku. Je tente une mission d’infiltration. Je veux obtenir le plus d’informations possible sur leur armée ».

- Vous voulez vous rendre dans le village seul ? Vous êtes fou !

- Nous n’avons pas d’autre choix. La situation est grave, vous savez. Nous faisons certainement face à la plus grande menace que le pays n’ait jamais connue. Si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la défaite… Yuma marqua une pause, et eût un nouveau regard vers Hayashi, puis il reposa les yeux vers son subordonné. « Et puis, ne discutez pas ! C’est un ordre ! »

- Oui, chef. Le soldat se montrait circonspect. Mais si une personne pouvait mener cette mission à bien, c’était bien le lieutenant Yuma, sa réputation le précédait.

Le jeune homme repartit donc vers le groupe d’habitants. A mi-chemin, il se retourna et salua Yuma :

- Mon lieutenant, faites attention à vous. Et bon courage !

- Merci, et ne vous en faites pas, rétorqua l’homme aux cheveux roses, qui lui rendit rapidement son salut.

Tandis que les habitants quittèrent lentement la forêt, Yuma eût un dernier regard pour eux, avant de se retourner vers le village. Caché derrière un buisson dense, il guettait déjà une éventuelle entrée détournée pour accéder à Hayashi.

 

***
 

Dans le village sylvestre, Fukase avait déjà pris ses quartiers dans la hutte du chef. Son armée avait pris rapidement le contrôle du village, celui-ci manquait effectivement d’un leader, son chef attitré ayant déjà été assassiné par Yohio.

L’homme à la canne blanche avait déjà reconnu toutes les pièces de la maison, accompagné des trois commandants de ses compagnies, mais aussi de Leora, Kyuu et Roku.

- Oooh, je n’aime pas cette demeure. Elle est bien moins faste que celle d’Uchi, lâcha Fukase dans un caprice digne d’un enfant de six ans.

L’architecture du village d’Hayashi était en effet assez différente de celle des autres bourgs du pays. Sa superficie était assez limitée, et celui-ci était situé en plein milieu de la forêt. Les habitants s’étaient alors adaptés à leur environnement, et cela se voyait. Toutes les maisons du village, y compris celle du chef, étaient construites en bois et en matériaux simples. De ce fait, la plus grande habitation d’Hayashi ne disposait que d’un étage supérieur, bien loin des quelques étages de la tour d’Uchi. Fukase n'appréciait absolument pas ce bâtiment, mais il devait bien avouer que la position du village par rapport à la capitale lui était avantageuse. Il fut d'ailleurs un tant soit peu étonné de n'avoir rencontré quasiment aucune résistance lors de sa prise du hameau, mais avait fait passer cela sous le signe de son apparente supériorité. Sa confiance en lui, déjà exacerbée, augmentait encore.  

La maison du chef comportait toutefois assez de chambres pour pouvoir loger les plus proches collaborateurs du patron: Kyo, Yuu et Wil se partageaient une chambre, Leora prenait la pièce adjacente à celle de Fukase, alors que les jumeaux Genshine avaient pris place dans la pièce du rez-de-chaussée. La nuit commençait à tomber, et le chef ressentit le besoin de se reposer. Tous rejoignirent donc leurs appartements. Les soldats qui avaient établi un bivouac à l'extérieur furent priés de réduire le volume au minimum, il ne fallait absolument pas déranger Fukase.

La nuit était désormais tombée, les étoiles scintillaient dans le ciel ; un croissant de lune éclairait faiblement le village et les plaines alentours d'une couleur douce. Le calme régnait dans la maison du chef. Roku tentait tant bien que mal de dormir, encore sous le choc des récents évènements. Les questions continuaient à se bousculer dans sa tête. C'est alors que sa réflexion fut interrompue par le doux bras de son aîné qui vint se poser sur son épaule. Le cadet se retourna rapidement, Kyuu prit immédiatement la parole.

- Viens, Roku. C'est le moment, murmura-t-il.

- Le moment de quoi, répondit son frère naïvement.

- C'est l'occasion. Cette nuit, on fout le camp !

- Tu veux quitter Fukase finalement ? Pourquoi maintenant ? Il est juste à l'étage, ce n'est pas trop dangereux ?

- Justement, il dort... Si on parvient à se glisser furtivement en dehors de la maison, on peut s'enfuir sans trop de problèmes, j'en suis sûr.

Roku réfléchit quelques instants. Bien sûr, il éprouvait de plus en plus l'envie d'échapper à cette folie meurtrière venant de son mentor. Il n'approuvait absolument pas toutes ces actions. Mais, Kyuu était venu avec son plan de manière si imprévue, qu'il ne pouvait pas savoir si celui-ci l'avait préalablement préparé, et le cadet étant de nature prudente, il ne désirait pas se jeter dans la gueule du loup. Pourtant, son frère marquait un point. Ils devaient agir, et le moment n'était peut-être pas si mal choisi.

- D'accord ! On y va ! lança Roku.

- Prends ton sac, et suis-moi.

Les jumeaux s'étaient rhabillés dans un silence absolu, et progressaient désormais lentement sur le plancher en bois qui craquelait. Dans le couloir qui menait à la sortie, ils rasaient les murs et ils finirent par s'extirper de la maison relativement facilement.

Dehors, ils progressaient entre les tentes que les soldats de Fukase avaient installées tout le long du forum du village. Quelques recrues finissaient leur repas autour d'un feu de camp en buvant un coup, mais ne prêtèrent pas davantage attention aux jumeaux. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient leurs supérieurs, aucun soldat ne pouvait juger leurs actions. Ainsi, ils traversèrent rapidement la place du village pour se retrouver dans les rues étroites et sombres d’Hayashi.

- On ne pourra pas sortir par l'entrée principale, analysa Roku. « Cela éveillerait les soupçons. »

- Qu'est-ce que tu proposes ?

Le cadet avait déjà analysé la géographie du village, et, fort de ses compétences en stratégie, était parvenu à élaborer un petit plan.

- Le point faible des remparts se situe sur la partie sud. Là-bas se trouve un grand nombre d'arbres qui bouchent la vue des gardes pendant quelques temps. C'est risqué, mais c'est le meilleur endroit pour escalader le mur et sortir d'ici.

- Il n'y a pas d'autre issue plus facile ? se demanda Kyuu.

- Elles sont toutes gardées. Il faudra être prudent et progresser lentement quand on escaladera le mur. Par le sud, on peut également rejoindre plus facilement la forêt.

- D'accord. On y va! décida l'aîné.

Les Genshine se trouvaient encore vers le centre du village, en plein milieu d'une petite rue. À chaque coin, ils observaient rapidement les alentours, avançaient à un rythme assez lent et restaient très prudents.

Alors qu'ils s'approchaient de leur objectif, ils tombèrent, au détour d'une rue, sur des cris de personnes affamées qui se mettaient à hurler. Ils restèrent bien à l'abri derrière un mur. Ils venaient de tomber sur la prison improvisée servant à enfermer les soldats prisonniers de la bataille qui avait eu lieu quelques heures auparavant. Celle-ci était gardée par trois hommes qui se mettaient à frapper quiconque daignait passer sa main au travers des barreaux.

- Fermez-là tous, bande d'incapables, cria l'un des soldats, en pointant les soldats blessés avec son fusil M16.

Kyuu et Roku restaient immobiles devant la cruauté dont faisait preuve les soldats de Fukase. Finalement, cela les confortait encore davantage dans leur position. Ils ne pouvaient cautionner cela.

- Viens, on passe par l'autre côté, admonesta Kyuu. « On ne peut rien faire pour eux, malheureusement. »

Roku suivit son frère à reculons, ne pouvant détacher son regard triste de la prison.

Ils arrivèrent quelques minutes plus tard au pied du rempart sud du village. Les jumeaux analysèrent rapidement la hauteur de celui-ci et se préparèrent à le grimper. Kyuu eût à peine le temps de poser ses mains sur le mur qu'il fut interrompu:

- Hé !

Les jumeaux se retournèrent, figés par la surprise et la peur. Dans la pénombre, ils distinguèrent une silhouette fine, bordée de long cheveux rouges qui flottaient dans le vent. Leora se tenait devant eux.

- Qu'est-ce que vous faites là ?

- Vous nous avez suivis ? interrogea Kyuu.

- Ce n'est pas la question ! rétorqua la mercenaire. « Qu'est-ce que vous foutez là en pleine nuit ? »

Les jumeaux ne pipèrent mot.

- Vous vouliez vous enfuir, c'est ça ?

- Euh... Roku balbutia, et commençait à transpirer sous la pression.

- Ne dites rien à Fukase. Kyuu se décida de plaider coupable. De toute façon, son frère et lui avaient été pris en flagrant délit.

- Ça, je ne sais pas... Il faudra voir, sourit Leora. « Qu'est-ce que je gagne en échange ? »

Kyuu ne savait pas quelle réponse apporter. Il n'avait, en effet, rien à proposer.

- Cela ne se reproduira plus ! On vous le promet ! hurla Roku, cherchant des excuses.

Leora réfléchit. Elle disposait dorénavant d'un point de pression sur les jumeaux, et elle aimait plus que tout se sentir supérieure. En outre, elle se doutait qu'elle pourrait dans l'avenir profiter de cette position.

- C'est d'accord, je ne dirai rien pour l'instant, mais tenez-vous à carreaux désormais !

La guerrière insista sur l'expression "pour l'instant", en signifiant aux jumeaux que sa magnanimité ne pouvait être que temporaire. Le reste dépendait d'eux.

Dépités, Kyuu et Roku rentrèrent à la maison du chef. Leora ouvrait la marche quelques mètres devant eux, le regard satisfait. L'aîné observa la face déçue de son frère, le prit par la taille, et lui murmura à l'oreille:

- Ne t'inquiète pas, mon frère ! Nous trouverons un autre moyen...

 

***

 

Au Palais royal, la Reine Luka faisait les cent pas dans sa chambre, la tête abaissée. Elle tenait dans ses mains un petit carnet et un crayon, et réfléchissait à voix basse. Quelle tenure aurait le discours qu’elle tiendrait devant son peuple ? Devait-elle adopter un ton trivial, voire belliqueux ? Ou au contraire, un ton rassurant ? Toutes ces questions se bousculaient dans son esprit. La souveraine ne s’était jamais retrouvée face à pareille situation. Elle demeurait surtout une femme de l’ombre. Même si elle avait déjà accompli de bonnes choses pour le pays de Kuni, elle ne se mettait jamais en avant.

Soudain, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Peu de personnes pouvaient se permettre de se montrer ainsi dans ses appartements personnels. Il devait donc s’agir que de Meiko ou de Miku. La Reine ouvrit lentement la porte, et aperçut la longue chevelure turquoise de la commandante, et la fit entrer.

Vous me paraissez bien perplexe, ma Reine. Qu’y-a-t-il ?

- C’est ce discours… Je n’ai jamais fait ça, je ne parviens pas à trouver les mots…

Miku tendit la main vers le carnet : « Puis-je y jeter un œil ? », demanda-t-elle calmement.

- Oui, bien sûr. Toute aide est bienvenue !

La patronne de la garde s’empara du cahier, et se mit à feuilleter les multiples pages blanches. Puis, elle se dirigea, toujours d’un calme olympien, vers la fenêtre, et jeta le carnet dans la rivière qui s’écoulait derrière le Palais.

- Mais qu’as-tu donc fait ? s’écria Luka.

- Je vous aide, ma Reine. Vous ne parviendrai à rien de cette façon.

Miku se dirigea vers sa plus proche amie, et lui posa la main sur la poitrine. « Votre discours, il doit venir de là. Dites-leur ce que vous pensez. La sincérité sera toujours plus forte que le poids des mots ».

Luka demeurait silencieuse, alors que Miku la gratifia d’un sourire rassurant. La Reine sourit également en retour, bien que son expression restât un peu forcée. Puis, la commandante quitta la chambre, sans prononcer un seul mot.

 

***

 

Dans la cour de la caserne de l’armée, l’agitation battait son plein. Len suivait un entraînement intensif en compagnie de Gumi, qui ne le ménageait pas. Tous deux pratiquaient des exercices d’opposition au sabre. Rin, quant à elle, était restée sur le côté, la jambe toujours en attelle.

- Comment Rin fait-elle pour supporter une telle rapidité ? pensa Len. « C’est tout bonnement inhumain ! »

Le jeune homme fut rapidement extirpé de ses pensées par une violente claque sur le dessus de la tête.

- Arrête de rêver ! glapit Gumi. « Reste concentré ! Je ne resterai pas sympa très longtemps ! »

Len fit ensuite quelques pas en arrière, de sorte de reprendre son souffle.

- Eh bien, mon pauvre ami, on n’est pas sorti du sable. Il va falloir te bouger si tu veux augmenter ton niveau ! »

Len fit mine de rien entendre. Il ne voulait pas répondre aux provocations de son instructrice. Gumi s’approcha donc du jeune blond, et le murmura à l’oreille :

- Tu veux protéger ta sœur contre ces sabreurs aux cheveux verts ? Parce que pour l’instant, tu es loin de leur niveau. Je me demande même si tu tiendrais plus de deux minutes face à eux…

Une lueur de rage se fit alors remarquer dans les yeux de Len.

- On dirait que j’ai touché un point sensible ! se réjouit Gumi. « Viens, maintenant, montre-moi ce que tu sais faire ! »

Un combat acharné débuta donc entre les deux combattants. Len se battait désormais sans la moindre retenue, blessé dans son amour propre. Cependant, le niveau de la lieutenante à la tenue orange était bien supérieur, mais celle-ci s’étonna tout de même devoir employer certaines techniques élaborées pour contrer les attaques répétées de son adversaire. Quelques minutes plus tard, la calme revint dans la cour. Le vent soufflait à nouveau, faisant se lever légèrement le sable présent dans l’arène.

- Tu vois quand tu veux ! Tu devrais me montrer ça plus souvent…C’est tout pour aujourd’hui, entraînement terminé. Demain, on refait la même chose !

Len esquissa un sourire de satisfaction. Il se dirigea ensuite vers sa sœur qui se leva avant de reprendre le chemin vers leur chambre.

- Minute papillon ! interrompit Gumi.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? sursautèrent les jumeaux.

- Rin, tu vas venir avec moi. Il est temps de t’apprendre les rudiments de la stratégie militaire.

- Comment ça ? s’interrogea la jeune fille.

- D’après Miku, tu as montré des signes d’excellence en ce qui concerne la stratégie. Elle veut donc que je t’en apprenne les bases sérieusement, afin que tu puisses nous aider dans la guerre qui s’annonce, malgré ta blessure.

Une expression de satisfaction mêlée d’une légère crainte parcourut le visage de Rin. Elle était honorée de ne pas avoir été laissée sur le côté, mais elle devait également prendre de nouvelles responsabilités, et elle ne savait pas si elle était prête. 

Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Allez, viens tout de suite. On n’a pas de temps à perdre.

 

***

La foule était amassée devant le balcon luxuriant du Palais Royal. De nombreuses affiches avaient été placardées à travers toute la ville, annonçant une allocution urgente de la Reine Luka l’après-midi. La population s’était donc pressée en masse devant le château. Les spéculations allaient bon train. Depuis le début de son règne, Luka n’avait à aucun moment jugé utile de s’adresser de cette façon au peuple. Les rumeurs avaient déjà fait leur chemin, de sorte que la plupart des citoyens présents savaient déjà pour le meurtre des chefs de village, et pour la guérilla qui était en train de se former dans leur pays. Mais ils en ignoraient l’origine ou les détails.

Dans un brouhaha assourdissant, la Reine se montra après quelques dizaines de minutes sur le balcon du Palais. Elle portait une robe de couleur rouge assez courte, loin de ses standards habituels. Son vêtement arborait un design excessivement simple, comme si elle voulait déjà signifier que l’heure n’était pas aux plus belles parures.

Elle se montra donc sur une petite estrade, et prit une profonde respiration. Le calme avait subitement pris sa place parmi l’assistance.

« Mes très chers sujets… », balbutia-t-elle. « L’heure est grave… »

Ces hésitations, ainsi que les premiers mots de la Reine avaient déjà semé le doute parmi le public. Luka observait de loin les visages défaits des personnes placées au premier rang, et resta ensuite murée dans son silence pendant de longues secondes. Elle se retourna ensuite vers Miku, qui posa sa main sur sa poitrine, comme pour lui faire passer un message.

Luka observa son amie, et lui signifia par un acquiescement qu’elle avait compris. Puis, elle s’avança de nouveau sur son promontoire.

« Mes chers amis et sujets ! Je ne veux rien nous cacher. Nous faisons aujourd’hui face à une menace, plus forte encore que celle que nous avons connue il y quinze ans. L’ennemi nous a déjà pris plusieurs villages, mais, je peux vous assurer qu’il ne nous mettra pas à terre. Et vous savez pourquoi ? Parce que je crois dans le courage des habitants du pays de Kuni, je crois en les capacités de la Garde royale. Je crois en cet esprit qui nous anime tous : nous ne laisserons jamais le champ libre à la cruauté. Alors, comme toujours, nous allons nous battre, montrer à cet ennemi d’un nouveau genre que rien ne nous fera tomber, que les barrières de Kyôu sont impénétrables, et que nous lutterons jusqu’à la dernière minute ! La commandante Miku et ses troupes sont déjà en train de préparer la défense de la ville et du pays, et de réfléchir à une contre-attaque. Je peux vous assurer que je ne laisserai plus le sang de mes sujets couler.

Je me souviens… Lorsque j’étais enfant, lorsque la Grande Guerre Magique a éclaté, personne n’aurait misé sur notre victoire, au vu de l’apparente supériorité des Magiciens. Et pourtant, quinze ans plus tard, nous sommes toujours là, debout et fiers. Alors, je veux passer un message à notre ennemi : vous voulez vous emparer de notre pays, le mettre à feu et à sang, mais préparez-vous, car ce ne sera pas une mince affaire. Les temps à venir seront difficiles, mais je suis convaincue, au plus profond de moi-même, que nous sortirons vainqueurs. Notre fierté et notre courage conduiront nos ennemis à la défaite ! »

La souveraine avait dissimulé une épée qu’elle dégaina rapidement à la vue de la foule, qui se mit à l’acclamer. Elle, d’habitude si calme et fragile, avait décidé de montrer un nouveau visage. Personne ne pouvait se permettre de s’attaquer à son peuple.

Elle salua la foule, puis retourna vers Miku, qui l’attendait le pouce levé. Son discours improvisé avait permis à la population d’oublier pendant un court instant ses craintes. En outre, le pays savait maintenant que l’état-major réagissait. La commandante de la Garde partit rapidement vers la caserne pour organiser les troupes de défense de la capitale, en prévision d’une prochaine attaque.

Partout dans la capitale, les soldats s’entraînaient d’arrache-pied, la motivation retrouvée. Rin et Len se trouvaient avec Gumi, tandis qu’Alys travaillait ses capacités au Koryu dans son coin, en tentant toujours de déchiffrer les notes de son père.

Au crépuscule, Miku s’empara également du sabre qui trônait fièrement dans son bureau :

- Maintenant, il est temps pour moi aussi de m’y mettre.

Toute la ville de Kyôu se trouvait désormais sur le pied de guerre, tandis qu’au village d’Hayashi, Fukase préparait sa prochaine attaque.

 

***

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Hakuro-Kaoru 01/07/2017 17:00

Ca ne m'étonne pas de Fukase, qu'il veuille d'abord montrer sa supériorité en prenant un autre village alors qu'il pouvait déjà gagner :p Et j'aime toujours ses changements d'humeur. Et Leora qui prend de plus en plus d'importance pour lui ^^
J'espère qu'il n'arrivera rien de grave à Yuma ^^' Je suis curieuse de voir sa mission d'infiltration.
Il y a un point que je trouve un peu bizarre, comme ça concerne mes jumeaux je vais développer mon avis. Corrige-moi si je me trompe mais dans le chapitre précédent, Kyuu et Roku avaient été touchés d'apprendre que Fukase avait vécu à peu près le même genre d'expériences qu'eux et voulaient essayer de lui faire changer d'avis, disant même que la fuite n'était pas encore une option. Mais dans ce chapitre, ils prennent la fuite subitement. J'ai l'impression qu'il manque quelque chose, un passage, entre ces deux parties, sinon ça fait un peu incohérent. Peut-être, par exemple, que Fukase a de nouveau fait des massacres plus que nécessaire dans la prise d'Hayashi et qu'ils n'arrivent plus à lui parler ? Ou si il n'y a pas de raison et que tu voulais vraiment jouer sur le fait que c'était une décision soudaine de Kyuu (je penche plus sur cette option vu le "finalement" de Roku, mais je ne suis pas sûre ^^'), je trouve qu'il manque une évocation sur leur précédente motivation qu'ils abandonnent, même quelque chose de très court. A moins que tu ne reviennes sur cette décision soudaine par après, je ne sais pas ce que tu as prévu.
Aussi, on dirait Luka prépare deux fois son discours x) A un moment elle planche avec Miku pour l'écrire, puis un peu plus loin Miku revient chez elle pour l'aider.
Je n'aime plus trop le personnage de Luka pour l'instant. Je la trouve incroyablement faible pour être à la tête de son pays, j'ai parfois envie de lui donner une claque XD En même temps c'est intéressant pour l'histoire et je comprends qu'il faut ce genre de personnages aussi, c'est juste que moi je l'aime moins. J'espère qu'on en saura un peu plus sur pourquoi elle a caché la vérité sur la barrière.
En tout cas je continue d'être très intéressée par ce qu'il se passe, j'ai hâte de lire la suite ^^

Jyôka Ryu 01/07/2017 17:33

Ouf, tu rattrapes bien en fait ^^ C'est cool de lire tes commentaires en tout cas !
Du coup, je vais répondre à ta question, en essayant de ne pas trop dévoiler. En fait, toute la partie sur Kyuu et Roku est encore en cours, et je compte encore revenir dessus dans les prochains chapitres (surtout dans le 21 normalement, il n'y a plus trop eu de chapitres centrés sur eux mais celui-là devrait l'être un peu plus^^). Donc, oui, tu as bien vu, c'est une décision rapide de Kyuu, et je compte revenir dessus par après (mais je vais éviter d'en dire trop pour ne pas spoiler^^). En fait, pour moi, ils ne savent plus trop quoi faire, ils sont un peu perdus entre leur attachement pour Fukase et le fait qu'ils ne cautionnent pas ses actions. D'où la réaction de Kyuu. Après, peut-être qu'il manque une petite évocation pour être plus clair... Mais, leur intrigue n'est pas encore terminée j'en garde encore sous la pédale en ce qui les concerne xD
Concernant, Luka, oui, elle planche en deux fois sur son discours. Ça peut faire un peu redite, mais pour moi, ça se passe en deux étapes. Dans un sens, j'aime plutôt bien le fait que tu n'aimes plus trop Luka pour l'instant. C'était un peu le but recherché xD
En fait, tout ton commentaire me donne encore plus envie de dévoiler la fin de la première partie^^ Il y aura des réponses à tes interrogations en tout cas x)