Sekai : Chapitre 19 - Love Is War

Publié le par Jyôka Ryu

Alys se tenait droite, au milieu d’une pièce sombre, éclairée par deux bougies déjà bien entamées. La salle d’entraînement qu’on lui avait attribuée était équipée d’une table et de deux simples chaises en bois. Le reste, d’une superficie de quelques mètres carrés restait désespérément vide. Sur la table basse était posé le livre de Monsieur Vo, ouvert environ à la moitié. On pouvait y voir de nombreuses notes manuscrites et quelques croquis. Les yeux clos, ses bras bringuebalaient le long de son corps. Elle tentait de reproduire les mouvements inscrits sur les schémas tracés par son père. Avant chaque prise fantôme, la villageoise prenait une longue respiration. Elle essayait de concentrer son énergie mais aucun résultat concluant ne ressortait pour l’instant de ses sessions d’entraînement. Elle finit donc par s’asseoir, la tête baissée, sur la minuscule chaise poussiéreuse, et se mit une nouvelle fois à feuilleter l’ouvrage.

Plusieurs fois, elle se remémorait l’épisode de la bataille d’Uchi, et la mort de ses proches. Puis, elle se rappelait qu’une grande partie du destin du pays reposait sur sa réussite. Souvent, elle essayait de rejeter cette idée, de peur qu’elle ne lui provoque un trop plein de pression, et se remettait au travail. Mais, après plusieurs heures de travail acharné sans la moindre issue, le moral était au plus bas.

C’est alors qu’une personne frappa lentement et délicatement à la porte. Alys sursauta. D’habitude, personne ne la dérangeait pendant son entraînement, de peur de venir troubler sa concentration. Cela la désolait d’ailleurs. Elle aurait bien aimé avoir une quelconque compagnie pendant les moments difficiles. Elle accusait encore le coup de la perte de sa famille. Rin et Len était bien présents le soir, mais eux aussi étaient préoccupés par leur entraînement avec Gumi. Ce qui résumait par conséquent leurs soirées à un sommeil relativement précoce.

La jeune femme à la tresse s’approcha prudemment de la porte d’entrée et l’ouvrit lentement. Elle aperçut ensuite dans la pénombre un jeune homme à lunettes familier, et poussa un soupir de soulagement.

- Désolé de vous déranger, chuchota le jeune homme.

Il bafouilla. Le bibliothécaire s’en voulait déjà de déranger l’apprentie guerrière durant ses mouvements et se cachait le visage par honte.

- Ce n’est rien... sourit Alys. « Entrez donc, Shirosaki. »

Le visage du garçon se marqua d’un sourire satisfait. « Elle se rappelle de mon nom ! » pensa-t-il, et il s’en réjouit. La Koryuiste remarqua l’expression de Yuudai, et lui fit la remarque :

- Pourquoi un tel sourire ?

- Euh… Pour rien, je suis juste heureux de vous revoir…

Il fouilla directement dans son sac, évitant par la même occasion le regard d’Alys, et en sortit un épais grimoire.

- Je suis venu vous apporter ceci. C’est un des rares livres sur le Koryu. Il était conservé dans la bibliothèque. Je me rappelais l’avoir lu, et je me suis dit que cela pourrait vous être utile.

La jeune femme fut très honorée par la sollicitude de Shirosaki. Celui-ci était d’ailleurs arrivé au meilleur moment, elle qui se sentait désespérément seule pour le moment. Ils s’installèrent donc à la simple tablée. Quelques gouttes de sueur perlaient le long du front d’Alys. Elle les essuya rapidement, puis lança un regard de désolation envers son invité.

- Ce n’est pas facile… commença-t-elle timidement. La villageoise n’était pas du genre à se plaindre, encore moins devant un homme qu’elle venait à peine de rencontrer, mais elle devait maintenant vider son sac.

- Je comprends, rétorqua Yuudai. « En tout cas, vous faites preuve d’un sacré courage pour vous embarquer dans cette mission. Cela force l’admiration ! »

Alys ne trouva pas quelle réponse apporter à son affirmation. A vrai dire, elle ne s’était jamais considérée comme une personne exceptionnelle, bien au contraire. Même si elle était l’une des dernières représentantes d’un art oublié, la ségrégation dont elle avait été victime dans sa jeunesse avait eu des répercussions sur sa confiance en elle. Et cela se ressentait encore à l’instant présent. Par ailleurs, Shirosaki était la première personne qu’elle rencontrait à faire preuve d’un véritable fanatisme envers les Koryuistes. Cela avait contribué à le rendre sympathique. La fille à la tresse croisait enfin quelqu’un qui ne la voyait ni comme un monstre, un être inférieur ou dangereux, ou encore une arme, Rin et Len mis à part.

Les deux jeunes adultes étaient installés de part et d’autre de la vieille table en bois. Alys s’était mise à consulter le grimoire fourni par le bibliothécaire, qui lui donnait par le même temps quelques compléments d’informations glanées au fil de ses lectures sur le Koryu. Puis, au fur et à mesure, la conversation gagna en profondeur. Tout d’abord, Alys en apprit davantage sur la vie et la personnalité de son nouvel ami, et également sur sa fascination pour le Koryu. Cela remontait à l’époque de la Grande Guerre Magique. Alors que son village était attaqué par la Guilde des Mages, et son père fait prisonnier, un pratiquant du Koryu l’avait sauvé des griffes de quelques magiciens qui voulaient attenter à sa vie. Pour le jeune garçon de cinq ans qu’il était, cela constituait une véritable révélation.

- Et votre père ? demanda Alys, quelque peu gênée.

- Malheureusement, il est mort durant la guerre, pendant une bataille. Ma mère ne s’en est jamais remise, et s’est éteinte à petit feu…

La jeune femme présenta directement ses excuses. Sous ses airs de garçon timide, Shirosaki cachait également un lourd passé. Comme la plupart des jeunes de Sekai dans la vingtaine, victimes collatérales du conflit. En effet, on ne comptait plus les familles qui avaient perdu un membre dans l’une des nombreuses batailles.

Shirosaki était d’assez frêle constitution. De ce fait, il abandonna rapidement l’idée de suivre les traces de son père et de rejoindre l’armée. Il était davantage passionné par l’art et les lettres. Alys découvrait devant elle une personne avec qui elle partageait étonnement énormément de points communs. Ainsi, ils passèrent plusieurs heures à discuter de choses et d’autres. La majorité de leurs sujets de discussion tournait autour de la musique et la littérature; deux domaines que les deux jeunes gens appréciaient particulièrement. Pendant plusieurs heures, Alys oublia la pression qui pesait sur ses épaules, mis de côté son rôle d’arme de la Garde royale, et retrouva tout simplement son statut d’être humain, avec ses passions, ses centres d’intérêt. Elle se retrouvait en face d’un homme particulièrement cultivé, et qui pourtant ne faisait pas étalage de ses connaissances. Yuudai restait en effet très modeste dans ses paroles.

Les heures passaient extrêmement rapidement. Absorbés par leur conversation, les deux nouveaux amis n’avaient même pas remarqué que le Soleil était déjà couché. Ce n’est que lorsque que les deux bougies de la pièce s’éteignirent qu’ils se rendirent compte du temps qu’ils avaient passé ensemble. Cette rencontre avait eu l’effet d’une bouffée d’air frais pour Alys, tandis que Yuudai paraissait très heureux d’avoir pu passer autant de temps en compagnie de la jeune femme.

Ils retournèrent ensuite dans le couloir silencieux de la caserne de la Garde royale. Face à face, ils se serrèrent tendrement et promirent de se retrouver rapidement.

Alys retourna dans sa chambre, en compagnie de Rin et Len, l’esprit encore dans les étoiles.

 

***

 

Dans la forêt qui bordait le village d’Hayashi, Yuma progressait lentement entre les fourrés. Il avançait en rampant, prenant soin de ne pas se faire repérer. Par chance, le village était entouré par de nombreux arbres d’assez grande taille, ainsi que de buissons. En outre, les hommes de Fukase n’avaient pas eu comme consignes d’agir de manière furtive. Ainsi, le lieutenant de la Garde royale pouvait les entendre approcher d’assez loin pour emprunter un autre itinéraire et donc, parvenir lentement à son objectif.

L’officier s’était mis dans l’idée de pratiquer une mission d’espionnage. Bien sûr, elle s’avérait particulièrement risquée, surtout qu’il se retrouvait seul. Mais, il espérait que Fukase et ses hommes soient davantage occupés par leur prise du village que par son éventuelle présence. Il pourrait ainsi obtenir plus d’informations sur l’organisation de sa guérilla, qui pourraient se révéler déterminantes pour la guerre qui s’annonçait. Cependant, ne disposant d’aucun renfort à proximité, il devait rester prudent. Son rôle dans l’état-major de la Garde était trop important pour qu’il prenne un risque trop important de se faire capturer. Il avait donc décidé de se faufiler dans le hameau en tant que simple observateur. Il éviterait ici les démarches un peu trop entreprenantes.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Yuma parvint au pied des remparts du village. Il était toujours couché sur le ventre (son équipement noir était d’ailleurs déjà bien marqué). Il s’accroupit derrière un large buisson et observa les environs. Le mur d’enceinte, si on pouvait l’appeler comme tel, était construit en bois, et disposait de quatre entrées situées aux points cardinaux, toutes gardées. Yuma patientait et réfléchit à une stratégie. Il ne pouvait pas attaquer l’un des postes de garde, il courrait le risque que celui-ci sonne l’alerte. Non, il devait se débrouiller pour entrer sans être vu. Sa seule solution était de forcer la muraille en bois. Pour ce faire, il partit se positionner au sud-est du village (alors qu’il se trouvait devant l’entrée est). Par chance, il remarqua que cette partie de l’enceinte était riche en végétation, et à peine surveillée. Comme les gardes de Fukase étaient postés aux quatre points cardinaux, même s’ils entendaient le bruit provoqué par Yuma quand il forcerait la muraille, ils prendraient un certain temps avant d’arriver sur les lieux. Le lieutenant dégaina donc son sabre et attaqua le mur en bois. Le bois utilisé était relativement ancien et commençait à pourrir, il put donc se permettre de ne pas trop forcer avant de s’ouvrir une brèche. Par prudence, il espaça de quelques minutes chaque coup de katana, pour éviter d’éveiller les soupçons. Après quelques instants, il parvint à se glisser à l’intérieur du village d’Hayashi. Première partie de la mission accomplie.

Yuma ne s’y était jamais rendu. Il progressa dans les rues du village, désertes, en rasant les murs. Au détour d’une rue, il croisa une patrouille armée, mais se dissimula derrière un tonneau placé là par le marchand de saké situé à proximité. Sans peine, il arriva à se frayer un chemin vers la place, où un spectacle bien funeste l’attendait.

Fukase se tenait debout, fier, malgré sa petite taille, devant la hutte du chef de village. A ses côtés, ses trois généraux, Kyo, Yuu et Wil restaient immobiles. En face d’eux étaient alignés ce qu’il restait de l’escadron de la Garde royale qui avait tenté de défendre Hayashi, une dizaine de soldats ensanglantés tout au plus.

Kyo tenait en joue le premier militaire de la file, et le persuada d’avancer en direction du chef.

Un large sourire s’inscrit sur le visage de Fukase :

- Bon, mon petit… On peut dire que tu te trouves dans une situation pour le moins désespérée...

Le soldat ne formula aucune réponse, mais expirait fortement. Des gouttes de sueur perlaient le long de son front.

- Je te laisse pourtant encore une chance de t’en tirer, poursuivit l’homme aux cheveux rouges. « Je me doute que la Reine Luka prépare en ce moment même la défense de sa capitale. Allons droit au but. Je veux toutes les informations en ta possession. Ni plus, ni moins. Ses stratégies de défense, tout ça… Tu dois bien savoir quelque chose ! »

Le silence régnait sur la plaine du forum. Le prisonnier restait cependant peu impressionné par son interlocuteur, et le fixa dans le blanc des yeux. Puis, il prononça calmement ces mots :

- Plutôt mourir...

Le sourire de Fukase ne s’était toujours pas effacé de son visage.

- Ça peut se régler !

D’un geste de la main, le chef ordonna à Wil de s’approcher du soldat. Le lieutenant approcha alors son pistolet de la tempe du prisonnier, et appuya sur la détente. Un immense flot de sang s’échappa du côté droit du crâne du soldat, qui s’écroula directement sur le sol poussiéreux, teinté maintenant de couleurs écarlates.

Wil retourna rapidement à sa place. Puis, Fukase s’écria :

- Quelqu’un d’autre est candidat au courage par ici ?

Yuma était resté caché derrière le mur d’une petite habitation située en bordure de la place, et observait l’exécution sommaire de loin. Au moment de la détonation, son ventre se mit à gargouiller. Il ressentait de la colère, de l’impuissance et du dégoût. Il déglutit difficilement. Pourtant, il se devait de rester à sa place. Pour l’instant, il se trouvait dans l’incapacité d’agir. Seul, il ne pouvait rien, d’autant plus qu’il s’agissait de la première fois qu’il voyait ce type d’armes être utilisé. Divers sentiments traversèrent son esprit, de la rage à la tristesse, en passant par la peur. Comment lutter contre un ennemi si puissant ?

A la suite passèrent les autres soldats. La même question leur était posée. Tous, par soucis de loyauté envers leur pays, refusèrent, et furent de la même façon sauvagement exécutés. Fukase et ses trois lieutenants avancèrent donc au travers des corps inertes et se posèrent fièrement devant le dernier soldat vivant. C’était un jeune homme de moyenne taille aux cheveux bruns foncés, coiffés en queue de cheval.

- Tu ne comptes pas faire la même bêtise que tes camarades, j’espère ? lui lança Fukase.

Les larmes coulaient le long des joues du jeune soldat.

- Non, Monsieur… Je viens de fonder une famille… Ma femme et mon fils m’attendent à la maison. Je veux les revoir… murmura-t-il lentement. Son discours était pétri d’hésitations.

L’interrogatoire fut soudainement interrompu par le retour de Leora, qui accompagnait les jumeaux Genshine. Kyuu et Roku baissèrent la tête. Le cadet observa cette macabre scène, et fut pris de nausées.

Où étiez-vous passés ? Vous n’avez pas tenté de vous enfuir tout de même ? demanda Fukase.

- Nous étions parti faire une ronde dans le village… rétorqua Kyuu. Leora affichait une mine assez dérangeante, et eut un petit rictus malicieux à l’égard des jumeaux.

- Et qui vous a demandé de faire une ronde ? C’est le rôle des soldats, ça ! pesta le chef. « Je commence à en avoir assez de votre insubordination. On en reparlera quand j’en aurai terminé ici… Prenez place à mes côtés. »

Leora s’installa rapidement à la droite de Fukase. Kyuu prit place, en compagnie de son frère à côté de la mercenaire.

- Euh… Sommes-nous obligés d’assister à tout cela ? interrogea timidement Roku.

Le plus jeune frère éprouvait les pires difficultés à voir se faire massacrer des innocents. Même si leur tuteur les avait engagés comme gardes du corps personnels, et leur donnait de temps à autres quelques missions d’assassinat. Roku exécrait la violence. Il tenait le coup en évitant de tuer le plus possible les cibles. Et, dans le cas d’une mission létale, il se disait que cette personne ne devait pas être innocente. Mais là, c’en était trop pour lui. 

- Mon cher Roku, tu es bien trop jeune et trop fragile. Aujourd’hui est une leçon, lui répondait Fukase. « Tu dois apprendre que rien dans la vie n’est juste. Et que la loi du plus fort prime ! Je t’ordonne de rester ici, les yeux grands ouverts. »

Le trentenaire se tourna ensuite vers le jeune soldat de la garde.

- Bon, reprenons, où en étions-nous ? Oui, c’est ça, en échange d’informations, je te garantis que je te laisse rejoindre ta famille. Qu’en penses-tu ?

Le prisonnier éclata en sanglots. Il ne voulait pas passer pour un traître, mais se remémorait le souvenir de la naissance de son enfant. Juste à ce moment, il tomba, le ventre contre le sol, et s’évanouit.

- Ils ne servent donc à rien, ces soldats ! Wil, liquide-le, il est inutile aussi !

Le lieutenant s’exécuta et braqua son arme à une quarantaine de centimètres au-dessus de la tête du soldat évanoui.

A ce moment, le sang de Yuma ne fit qu’un tour, mais il ne pouvait pas bouger d’un pouce. Dans son empressement, il se montra imprudent et marcha sur quelques branches d’arbres qui étaient déposées là. Le bruit attira l’attention de Fukase et ses hommes.

- Qu’est-ce qu’il se passe par là ? Un intrus !

Yuma était découvert. Wil s’empressa d’actionner la gâchette de son revolver. Alors que la détonation de l’arme à feu résonnait, Yuma prit directement la fuite, tandis que Fukase pesta violemment.

- Leora, poursuis-le, s’écria-t-il.

- A vos ordres ! Vous, venez avec moi ! lança-t-elle en direction de Kyuu et Roku.

Le lieutenant aux cheveux roses était connu pour sa rapidité. Si bien qu’avec les quelques mètres d’avance qu’il possédait, il était quasiment impossible pour quiconque de le rattraper. Les jumeaux Genshine s’avéraient être de bons coureurs, jeunes et rapides, mais leur état d’esprit n’était pas au beau fixe. Ils ne se montrèrent pas très efficaces. D’ailleurs, avaient-ils encore envie de poursuivre cet homme ? Depuis un bon moment, ils ressentaient l’idée d’appartenir au mauvais camp. Pourquoi encore s’échiner à assouvir les désirs de Fukase, vu son comportement actuel ? Toutes ces idées traversèrent l’esprit des deux frères, alors que Yuma prit rapidement la direction de la sortie d’Hayashi, avant de s’enfoncer dans la forêt. Leora avait bien tenté quelques techniques du Koryu pour le freiner. Sans succès.

Les trois subalternes retournèrent donc vers le forum du village, où Fukase les attendait, le visage rouge écarlate de colère.

- Désolé, patron. Il était bien trop rapide. Nous n’avons rien pu faire… s’attristait Leora.

- Mais qui était cet homme ?

- Je l’ai déjà vu, lors de notre dernière opération à Kyôu. Il s’agit d’un lieutenant de la Garde royale, l’un des assistants de la commandante. Un membre important de l’état-major…

Fukase dégaina un petit couteau, placé dans un fourreau situé à se cuisse droite. Il s’écria entre ses dents :

- Il ne paie rien pour attendre, celui-là.

 

***
 

A la caserne de la Garde royale, les jumeaux Kagamine traversaient les couloirs sombres en compagnie de Gumi. En l’absence de Yuma, la guerrière avait été chargée de l’entraînement de Len. Celui-ci en avait d’ailleurs accusé le coup. Sa nouvelle préceptrice se montrait encore plus sévère avec lui, il était d’ailleurs revenu de sa dernière passe d’armes avec elle trempé par la transpiration. De son côté, Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher, apprenait les rudiments de la stratégie militaire avec son ancien professeur. Gumi était moins un peu douée que Miku dans ce domaine, mais la commandante de la Garde était bien trop occupée à organiser les défenses de la capitale en prévision de l’attaque de Fukase que pour éduquer une recrue. Pourtant, elle avait décelé chez Rin une certaine intelligence stratégique qu’elle se devait d’utiliser. Couplée à ses connaissances sur les armes de l’ennemi, la jeune adolescente pourrait être d’une aide cruciale pendant les batailles.

Les jumeaux avaient d’ailleurs discuté de leur situation et de leur implication dans le conflit la veille. Ils étaient arrivés à la conclusion que, malgré leur inexpérience, participer au combat était la meilleure manière pour eux de trouver un chemin vers leur monde. Ils étaient désormais certains que Fukase et les Genshine étaient originaires de chez eux. Par conséquent, ils devaient disposer d’un moyen pour voyager entre les univers. C’était là leur objectif, au grand dam d’Alys d’ailleurs, qui devait se mettre à l’évidence. Ses deux nouveaux amis finiraient bien par la quitter.

Les jumeaux blonds et la guerrière à la tenue orange pénétrèrent donc dans la cour centrale de la caserne. Le Soleil venait de se coucher, tous les soldats étaient déjà rentrés dans leurs dortoirs respectifs, et on pouvait entendre le souffle du vent dans le patio. Tous les trois aperçurent soudain une silhouette familière gigotant dans tous les sens, pratiquant çà et là des mouvements relativement compliqués, et bondissant parfois majestueusement. La chevelure turquoise de la guerrière qui s’entraînait devant eux vagabondait au fil de ses déplacements. La lumière blanche de la Lune reflétait sur son visage. Rin et Len furent étonnés : il s’agissait de la première fois qu’ils voyaient Miku à l’œuvre, et il fallait bien avouer qu’elle se montrait impressionnante. Tout était juste. Ses mouvements étaient précis, sans fioriture, ni geste inutile. Gumi, elle, gardait un air sérieux, quoique légèrement inquiet.

Lorsqu’elle vit ses trois subalternes s’approcher d’elle, Miku s’arrêta net. Son visage restait fermé. Elle s’avança alors vers Gumi, sentant que celle-ci avait quelque chose à confier :

- Eh bien, ça fait longtemps que je vous ai vu vous entraîner avec une telle fougue.

Miku restait calme, et gratifia Rin et Len d’un léger regard.

- On ne sait jamais Gumi. L’heure est grave. On n’est jamais trop prudent !

- Ne me dites pas que vous vous inquiétez, vous ? s’interloqua la lieutenante.

Je n’aime pas cette impression… Mais, je dois être honnête… Oui, je suis inquiète…

Les Kagamine restèrent cois. La commandante, qui était d’habitude si sûre d’elle, si entreprenante, paraissait maintenant complètement perdue. Rin réfléchissait. La jeune fille fit preuve de compassion. Miku avait dû faire face à la pression ces derniers temps. La défense et la sécurité de tout le pays reposait presque entièrement sur ses épaules. Elle représentait également une confidente pour la Reine Luka, qui lui faisait part de tous ses questionnements. Son rôle de commandante et de conseillère devait commencer à lui peser, d’autant plus qu’elle ne laissait jamais rien transparaître et restait en tout temps impassible.

Rin s’avança vers la patronne :

- Vous savez… Je pense que c’est normal de ressentir cette impression. Mais, soyez certaine d’une chose. Vous n’êtes pas seule. Le destin du pays ne repose pas uniquement sur vous, mais sur toute l’armée. Si nous agissons tous ensemble, nous pourrons trouver une issue à ce conflit.

La jeune femme retrouva subrepticement le sourire. Gumi éprouvait des sentiments contraires. En effet, personne n’avait jamais osé se montrer aussi proche de la commandante. Mais, d’un autre côté, c’était peut-être ce dont Miku avait besoin pour le moment.

- Merci Rin. Cela me fait chaud au cœur.

Les quatre guerriers furent soudainement interrompus par le bruit du galop d’un cheval qui s’immobilisa au centre de la cour. Yuma le chevauchait. Il descendit rapidement, et effectua un salut furtif en direction de Miku.

- Yuma ! s’écria-t-elle. « Déjà de retour ? ».

Le guerrier à l’armure noire ne perdit pas de temps. Il informa directement ses collègues de la fuite de quelques villageois, ainsi que de sa tentative d’intrusion dans Hayashi. Il aborda également le sujet fâcheux de la puissance de l’armée ennemie, ainsi que de la mégalomanie manifeste de son leader. Les mots de son discours laissaient transparaître également une certaine crainte.     

- Ce type est un malade… Si nous ne l’arrêtons pas, nous courrons à la catastrophe…

- Je vois… rétorqua Miku. « Notre seul espoir pour l’instant est qu’Alys parvienne à maîtriser les techniques de son père. Je suis allée la voir toute à l’heure. Elle m’expliquait avoir fait pas mal de progrès, mais avait encore besoin de temps. Cela risque d’être juste…

- Il y a une autre chose, interrompit Yuma. « Il me semble également déceler des dissensions dans son groupe. »

- Des dissensions ? Que veux-tu dire par là ? demanda Miku, alors que Gumi, Rin et Len restaient attentifs.

- Surtout avec les jumeaux que nous avions déjà croisés. Je pense qu’ils ne soutiennent pas totalement les actions de leur maître. Tout cela pour dire que cet homme ne sera peut-être pas suivi tout le temps par son armée… ajouta-t-il en faisant référence à la scène dont il avait était témoin quelques heures plus tôt.

Cette dernière remarque fit sursauter Rin et Len. Il y a quelques temps, les jumeaux avaient déjà eu une discussion à propos des frères aux cheveux verts. Rin se sentait relativement proche d’eux et ne pouvait l’expliquer. Elle semblait également émettre l’hypothèse qu’ils n’étaient pas si mauvais.

- De toute façon, occupons-nous d’abord de notre camp. Nous n’avons que faire du leur, conclut Miku.

Il faisait désormais nuit noire, et la tension était remontée d’un coup. Tous remontèrent tranquillement dans leurs quartiers : Miku la première, suivie par Gumi et Yuma qui s’effleurèrent rapidement la main, puis Rin et Len, plongés dans leurs pensées.

 

***
 


Quelques jours plus tard, les jumeaux reprenaient une nouvelle fois le chemin de leur chambre après leur session d’entraînement. Rin poussa directement la porte d’entrée et surprit Alys, qui était accompagnée de Shirosaki Yuudai.

Alys et Shirosaki étaient tranquillement assis sur le lit de la jeune femme à la tresse, et étaient en train de discuter.

- Désolée de vous avoir dérangés… Je pensais que tu étais seule, Alys, s’excusa Rin.

Le bibliothécaire restait muet, se cachant parfois le visage avec sa main.

- Ce n’est pas grave, rétorqua Alys. Elle ne savait pas trop quoi ajouter.

Shirosaki se leva alors, préférant laisser la place aux jumeaux, qui avaient bien besoin de se reposer.

- Je vais retourner à la bibliothèque, dit-il. « Pardonnez-moi pour le dérangement ».  Il salua ensuite respectueusement Rin et Len. Puis, il s’approcha d’Alys, s’immobilisa quelques secondes. Leurs regards se croisèrent. Puis, il la salua calmement et prit congé.

Rin attendit que le jeune garçon ait pris ses distances d’avec la chambre, et lança à Alys :

- Tu es souvent avec lui, ces derniers temps… commença-t-elle dans un sourire. « Il ne se tramerait pas quelque chose ? »

Alys restait pétrifiée, quelque peu gênée…

- Il m’est d’une grande aide dans mon étude du Koryu. Il est très érudit, se justifia-t-elle, avant de marquer une pause. « En fait, on a pas mal de choses en commun, et il est très gentil… »

La blondinette se retourna vers son frère, qui lui s’était couché dans sur sa paillasse, n’écoutant que peu ou prou la conversation.

- Je pense qu’elle en pince pour lui… lui murmura-t-elle.

- Rin ! s’écria Alys.   

- Ben quoi ? Ce n’est pas si grave ! Tu peux l’avouer !

- Ce n’est pas le moment de penser à ça… Je suis très occupée pour l’instant, et il m’aide beaucoup.

Rin préféra dès lors remettre cette discussion à plus tard. Len commençait à fatiguer et était proche de trouver le sommeil.

- D’accord, j’arrête de te taquiner… Mais on en reparlera !

Alys resta muette.

 

***

 

La nuit se déroula dans le plus grand des calmes. Toutefois, tôt le lendemain matin, tous furent réveillés par le son des cornes qui donnait l’alerte dans la cité de Kyôu. Quelques secondes plus tard, quelqu’un vint tambouriner à la porte des trois amis. Il s’agissait de Gumi et Yuma. Rin ouvrit la porte et découvrir les deux précepteurs le visage pétrifié.

- Levez-vous, c’est urgent. On signale des mouvements de troupes ennemies dans les environs de la capitale. Descendez vite !

Alys, Rin et Len préparèrent rapidement leurs affaires et se rendirent immédiatement au lieu de rendez-vous, devant la caserne de la Garde royale.

A quelques centaines de mètres de là, l’armée de Fukase progressait rapidement à travers la plaine qui entourait la cité. L’homme à la canne et aux cheveux rouges était posté sur une colline environnante, d’où il profitait d’un splendide point de vue, chevauchant un majestueux étalon blanc. Il était entouré par ses trois lieutenants, ainsi que par Leora qui surveillait de très près les frères Genshine.

- Let’s play now ! s’écria Fukase dans un rire sadique.

 

***
 

Publié dans Sekai

Commenter cet article

Hakuro-Kaoru 22/07/2017 14:01

Ca m'embête qu'ALYS passe des heures à discuter avec Shirosaki au lieu de s'entraîner, beaucoup de choses reposent sur elle ! A la limite une petite pause pour pouvoir se ressourcer et être plus efficace. Mais pas des heures et des heures, là j'ai eu plus l'impression d'être face à une adolescente qui préfère tout faire sauf "étudier". J'espère pour elle qui ça ne va pas l'empêcher d'être prête car l'armée est là à la fin du chapitre, y a plus le temps ! XD
J'ai beaucoup aimé la scène où Fukase tue les soldats. Il est tellement sûr de son pouvoir, il devient vraiment de plus en plus cruel (ou il l'était déjà avant mais il n'avait pas de telles occasions de le montrer x) ). En plus qu'il dit que c'est une leçon à Roku, je trouve ça bien amené. Ca me fait même me demander si les Genshine sont vraiment les seuls à être troublés par ces agissements. Will, Kyo et Yuu sont des recrues très récentes, je me demande ce qu'ils pensent de tout ça, je me rends compte qu'on ne sait pas grand chose d'eux. Mais à mon avis la plupart des soldats sous les ordres de Fukase sont assoiffés de bagarres et de sang ^^'
Je suis contente que Yuma s'en soit tiré, je m'inquiétais un peu pour lui x)
Allez, je vais lire la suite, je ne peux pas m'arrêter sur l'arrivée de Fukase :p