Sekai : Chapitre 20 - Espoir

Publié le par Jyôka Ryu

Alys, Rin, Len, Gumi et Yuma avaient rejoint Miku, ainsi qu’une partie de l’armée juste devant l’entrée de la caserne de la Garde royale. Partout dans la ville de Kyôu, on pouvait entendre les sirènes qui donnaient l’alerte aux habitants. La panique régnait. Les résidents du quartier noble se pressaient devant le Palais Royal, en espérant trouver davantage de sécurité à l’intérieur de la forteresse. Le chaos était de mise dans toute la ville. Des hordes de soldats déambulaient dans les rues en se dirigeant vers les remparts ouest, d’où venait l’attaque, au milieu des citoyens en panique.

 

Quelques minutes plus tôt, la commandante avait observé la dispersion de son armée. Malheureusement, elle n’avait pas eu le temps nécessaire pour établir une véritable stratégie de défense des citoyens. Ainsi, elle ne sût que faire pour contrôler la panique ambiante; elle avait, en effet, concentré tous ses efforts au maintien des murs de la ville. En aucun cas la guérilla ennemie ne devait pénétrer l’enceinte de Kyôu.

 

Cependant, la patronne devait bien avouer qu’elle ne s’attendait pas à une attaque aussi immédiate. Elle se retourna ensuite vers Alys, et lui posa une question, son regard cherchant un peu de réconfort, et espérant une bonne nouvelle:

 

- Où en es-tu avec la technique du Koryu ?

 

Alys baissa la tête.

 

- Malheureusement, je n’ai pas eu suffisamment de temps pour la perfectionner. Je fais des progrès, mais c’est extrêmement difficile, tentait-elle de se justifier.

- Tu peux protéger combien de personnes environ, demanda Miku dans un élan de logique. Elle essayait de rester impassible, faisant fi de ce qui se déroulait à quelques dizaines de mètres d’elle.

- Je peux étendre le bouclier de protection sur une dizaine de mètres… Donc, je dirai quinze à vingt personnes.

 

Miku réfléchit. Ce nombre était bien trop insuffisant que pour pratiquer l’idée initiale de son plan. Alys n’était pas en mesure de se poster devant les remparts, et de former son bouclier, annihilant par conséquent les attaques ennemies.

 

- Tu te rendras près de la Reine, dans ce cas… conclut la commandante. « Protège-là à tout prix. Elle est le seul espoir qu’il nous reste. Si l’autre taré la capture, c’est terminé. »

 

La jeune femme du village d’Uchi réagit à l’expression « à tout prix ». Dès à présent, elle ressentait tout le poids de la guerre sur ses épaules, ce qui lui apportait un regain de pression. Mais, elle avait accepté les ordres de Miku, et il s’agissait désormais de son fardeau.

 

La commandante se tourna ensuite vers les autres membres de son état-major. Elle ordonna donc à Gumi, Yuma et Len de se poster en gardes devant les entrées du quartier noble, et de sonner l’alerte en cas de comportement suspect. Elle fixa ensuite le jeune garçon blond.

 

- Ça ira, Len ? Tu es prêt ?

 

Le blondinet ne sut pas quelle réponse apporter.

 

- Il a fait pas mal de progrès. Et puis, il a déjà assisté à quelques combats. Il se débrouillera, interrompit Gumi.

- Je vois… fit Miku.

- Tu n’as pas été trop dure avec lui, pendant mon absence, hein Gumi ? demanda Yuma.

- Certainement plus dure que toi. Mais, ce n’est pas bien difficile et ce n’est pas plus mal. Ça lui apprend la vie. Maintenant, il est prêt. De toute façon, nous n’avons pas trop le choix. Nous ne l’avons pas entraîné aux manœuvres de groupe. Il ne pourra s’en sortir qu’en combat individuel, pour l’instant. Il vaut mieux le mettre à ce poste de garde.

 

Len, de son côté, pratiquait de longues et bruyantes respirations, trahissant son état d’esprit. Yuma s’approcha de lui et lui donna une légère claque sur l’épaule, puis lui fit un clin d’œil. Sans prononcer un mot, il parvint à instaurer un peu de confiance dans l’esprit de Len.

 

Miku eût ensuite un regard vers Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher.

 

- Rin, tu ne peux pas combattre dans ces conditions malheureusement… Reste au Palais Royal avec la Reine et Alys.

 

La sœur acquiesça gentiment. Elle n’avait pas d’autre choix. Puis, la patronne se rapprocha de son oreille droite et lui murmura:

 

- J’espère que ton idée va fonctionner… Nous avons déjà tout mis en place aux remparts ouest. J’ai hâte de voir ce que ça donne !

 

Rin sourit brièvement, puis prit le chemin du château de la Reine en compagnie d’Alys.

 

- Dispersez-vous, hurla Miku. « Et bonne chance ».

 

La guerrière aux cheveux turquoise prit ensuite la route vers la partie occidentale de la capitale. Arrivée aux murs, elle observa au loin l’armée de Fukase, et se tenait debout sur les remparts, la main droite posée sur son sabre dans son fourreau.

 

- Qu’ils viennent ! On les attend !

 

***

 

Jusqu’à présent, la plaine qui entourait la cité de Kyôu demeurait assez calme. Le Soleil venait de se lever, la rosée perlait encore sur les petites brindilles d’herbe, alors qu’un léger vent soufflait. Au loin, on pouvait entendre l’effroi dont souffraient les citadins derrière les murs. Fukase se tenait au-dessus de son armée, légèrement en retrait, sur une légère colline, et assis sur fidèle cheval blanc. Il souriait. Ce moment qu’il attendait depuis extrêmement longtemps était enfin venu. La bataille allait enfin débuter.

 

Pour l’instant, ses soldats ne bougeaient pas d’un pouce. Il leur avait ordonné de patienter et d’attendre une réaction de l’adversaire avant de lancer l’assaut. Quelques minutes plus tard, les deux armées se firent face. La Garde royale restait cependant à l’abri derrière ses murs. Elle n’avait aucun intérêt à commencer les combats. L’armée de Fukase était disposée de la manière suivante: les soldats équipés de fusils d’assaut formaient la première ligne, suivis de près par les soldats armés de pistolets. Les snipers étaient postés un peu plus vers l’arrière. Le but initial du chef était d’utiliser les tireurs d’élite pour liquider les soldats ennemis placés sur les remparts de la ville. Ainsi, le reste de sa troupe pouvait infiltrer relativement facilement Kyôu, et prendre le pouvoir. Cependant, il avait omis un léger détail. La géologie de la région ne se prêtait pas à une telle stratégie. En effet, hormis la petite colline sur laquelle il s’était installé en compagnie de Leora, Kyuu et Roku, la géographie du lieu se révélait assez plate. De ce fait, les snipers ne disposaient d’aucun point d’attaque satisfaisant, et devraient dès lors tenter d’attaquer l’ennemi en étant postés à l’arrière-garde. Ce qui ne s’avérait pas très pratique.

 

Alors que l’armée de Fukase patientait, la Garde royale se mit en formation. Comme prévu par l’homme aux cheveux rouges, la commandante Miku avait placé un certain nombre d’archers sur les remparts ouest de la ville. Toutefois, quelques minutes plus tard, l’ennemi vit apparaître une pléthore de catapultes. Miku ordonna le lancement du premier projectile, qui, en plus de sonner le départ de l’attaque, surprit grandement l’ennemi.

 

- Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria Fukase, du haut de son cheval. Son visage devint soudain écarlate.

 

Leora eût également une mine surprise, tandis que les frères Genshine restaient impassibles. « En tout cas, ils nous ont bien caché cela. Je n’ai jamais vu ces armes quand j’espionnais le Palais Royal » se justifia la mercenaire.

 

- Ils n’ont pas pu construire cela en quelques jours ! s’écria Fukase. « Décidément, vous n’avez pas réfléchi », ajouta-t-il en direction de Leora et des jumeaux.

 

Il tentait de faire passer la faute sur ses subalternes, ce qui énervait passablement Kyuu. « Il aurait également pu y penser… » jugea-t-il. Il ne réagissait cependant aucunement, tout comme Roku, et gardait sa colère pour lui. Les jumeaux ne faisaient désormais plus qu’acte de présence. Les derniers soucis connus avec leur tuteur continuaient à peser dans leurs pensées. Ils le suivaient, sans trop savoir pourquoi, peut-être espéraient-ils pouvoir encore mettre un terme à cette situation. 

 

Sur un ton de colère, le leader de la guérilla ordonna aux snipers de liquider le plus de soldats possibles. Dans un deuxième temps, il exhorta la première ligne de pratiquer un assaut vers les murs de la capitale. Ses soldats se lancèrent dans un vacarme assourdissant. Si les snipers parvinrent à tuer quelques ennemis, la première ligne n’eut pas la même réussite. En effet, malgré l’aspect rudimentaire des catapultes (surtout en comparaison avec les armes de Fukase), ces machines se montraient les plus efficaces dans l’instant présent.

 

De son côté, Miku voyageait près du parapet, et observait le résultat des balistes. Elle sourit en voyant que les soldats ennemis faisaient marche arrière. Jusqu’à présent, l’espoir était de mise. La Garde royale faisait mieux que simplement résister face à un ennemi si puissant.

 

- Il faudra que je pense à remercier Rin. C’était une bonne idée, ces catapultes ! lâcha-t-elle.

 

Dans sa hâte, elle ordonna ensuite aux archers de se mettre en position d’attaque. Il ne fallait pas perdre cet avantage, et infliger le plus de dommages possible pendant qu’ils en avaient encore l’occasion.

 

La patronne leva le bras et donna le signal. En quelques secondes, plusieurs centaines de flèches traversèrent la plaine de part en part. Certaines vinrent se loger dans le crâne de plusieurs soldats de Fukase, qui s’écroulèrent alors sur le sol vert, en lâchant leur dernier soupir.

 

Le trentenaire descendit alors de son cheval en rage. Il n’eut cure de la vie de ses soldats, il considérait cette attaque comme une défaite personnelle, et cela touchait particulièrement son ego. Il se rendit près de ses troupes.

 

- Attaquez, bandes d’incapables! Qu’est-ce que vous attendez ? vociféra-t-il.

 

Un simple soldat prit la parole, au nom de tous ses collègues:

 

- Mais Monsieur, si nous attaquons dans ces conditions, nous courrons droit à la catastrophe!

 

Fukase se retourna brusquement sur son interlocuteur, et sortit de sa poche un six-coups en argent, qu’il braqua immédiatement sur lui. Il n’attendait aucune réponse, et appuya immédiatement sur la gâchette.

 

- Je ne veux plus jamais entendre de tels propos ! C’est bien compris ?! hurla-t-il à l’adresse des autres soldats.

 

Kyuu et Roku assistèrent au triste spectacle. Le cadet baissait la tête, ses yeux brillaient à cause de ses légères larmes, alors que l’aîné observait les remparts de la cité, comme s’il cherchait une issue.

 

L’homme au costume blanc retourna ensuite à sa place, encore sous le choc. Alors qu’il s’apprêtait à lancer un nouvel assaut, il fut interrompu par Leora.

 

- Attendez patron, je crois que j’ai une idée, déclara-t-elle le sourire aux lèvres en désignant le sac à dos qu’elle portait. « Si vous me laissez quelques minutes, je peux vous sortir de cette situation embarrassante. »

 

Fukase retrouva soudainement le sourire. Il ignorait le contenu du sac, mais avait toute confiance en la Koryuiste.

 

- Allez-y, ma chère. J’ai hâte de voir ce que vous avez prévu, rétorqua le chef d’un calme olympien, comme s’il ne s’était rien passé quelques secondes auparavant.

 

Leora descendit donc de son cheval, et se concentra. Elle retira le sac de son dos et l’ouvrit. Elle ferma ensuite les yeux. Un léger voile blanc se forma tout le long de son corps. Puis, elle se dirigea à une vitesse folle vers les remparts. Les catapultes de la Garde royale continuaient à lancer leurs pierres, mais Leora les esquiva facilement grâce au Koryu. Fukase et son armée assistèrent à la scène, impressionnés. La guerrière parcourut tout le champ de bataille en quelques dizaines de secondes. Les archers présents sur les remparts la visaient mais Leora zigzaguait sans cesse à travers la plaine, de sorte qu’il fut impossible aux soldats du pays de Kuni de se concentrer pour l’atteindre. Elle parvint finalement à accéder aux catapultes. Fukase ne voyait plus très bien ce qu’il se passait, mais, quelques instants plus tard, une violente explosion retentit, détruisant la première baliste, située le plus à gauche. Ensuite, Leora détruisit une à une les différentes catapultes, en y plaçant à chaque fois quelques bâtons de dynamite, après avoir calmement liquidé les soldats qui s’activaient au fonctionnement des engins. La panique régnait dans leur camp. La plupart n’eurent même pas le temps de dégainer leur sabre que la guerrière rouge les avait déjà attaqués. Les archers placés plus haut continuaient de décocher leurs flèches. Sans succès.

 

Miku pestait. Elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient au bas des remparts dans le but de se confronter à Leora. Toutefois, elle avait été surprise par cette stratégie. Si bien, que, quand elle se retrouva tout en bas, la mercenaire avait déjà fait son effet et avait disparu. La patronne poussa un énorme cri, maudissant cette armée ennemie, et surtout cette adepte du Koryu. Elle râlait également sur elle-même : peut-être qu’Alys aurait pu se révéler d’une grande aide dans la défense, bien qu’elle ne s’élevait pas au même niveau que Leora, à cause de son manque d’entraînement. Toutefois, elle avait préféré l’assigner à la défense de la Reine. C’était au final une erreur.

 

Leora rejoignit rapidement son camp, et vit Fukase reprendre soudainement le sourire aux lèvres. S’il n’était pas peu tactile, il l’aurait déjà serré dans ses bras.

 

- Bon travail, ma chère ! lança-t-il. « Ah, que je ne regrette pas de vous avoir engagée ! »

 

La mercenaire apprécia la remarque de son patron, mais avait encore l’esprit occupé par la bataille en cours.

 

Le chef se tourna ensuite vers Kyuu et Roku, qui restèrent immobiles, impressionnés. Même s’ils ne l’appréciaient pas, ils devaient bien avouer qu’elle s’était montrée efficace.

 

- Vous avez vu ça, mes petits ! dit Fukase. « Ce sont des choses comme ça que je vous demande ! »

 

Roku n’écoutait qu’à moitié les remarques de son tuteur. Depuis quelques temps, son esprit était embrumé. Il ne savait pas comment agir. S’il éprouvait toujours de l’attachement pour Fukase, il désirait également s’éloigner de lui, il ne voulait pas participer à de tels actes. En outre, la mégalomanie et la cruauté découverte de son maître commençait à peser énormément sur sa conscience et sur celle de Kyuu. Mais les jumeaux restaient prisonniers de leurs souvenirs et de leur inclination envers Fukase. Cette dichotomie avait des répercussions sur leurs actes récents. Preuve en est leur récente tentative de fuite. Sur un coup de tête, l’aîné avait décidé de quitter Fukase, même si cela ne pouvait être que temporaire. Il avait jugé que son frère et lui avait besoin de s’éloigner de lui quelques temps, ne fut-ce que pour se protéger. Même si les jumeaux désiraient plus que tout aider leur maître, ils souffraient de sa mauvaise influence. Mais désormais, c’en était trop. Il fallait agir. Ainsi, Kyuu prit la parole, pour faire ressortir ce que, son frère et lui, avaient à l’esprit depuis quelques temps.

 

- Si c’est de la cruauté pure que vous cherchez. On ne pourra rien pour vous ! On veut bien vous aider, mais à quoi cela rime-t-il ?

- C’est la guerre, mon cher Kyuu ! C’est comme ça. Je ferai payer à Luka et je suis près du but !

 

Ces dernières phrases prononcées, il urgea ses trois généraux de lancer l’assaut. Toutes les troupes de Fukase s’élancèrent donc vers la plaine et se dirigèrent vers la muraille. Après quelques secondes, les snipers disposaient d’un bon point d’attaque et commencèrent à liquider les archers. Quelques flèches blessèrent les soldats aux armes à feu, mais le nombre de pertes était relativement faible, surtout en comparaison du nombre de tués dans l’autre camp. L’espoir dont avait bénéficié la Garde royale avait été de courte durée. Leur stratégie de défense était pour l’instant vouée à l’échec. Miku, postée au bas de la muraille, priait pour que les solides murs de la cité tiennent le coup face à une telle puissance.

 

Quelques minutes plus tard, plusieurs dizaines de soldats se pressèrent devant la porte d’entrée de la ville. Celle-ci était construite en fer. Si elle pouvait facilement résister aux assauts des armées conventionnelles, elle n’était cependant pas conçue pour supporter ces armes d’un genre nouveau. Miku et Rin le savaient, c’était même pour cette raison que cette dernière avait élaboré la stratégie des catapultes. Ainsi, les soldats armés de fusils d’assaut ne traînèrent pas à détruire les gonds et à faire tomber la porte de la capitale, sous les yeux désabusés des Gardes royaux. Que faire maintenant ? Devaient-ils lutter jusqu’à la mort ?

 

Fukase venait d’entrer dans la capitale.

 

***

L’ouest du quartier populaire fut le premier attaqué. Les soldats ennemis envahirent les rues à une vitesse prodigieuse. Ils se dispersaient à travers les étroites ruelles aussi vite qu’une araignée tissait sa toile. Le massacre avait véritablement commencé. Les habitants innocents essayaient de s’enfermer chez eux, dans l’espoir que les ennemis passent devant leur maison sans y prêter attention. Mais les soldats de Fukase tiraient à tout bout de champ. Ils n’avaient cure de savoir si leurs cibles étaient des militaires ou des civils. L’objectif était de montrer qu’ils prenaient la ville. Les éclats de sang et les cris de détresse fusaient un peu partout. Çà et là, on pouvait voir des enfants pleurer à même le sol devant les corps inanimés des membres de leur famille.

 

Les soldats de l’armée de Kuni tentaient de résister. Certains parvenaient à toucher les ennemis grâce à leur sabre, mais il s’agissait souvent de leur dernière action. La plupart du temps, un autre soldat armé les exécutait sur place.

 

Miku observa cette scène atroce, toujours placée près des remparts. La commandante était complètement perdue. Elle ignorait les instructions à donner à ses subalternes. La patronne se dissimula derrière un mur quelques secondes et reprit ses esprits. Elle ne devait pas succomber à la pression. Après mûre réflexion, elle se dirigea furtivement vers l’entrée du quartier noble, où l’attendaient Gumi, Yuma et Len. Les habitants du quartier populaire tentaient également de rejoindre cette partie de la ville, plus sûre. Le dernier espoir du pays tenait dans le maintien de ce territoire. Si la Garde Royale parvenait à juguler l’avancée de Fukase à cet endroit, celui-ci ne  pourrait pas atteindre son objectif. Et puis, il fallait protéger la Reine. En outre, une partie de l’armée de Kuni était encore stationnée à cet endroit, en cas de coup dur.

 

Derrière, à l’entrée de la ville, le patron aux cheveux rouges observait sa toute-puissance. A ses côtés se trouvaient Leora et les jumeaux Genshine. La mercenaire fit un léger signe à son chef. Elle voulait participer plus activement à la prise de la capitale. Dans un sourire, Fukase lui permit d’avancer seule. Elle se dirigea alors vers les entrailles de la ville.

 

Kyuu et Roku, au contraire, restèrent cois. Ils observaient les expressions malsaines de leur tuteur, et s’échangèrent plusieurs regards.

 

- Monsieur ? murmura timidement le cadet.

 

Au début, Fukase ne l’avait même pas entendu, trop absorbé par le spectacle qui lui était fourni. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives que Roku parvint enfin à attirer son attention.

 

- Qu’y-a-t-il, Roku ?

- Vous êtes certains que tout cela est nécéssaire ?

- Voyons, Roku. C’est ce que j’ai attendu toutes ses années ! Je prends enfin ma revanche. Tous ces sacrifices ne sont pas vains finalement !

- Mais… continua Roku. « Votre but, c’est la Reine… Pourquoi un tel massacre ? Nous avons clairement le dessus. Pourquoi ne pas se rendre directement au Palais Royal ?

- Que veux-tu dire ? interrogea l’homme à la canne en forme de clown.

 

Le plus jeune des frères fit vagabonder son regard dans le vide pendant quelques instants. Puis, il eût un coup d'œil vers son jumeau. Il était temps de faire preuve de courage devant son maître.

 

- Monsieur. Je ne cautionne pas ces actes. Nous vous avons suivi pendant toutes ses années, parce que nous croyons en vous. Mais, ces derniers temps… Je ne vois pas en quoi tous ces massacres sont nécessaires ! hésita-t-il.

- C’est ma vengeance contre ce monde ! vociféra Fukase.

 

Il observa ensuite Kyuu, qui n’avait pas encore pipé mot, se contentant de regarder son frère, étonné.

 

- C’est également ton opinion, Kyuu ?

- … Oui, je suis d’accord avec mon frère. Nous n’avons jamais voulu ça.

 

Fukase marqua un instant de pause: « Vous me décevez… Énormément ! souffla-t-il. Puis, il reprit sa route vers le centre de la ville, seul, chevauchant toujours son cheval blanc.

 

A cet instant, quelque chose s’était définitivement brisé dans la relation entre Fukase et les jumeaux. Le patron avait préféré prendre la fuite, encore trop englué dans sa mégalomanie. Kyuu et Roku étaient complètement perdus. Dans leur esprit revenaient les souvenirs de ce qu’ils avaient vécu durant leur enfance. Désormais, ils se retrouvaient de nouveau seuls. Que faire maintenant ? L’esprit embrouillé, ils reprirent leur chemin vers l’avant.

 

- Qu’est-ce qu’on fait, Kyuu ? demanda Roku.

- Avançons…

- Tu ne veux plus t’enfuir ?

- Ben… hésita Kyuu. « Nous sommes en plein milieu d’une guerre que nous avons en partie provoquée… C’est un peu tard. J’avais décidé de m’enfuir d’Hayashi en pensant qu’il serait mieux de s’éloigner quelques temps de Fukase… Mais je ne sais plus ce qu’on doit faire… Je le perçois comme quelqu’un de très dangereux, et je veux fuir… Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas l’abandonner comme ça… Qui sait, il n’est peut-être pas encore irrécupérable…

- Tu penses qu’on peut encore l’arrêter ?

- Je ne sais pas. J’hésite beaucoup ces derniers temps… Il est complètement aveuglé par sa vengeance. Et ce n’est jamais très bon…

- C’est certain ! confirma le cadet.

- Allons jusqu’au Palais Royal. On verra après…

- D’accord, conclut Roku sans grande conviction.

 

***

 

Pendant ce temps, l’armée de Fukase continuait d’avancer dans la ville. Les pillages et destructions continuaient. La capitale était mise à feu et à sang. L’objectif de l’armée de l’homme aux cheveux rouges était de conquérir tout d’abord l’ensemble du quartier populaire, afin d’assiéger littéralement tout le reste de la ville, avant de s’attaquer à la partie du Palais Royal. En effet, quelques jours plus tôt, alors qu’il venait de prendre le village d’Hayashi, Fukase avait réuni toute son équipe afin d’élaborer sa stratégie d’attaque. Leora, qui connaissait parfaitement la ville de Kyôu, avait alors mentionné un point qui pouvait constituer une faiblesse pour eux.

 

La capitale était divisée en deux parties, chacune entourées de murailles. Les remparts extérieurs donnaient directement sur le quartier populaire, alors qu’une autre série de murs séparait encore celui-ci du quartier du Palais Royal. Les entrées vers celui-ci étaient relativement peu nombreuses, et assez étroites. Par conséquent, il leur était pratiquement impossible d’attaquer en nombre, l’armée se retrouverait littéralement bloquée à l’entrée du quartier. Pire encore, ces accès constituait une bonne opportunité pour la Garde royale de leur lancer une embuscade. Et nul doute que la commandante Miku ou un autre membre de son état-major n’hésiterait pas à exploiter cette faille. Pourtant, personne n’avait trouvé de solution satisfaisante à ce problème. La seule stratégie potentiellement passable était de rassembler les meilleurs soldats à l’entrée du quartier noble pour qu’ils se mesurent à la crème de la Garde royale. Pendant ces combats, le reste des troupes aurait certainement l’occasion de passer dans l’autre partie de la ville et de poursuivre l’invasion.

 

Désormais, toute la partie ouest et la partie sud du quartier populaire étaient contrôlées par Fukase. Les soldats de la Garde royale continuaient à reculer. Parfois, certains soldats tentaient de se mesurer à l’ennemi lourdement armé, sous les yeux emplis de détresse des citoyens, mais ceux-ci ne firent souvent pas illusion plus que quelques secondes. La technologie de Fukase était bien trop forte.

 

Alors que la guérilla avançait vers le quartier est, Leora aperçut un lieu qui la plongea dans des souvenirs pas si lointains. Au loin se trouvait une grande maison décorée de façon cossue. Celle-ci était située dans une ruelle sombre, et constituait le seul élément de richesse dans cette partie de la capitale. La mercenaire reconnut rapidement cet endroit. Il s’agissait des bureaux de son ancien employeur: Kaito. La jeune femme ne résista pas longtemps à l’idée de s’y rendre. Elle désirait plus que tout que son ancien patron se rende compte de sa soudaine montée en puissance. D’ici quelques temps, elle se retrouverait en haut de l’échelle sociale, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Même si elle n’en était pas encore à ce point, elle se montrait extrêmement vaniteuse.

 

Juste sous la fenêtre de la maison, elle aperçut Kaito, Namine Ritsu et Yuzuki Yukari, accroupis, immobilisés par la peur. Leora approcha le sourire aux lèvres, alors que les combats se poursuivirent de plus belle derrière elle.

 

Le mafioso admira son ancienne recrue:

 

- Leora, quel bonheur de te voir ici ! S’il te plait, tu peux nous sortir d’ici ? supplia Kaito, alors que Yukari et Ritsu secouèrent la tête.

- Kaito, vous ne m’avez toujours pas payée… je me trompe ? lança la mercenaire.

 

L’homme aux cheveux bleus resta interloqué:

 

- Je… Je te paierai immédiatement, une fois que je serai sorti d’ici ! confirma-t-il. 

Je suis au regret de vous apprendre que j’ai trouvé un nouvel employeur, et que je mets fin à notre contrat.

- Un autre employeur ? Qui ça ?

- Regardez autour de vous… On peut dire que j’ai participé à ce dont vous êtes en train d'assister, sourit-elle.

- Tu participes à la ruine du pays ?

- N’oubliez pas, ce n’est pas mon pays. Seuls m’intéressent l’argent et le pouvoir. Et Monsieur Fukase est en mesure de m’offrir tout cela. Ce qui n’est pas votre cas.

 

Kaito demeurait silencieux. Il en venait à s’en inquiéter pour sa propre vie.

 

- Que comptes-tu faire ?

- Je ne vais pas vous tuer, ne vous inquiétez pas… Quelque chose me dit que vous pourriez encore être utile. Mettez-vous à l’abri. Une fois que nous aurons pris le pouvoir, nous reprendrons contact avec vous.

- … Mais…

- Je pense que vous n’êtes pas en position de refuser, Kaito.

- … C’est d’accord, je ferai ce que vous voudrez !

- A la bonne heure. J’apprécie que vous sachiez vous montrer raisonnable !

 

Leora se retourna ensuite vers une triplette de soldats qui étaient prêts à attaquer le repaire de Kaito. D’un signe de la tête, elle leur signifia de protéger cette habitation. Elle ne devait en aucun cas être détruite. Les soldats se positionnèrent donc le long de la maison, sous le regard inexpressif de Kaito. Le criminel était pris entre le soulagement et la peur. Il avait bénéficié d’un sursis, mais qu’allait-on lui demander ? Il se retrouvait dans une situation inédite, lui qui avait l’habitude d’avoir le pouvoir sur tout dans le quartier populaire de Kyôu.

 

Une petite heure plus tard, le quartier populaire était complètement contrôlé par Fukase. Tous ses soldats se pressèrent devant la muraille qui menait au quartier noble, alors qu’il se tenait en arrière, droit sur son cheval blanc. Il observa l’ensemble de ses troupes. Au loin, il pouvait apercevoir son but final: le Palais Royal, dans lequel Luka était toujours terrée. Plus il s’approchait de son objectif, plus sa motivation augmentait.

 

Fukase donna son signal, et ses soldats commencèrent à attaquer les portes des murailles du quartier noble. Derrière patientait les derniers soldats de la Garde royale. Gumi et Yuma se trouvaient derrière une de ses portes, alors que Miku avait rejoint Len vers la seconde. L’adrénaline montait encore.

 

La lutte s’annonçait âpre et l’issue ne s’annonçait pas radieuse pour l’instant, mais tous tentaient de garder espoir.

 

***

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Hakuro-Kaoru 22/07/2017 14:42

Bonne idée les catapultes. Bon Leora a vite remédié à ce problème x) Mais c'était une bonne idée quand même, et ça fait plaisir de voir que Fukase rencontre quand même des difficultés.

J'avais failli oublier Kaito, Ritsu et Yukari x) Bon, au moins ils sont sauvés pour l'instant.

Kyuu et Roku sont tellement perdus que j'ai l'impression qu'on est nous-mêmes perdus quand on lit les passages dans lesquels ils sont XD Tu disais que les jumeaux espéraient changer Fukase, mais Fukase espérait les changer aussi, il ne les a jamais vraiment repoussés. Là maintenant qu'il continue d'avancer sans eux marque une première séparation venant du chef, mais les jumeaux le suivent quand même... En fait malgré qu'ils ne soient pas d'accord, le but et la mission de Kyuu et Roku est de protéger Fukase, ce qu'ils peuvent continuer de faire même si ils n'aiment pas son comportement pour l'instant. Ce n'est pas même pas comme si Fukase leur demandait de participer au massacre. Ca peut expliquer aussi le fait qu'ils aient du mal à l'abandonner, si pour rester à ces côtés ils devaient tuer plein d'innocents eux-mêmes, ils auraient sans doute craqué bien plus tôt. Bref je comprends très bien qu'ils aient tant de mal à s'en détacher, tant que Fukase continue de "les tolérer".

Sinon les scènes de bataille sont très bien décrites. Beaucoup d'action, on est pris par le récit. Et quand on arrive à la fin du chapitre, on en redemande ! Ca tombe bien, il me reste un chapitre à lire :p